L’aventure du Culturel

Beaucoup connaissent depuis longtemps mes engagements pour la culture, que j’expérimente depuis vingt-cinq ans aux côtés de mon mari Olivier. Après les Transphotographiques et la Maison de la Photographie, je suis fière des actions qu’il impulse aujourd’hui dans le Nord, avec cette même obsession : rendre la culture toujours plus accessible à tous. L’une de ces fiertés, c’est le café Le Culturel. Tout a commencé par un immense coup de cœur pour le territoire de l’Avesnois, à une heure au sud-est de Lille, près de la frontière belge. Olivier découvre la ville d’Hautmont à l’occasion d’un échange avec son nouveau maire, Stéphane Wilmotte (élu en 2020, divers droite). Celui-ci lui propose de développer à Hautmont un projet de lieu culturel dédié à la photographie. Olivier, en sa qualité de fondateur de la Maison de la Photographie à Lille, accepte avec enthousiasme. Je fais la connaissance de Stéphane Wilmotte à mon tour : il veut remettre de la culture dans un territoire sinistré, frappé par la désindustrialisation et le chômage.

Pour Olivier, homme de projet, c’est l’occasion de reprendre le fil de la Maison de la Photographie, contrainte d’abandonner le magnifique espace de la rue Pierre-Legrand, un lieu souvent reconnu comme l’un des plus beaux espaces d’exposition au nord de Paris après des mesures de rétorsion venues de Martine Aubry et de Xavier Bertrand. En effet petit retour en arrière pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, en 2018, le jour même où je faisais mon retour dans le paysage politique lillois, annonçant clairement mon intention de briguer la mairie de Lille lors des municipales de 2020, une décision tombait : la suppression pure et simple de la subvention annuelle à la Maison de la Photographie.

Je n’ai jamais cru aux coïncidences.

Cette structure culturelle lilloise, fondée en 1997 sous Pierre Mauroy, forte de près de trente ans d’engagement au service de la création et de l’accès à la culture, devenait soudain une variable d’ajustement politique.

Dans le même temps, Xavier Bertrand, nouveau président de région, lançait son propre outil culturel, l’Institut pour la photographie, projet rapidement controversé. Deux barons locaux, alliés de circonstance, semblaient alors poursuivre un objectif commun : affaiblir une opposante politique et effacer le symbole du macronisme que j’incarnais à Lille.

Cette aventure avait été riche, passionnante, fondatrice.

Bien avant le projet Lille 2004, la Maison de la Photographie et les Transphotographiques ont représenté l’un des plus grands succès culturels de Lille et de sa métropole. Portés avec énergie et exigence par Olivier, ils ont rassemblé des centaines d’artistes, accueilli des dizaines de milliers de visiteurs gratuitement, fait rayonner Lille dans les réseaux professionnels, diplomatiques et artistiques, tout en rendant la photographie accessible à tous et en valorisant les talents régionaux.

Les Transphotographiques est devenu une véritable signature lilloise : un festival reconnu au niveau national et européen, capable d’attirer de grands noms tout en révélant de jeunes talents. La Maison de la Photographie, elle, fut un lieu précurseur à bien des égards : Peter Lindbergh dans l’atrium du Palais des Beaux-Arts de Lille, Mapplethorpe dans la crypte de la cathédrale de La Treille, ou encore Karl Lagerfeld au Tri Postal pour sa première exposition lilloise. Un lieu vivant, ouvert, engagé, en partenariat avec des associations, des écoles, des institutions culturelles. Un modèle fondé sur l’accueil du public, la formation, la production artistique et le soutien aux professionnels.

Ce succès, pourtant, n’a jamais été accompagné par la maire de Lille. Bien au contraire. Dès lors que la Maison de la Photographie a pris de l’ampleur, qu’elle a prouvé sa capacité à attirer artistes, mécènes, partenaires internationaux et publics nombreux, Martine Aubry y voyant une concurrence à son propre projet Lille 3000 a progressivement coupé les soutiens, bloqué les relais, étouffé les financements. La Maison de la Photographie faisait beaucoup avec peu d’argent public, comparée à des projets dispendieux portés par la mairie. Une rétorsion politique assumée, qui a fini par fragiliser la structure jusqu’à l’asphyxie. Là où d’autres villes auraient soutenu un équipement culturel fédérateur, au cœur d’un quartier prioritaire, Lille a sanctionné son dynamisme pour des raisons personnelles et politiques. Et cela de manière encore plus brutale au moment de mon engagement lillois pour les municipales de 2018, lorsque toutes les subventions ont été supprimées. Malgré cette hostilité, la Maison de la Photographie et les Transphotographiques restent dans la mémoire des Lillois comme dans le paysage culturel national.

Depuis 2022, la Maison de la Photographie rebondit. Elle existe. La structure a transformé son projet et déploie désormais une action culturelle profondément ancrée dans le champ social, au cœur des six arrondissements du Nord : Lille, Roubaix, Tourcoing, Denain, Valenciennes, Maubeuge… Soutenue par l’État et le département du Nord, elle intervient prioritairement dans les quartiers populaires, où la photographie devient un outil d’expression, de reconstruction et de dialogue. Au plus près des habitants, dans les centres sociaux, les maisons de quartier et les lieux d’insertion, elle crée des espaces de parole, favorise la mixité des publics et renforce le lien intergénérationnel. Par des ateliers, des expositions et des restitutions partagées, elle valorise les récits de vie, redonne confiance et participe à la cohésion sociale des territoires.

Sur ce chemin, Olivier a eu la chance de croiser Jérôme Bartosik, que nous connaissions déjà lorsqu’il fréquentait les expositions à Lille. Il était alors impliqué dans le BTS Photographie du lycée Jean-Rostand de Roubaix, puis il a évolué jusqu’à devenir directeur de la Mission locale de Roubaix. Engagé dans l’insertion des jeunes et le maillage culturel, il dirige à présent la nouvelle Maison de la Photographie avec brio, enthousiasme et professionnalisme. Olivier voit ainsi le projet qu’il a fondé se prolonger tout en renforçant son impact social. La vie d’une structure associative n’est pas toujours un long fleuve tranquille – surtout lorsqu’elle n’est pas protégée par certaines personnalités politiques influentes. Je n’oublierai jamais la bienveillance de Jérôme à chaque étape depuis plus de vingt ans, et je suis heureuse de le voir s’épanouir aujourd’hui dans ces fonctions, toujours plein d’énergie et de créativité.

Parallèlement, la ville d’Hautmont, au cœur de l’Avesnois, représente une nouvelle opportunité à taille humaine. Lorsque Olivier s’y rend pour réfléchir à un lieu susceptible d’accueillir un centre d’éducation à l’image, il découvre une friche industrielle – un ancien gymnase – dotée d’une superbe structure Eiffel : la salle Rolland. Il tombe amoureux du site, au bord de la Sambre, longé par un chemin de promenade charmant, sur un environnement naturel remarquable. Entre octobre 2023 et février 2024, il travaille à sa réhabilitation avec un architecte lillois et un ingénieur de l’Avesnois.

Fin 2023, une réunion très enthousiasmante est organisée avec le préfet du Nord, le directeur régional des affaires culturelles, le président de l’agglomération Bernard Baudoux et le maire. Le député Benjamin Saint-Huile est également présent. Depuis longtemps, l’État souhaite y développer des projets, soutenus par le pacte Sambre-Avesnois-Thiérache, pour redresser le bassin par le travail, la culture et le sport.

Et puis, au milieu de tout cela, presque par hasard : garé devant la mairie, Olivier aperçoit un café fermé, façade de briques rouges, arche voûtée, accolé à l’église. Deuxième coup de cœur : le café s’appelle justement « Le Culturel ». Il a fermé il y a cinq ans. Émerveillé par son style, il lui vient l’idée de lui redonner vie. Quand il me confie ce désir, je lui dis simplement : fonce.

Avec cette envie de mêler le convivial et le culturel, de faire revivre un lieu qui avait jadis fédéré les habitants de cette commune de 15 000 âmes, Olivier décide de rouvrir ce petit café de 25 m², plutôt délabré. Je suis aussi séduite que lui par ce projet un peu fou. À mon tour, je tombe amoureuse de l’Avesnois – du maroilles (toujours !) et des boulettes d’Avesnes. Nous avons parfaitement conscience des difficultés économiques et sociales, mais nous trouvons à Hautmont une chaleur, une gentillesse, une solidarité… et beaucoup d’intelligence. De belles rencontres, notamment celle de Quentin Mabille, élu local engagé, avec lequel j’aime discuter des talents et des ressorts de cette ville si peu mis en valeur.

En mars 2024, coup de semonce. Alors que les travaux du café avancent, nous apprenons par la presse que le maire, Stéphane Wilmotte, met à l’arrêt le projet de centre d’éducation et de promotion pour l’image. Je pense aussitôt à ce que nous avons déjà vécu : ceux qui ont œuvré à étrangler la Maison de la Photographie à Lille n’ont pas dû voir d’un bon œil la renaissance d’un projet ailleurs dans le Nord. Les rétorsions se prolongeraient-elles jusque dans l’Avesnois ? Le projet photo tombe à l’eau. Les vents contraires recommencent à souffler. Personne n’imagine que nous puissions porter des initiatives sans arrière-pensée politique, simplement par conviction culturelle et attachement à un territoire qui nous fascine. C’est d’autant plus dommage qu’Olivier avait obtenu le parrainage de Jean-Pierre Laffont et Françoise Huguier, deux grands photographes français.

Nous ne lâchons rien. Même si le projet du centre pour l’image est abandonné, nous nous pressons d’achever la rénovation du Culturel. L’inauguration a lieu le 1er juin 2024, sur la place de la mairie d’Hautmont. L’idée est simple : accueillir de petites expositions photo, des concerts, des spectacles à taille humaine. Faire déguster des produits régionaux de l’Avesnois : saucissons, bières locales, glaces… Nous sommes nombreux ce jour-là, dans cette atmosphère conviviale. Chacun raconte ses souvenirs de ce lieu resté ouvert plus de cinquante ans, devenu une institution. Olivier retrouve même le contact des anciens propriétaires emblématiques, Evelyne et Michel Tassan, partis d’Hautmont depuis longtemps.

Nous sommes touchés par la présence du seul élu venu ce jour-là : Benjamin Saint-Huile, député du Nord, ancien socialiste devenu sans étiquette, et l’un des seuls à avoir résisté au Rassemblement national dans l’Avesnois. Étonnamment, le maire, lui, sera le grand absent de cette inauguration.

La première exposition est celle d’un photographe reconnu : Jérémy Lempin, décoré du Visa d’or au festival Visa pour l’image de Perpignan. Il accepte de mener une résidence artistique avec les habitants, de les photographier en famille à la chambre moyen format. Très vite, Le Culturel devient un lieu d’expression pour les talents photographiques et artistiques de notre région et d’ailleurs. Nous y accueillons les photographies sensibles de Régis Feugère autour du temps qui passe, les portraits de Victorine Alisse sur les agriculteurs de l’Avesnois, ou encore les portraits d’habitants qu’Olivier présente dans un cycle intitulé « Les Amis du Culturel ». Expositions, rencontres d’artistes et de romanciers, concerts, ateliers, lectures publiques se succèdent. Derrière ce projet, il n’y a ni grands investisseurs ni logique de rentabilité. Il y a des convictions, de la volonté, et un engagement presque familial envers un territoire. Je crois profondément qu’en favorisant la culture, on redonne confiance aux habitants, on attire de nouveaux talents et on crée des dynamiques locales durables.

Parmi les plus reconnus, nous faisons venir Mickaël Doucet, artiste-peintre contemporain français. Autodidacte, il a développé un style unique, une sorte de « néo-maniérisme pop » mêlant influences maniéristes et pop art, pour des œuvres lumineuses et épicuriennes. Le plus amusant, c’est qu’il expose dans le plus petit espace qu’il ait jamais investi, alors que ses habitudes le mènent plutôt dans de grands salons internationaux outre-Atlantique. Ses toiles atteignent souvent deux mètres sur trois : ici, il s’adapte et propose une sélection exceptionnelle de petits formats. Il dira même, en souriant, qu’il est honoré d’avoir réalisé l’exposition la plus petite de sa carrière. La devise d’Olivier pour motiver les plus reconnus à venir au Culturel, c’est : « Tu as cinquante ans, tu as exposé dans les plus grands musées du monde. Si tu n’as pas exposé au Culturel, c’est que tu as raté ta vie. »

J’estime que, par cette action, Olivier apporte une contribution citoyenne au territoire. Cet engagement en faveur de la renaissance des petits cafés dans les zones désertées rejoint d’ailleurs aujourd’hui une reconnaissance nationale : depuis septembre 2024, les pratiques sociales et culturelles dans les bistrots et cafés en France ont été inscrites à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, sous l’égide du ministère de la Culture. Ce classement consacre ce que beaucoup savaient déjà : les bistrots ne sont pas seulement des lieux de consommation, mais ce sont aussi des espaces de lien, d’expression et de vie collective. L’association Bistrots et Cafés de France œuvre désormais pour obtenir une reconnaissance internationale auprès de l’UNESCO.

Malgré la qualité de cette offre culturelle entièrement gratuite – ce qui relève presque de l’improbable dans une région sinistrée comme la nôtre –, ni les élus de la ville ni ceux de la région n’ont daigné s’y intéresser. Dommage : si les politiques n’accompagnent pas la survie des petits cafés de campagne, ils finiront par disparaître. Je m’y rends de temps à autre le week-end, au gré d’un événement culturel. Je donne un coup de main au bar, sans parler politique, avec la joie d’échanger sur tout et rien avec des habitants de tous âges. J’adore être à cette place-là : au plus près de la vie, la vraie, derrière un comptoir, dans une commune qui comptait jadis trois cents cafés et où il n’en reste plus que trois. Cela continue à me nourrir et à ne jamais me déconnecter du terrain.

Car Lille n’est pas uniquement Lille. Lille, c’est aussi la région qui l’entoure. Ce sont ces hommes et ces femmes qui vivotent parfois : grands oubliés de l’économie, grands oubliés des médias, grands oubliés des politiques publiques. Je sympathise avec Gilles, le patron de la brasserie La Paix, où nous allons parfois manger : il aime la politique, et les sujets ne manquent pas. Je prends mon pain à Chez Eugène, sur la place, où Jean-Luc, le propriétaire, a toujours du mal à me laisser partir tant il a de choses à raconter sur les difficultés du quotidien. J’échange avec Saïd Lalami, directeur d’école, président du club de foot d’Hautmont et des trois centres sociaux. Quand il me demande de visiter l’Assemblée nationale avec ses élèves, c’est une grande joie : créer des ponts entre les citoyens et des institutions qui peuvent paraître si lointaines. Dans ces terres, faut-il le rappeler, le score du Rassemblement national est très élevé. Je me sens investie d’une mission de représentation nationale qui tranche avec des propositions de repli, de colère et de fausses solutions.

Dans le même mouvement que pour Le Culturel, je porte une conviction simple mais profonde : la culture n’est pas un luxe. Ce n’est pas un supplément d’âme réservé à quelques-uns. Elle est une condition de notre capacité à vivre ensemble, le socle invisible mais indispensable qui permet à une ville, à une nation, à une communauté humaine d’exister autrement que dans la seule gestion des tensions et des crises. La culture doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une boussole populaire, un chemin d’émancipation ouvert à tous, sans distinction de milieu, de quartier ou de réseau d’influence. Pas seulement à travers de grands événements, mais chaque jour, au plus près. À Lille, c’est pareil.

Depuis des années, j’observe une culture à deux vitesses : celle, légitime mais dominante, des grandes institutions et des grands événements ; et celle, fragile, précaire, extraordinairement vivante, des artistes, associations, collectifs, acteurs de l’éducation populaire qui, dans nos quartiers, maintiennent la flamme au prix d’efforts immenses et trop peu reconnus. C’est cette fracture que je veux réparer en 2026 si je deviens maire de Lille.

Je refuse que la culture lilloise se résume à quelques grandes messes financées à coups de millions, dans l’opacité et sans étude d’impact, comme le projet Lille 3000 l’a trop longtemps incarné avec des dérives pointées par la chambre régionale des comptes. Je refuse que nos petites structures, nos compagnies, nos artistes, nos festivals indépendants restent condamnés à l’incertitude, alors qu’ils sont le véritable cœur battant de la création. Je refuse que la ville oublie les valeurs fondamentales d’une politique culturelle digne de ce nom : l’équité, la transparence, le respect, l’accès pour tous.

Je crois que, lors du premier mandat de Martine Aubry, à l’époque du projet Lille 2004, capitale européenne de la culture, avec l’adjointe Catherine Cullen, le rayonnement irriguait toute la ville. Les deux derniers mandats, eux, n’ont pas été à la hauteur. La maire a choisi de prendre la main sur la culture pour en maîtriser la direction artistique et les choix de production avec son équipe de Lille 3000, méprisant toute initiative potentielle de ses adjointes à la culture successives, réduites à gérer les affaires courantes et les mécontents, contraintes de défendre coûte que coûte ses décisions en conseil municipal. Aucun grand projet n’a réellement marqué la culture lilloise ces dernières années.

Pour y répondre, je propose de refonder entièrement l’ambition culturelle de Lille autour de projets structurants, populaires et fédérateurs.

D’abord, en redonnant enfin la parole à celles et ceux qui vivent la culture au quotidien spectateurs, bénévoles, associations, habitants au sein d’un conseil de la culture, garant d’une culture plus accessible, plus vivante, mieux ancrée dans les quartiers comme dans les grands équipements. Il faut que les financements soient fléchés prioritairement vers les artistes et associations qui font vivre nos quartiers, avec des financements pluriannuels sécurisants, et moins d’appels à projets.

Ensuite, en transformant l’ancien palais de justice du Vieux-Lille en Centre lillois d’appropriation de la mémoire (CLAM) : un conservatoire vivant de l’histoire de Lille, de ses grands projets, de son patrimoine. Dès 2020, je voulais déjà que ce bâtiment massif, symbole du brutalisme architectural, au milieu de l’avenue du Peuple-Belge, devienne un musée attractif. En visitant d’autres villes, j’ai fait évoluer le projet avec mon équipe : le CLAM sera un lieu pédagogique, conçu pour les écoles et les visiteurs, rassemblant archives, plans-reliefs, expositions, médiations, accueillant aussi les touristes. Sa viabilité économique sera assurée par l’ouverture d’un hôtel dans les étages supérieurs. Une ville qui ne connaît pas son histoire n’a pas d’avenir : le CLAM deviendra un outil d’éducation civique unique en France.

C’est également l’occasion de revenir sur un grand débat lillois, ancien, récurrent à chaque échéance électorale, déjà présent du temps de Pierre Mauroy : la remise en eau de l’avenue du Peuple-Belge. En 2020, nous nous étions prononcés en faveur de cette perspective certes coûteuse mais profondément ancrée dans l’histoire urbaine et patrimoniale de Lille. L’association Renaissance du Lille Ancien, soutenue par des acteurs économiques du Grand Lille, a largement documenté le dossier et défend la remise en eau complète comme seule option fidèle au patrimoine, à l’identité du Vieux-Lille et à l’esprit du site.

Quand la mairie a lancé en 2022 une consultation publique, nous avons dénoncé une question biaisée, opposant artificiellement une option « sèche » à plusieurs options « humides », produisant mécaniquement le résultat recherché : un grand parc. Et ce, alors que 75 % des 15 000 Lillois consultés avaient choisi un scénario contenant de l’eau. Fidèles à notre position, nous défendons toujours une remise en eau totale, cohérente avec l’histoire du lieu, l’identité lilloise et les enjeux climatiques, en assumant une trajectoire en deux temps : une première étape sur 2026-2032 avec miroir d’eau et parc paysager, amorçant concrètement le retour de l’eau ; puis une seconde étape à l’horizon 2040, pour une remise en eau complète rendue possible par la mobilisation de fonds européens – indispensables pour transformer durablement le site sans céder au simulacre ni à l’assèchement définitif de l’ambition.

Je veux par ailleurs faire de Lille l’un des grands territoires européens de la création visuelle en créant un laboratoire européen de l’image. En fédérant les festivals existants (Rencontres Audiovisuelles, Séries Mania, Transphotographiques…), en mutualisant les lieux dédiés à la photographie et à l’image, en impliquant les écoles (ESJ, écoles de design, iCAVS…), je veux donner une place centrale aux acteurs du territoire. Nous pouvons devenir un pôle d’excellence sur l’éducation aux images, la lutte contre la désinformation, l’analyse des réseaux sociaux et la formation aux usages de l’intelligence artificielle. Installé au Tri Postal, ce laboratoire doit devenir l’un des lieux les plus innovants d’Europe sur la compréhension de nos imaginaires visuels.

Je veux aussi renouer avec la capacité de mobilisation collective qui a fait la force de Lille 2004. Non pas à travers des parades hors de prix pilotées depuis Paris ou par quelques grands noms, mais via une grande parade créative conçue avec les habitants, les associations, les écoles, les artistes locaux et internationaux. Une année de workshops dans tous les quartiers, suivie d’un grand événement populaire. Une culture qui se construit ensemble, et non une culture qui se consomme.

Mes convictions sont simples : une ville n’est culturellement grande que si elle rend ses habitants grands. Je veux une culture qui désenclave, qui libère, qui partage, qui relie ; une culture qui cesse de flatter les puissants pour s’adresser enfin à tous ; une culture qui soigne les fractures sociales autant qu’elle stimule l’imaginaire. La culture, c’est Lille. Et Lille doit en être digne.

En fréquentant Hautmont et toute cette région si proche, je mesure à quel point Lille peut paraître lointaine aux habitants de ces zones, à quel point la mobilité, l’éloignement de l’emploi les fragilisent et combien des politiques sociales et économiques peuvent être salvatrices. Aujourd’hui, l’expérience du Culturel continue, avec de nouveaux ateliers et cette même préoccupation : l’accès à la culture pour tous. Lille est une capitale régionale qui ne doit pas laisser une partie de la population sur le bord de la route. C’est notre responsabilité d’élus – et c’est, plus encore, ma responsabilité en tant que candidate à la mairie de Lille.

Lille n’est pas seulement la première ville du Nord : elle en est le cœur battant, le moteur économique, culturel et universitaire, le point d’équilibre d’un territoire qui s’étend bien au-delà de ses frontières administratives. Être candidat à la mairie de Lille, c’est donc avoir conscience que les défis de la ville dépassent largement ses 39 km² : ils sont ceux de toute la région – emploi, sécurité, mobilité, logement, vitalité commerciale, transition écologique, cohésion sociale.

Connaître finement ces problématiques régionales n’est pas un atout secondaire : c’est une condition essentielle pour gouverner une grande ville-centre. Lille accueille chaque jour des dizaines de milliers d’habitants des communes voisines qui y travaillent, y étudient, y consomment, y vivent un morceau de leur vie. Une politique municipale qui ignorerait ces réalités serait une politique aveugle.

Le futur maire de Lille doit donc être capable de penser à différentes échelles : celle du quartier, celle de la ville, mais aussi celle de la métropole, du département et de la région. Il doit comprendre les flux qui irriguent le territoire – travailleurs, étudiants, commerçants, touristes, entreprises – et anticiper les dynamiques économiques, sociales et culturelles qui transforment les Hauts-de-France afin que Lille en tire le meilleur et ne subisse jamais le pire.

Cette vision régionale ne détourne pas du local : elle le renforce. Elle permet de concevoir des solutions plus efficaces parce qu’elles intègrent les réalités vécues par celles et ceux qui circulent chaque jour entre Lille et le reste du territoire. C’est cela, être maire d’une grande ville-centre : assumer une responsabilité et un rayonnement, prendre en compte l’ensemble des forces et des fragilités de la région, et construire une ville qui n’abandonne personne.


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24 février 2026