Cette nomination avortée me semble être un signe fort : l’éducation est au cœur de mon engagement, au national comme à Lille. C’est pour moi l’occasion de vous livrer mes ambitions de future maire pour les élèves lillois. Car ma réflexion sur l’éducation ne s’est pas arrêtée avec cette mise à l’écart. Au contraire, j’ai continué à renforcer mes convictions et à explorer de nouvelles pistes pour améliorer les conditions d’accueil des écoliers. Je reste convaincue que Lille ne pourra vraiment respirer que si nos enfants respirent avec elle. L’éducation a toujours été un fondement où l’on construit ses chances, où l’on répare les fragilités, où l’on révèle les talents. C’est pourquoi je veux faire de l’école lilloise un espace de protection, d’exigence et d’inspiration pour chaque enfant, dans chaque quartier. L’éducation ne doit pas être un supplément d’âme : elle est notre première responsabilité collective. Elle est celle du vivre-ensemble et de la citoyenneté.
Ma priorité numéro un sera d’agir là où tout commence, dès la toute petite enfance. Trop de familles se heurtent encore à un mur quand elles cherchent une place en crèche ou un mode de garde adapté à leurs horaires. Pour combler le déficit de crèches dans certains quartiers, je veux créer 300 places supplémentaires en crèche et permettre à certaines de se spécialiser dans l’accueil d’enfants de parents travaillant en horaires décalés. Sur le volet handicap, je vise un plan crèches 100 % inclusives en soutenant chaque structure (municipale, associative ou privée) dans l’accueil d’enfants en situation de handicap grâce à des locaux adaptés, un personnel formé et un accompagnement médico-social coordonné. C’est là que se joue l’égalité des chances.
Il faut aussi organiser un service d’urgence de gardes d’enfants à domicile pour faire face aux imprévus de la vie. Des professionnels diplômés pourraient intervenir à toute heure du jour et de la nuit, à des coûts peu élevés en fonction des revenus de la famille.
À l’école élémentaire, je veux redonner toute sa force à ce que j’appelle le « socle de la réussite ». Les fondamentaux (lire, écrire, compter) ne sont pas des évidences, surtout dans une ville où les inégalités sociales demeurent fortes. Je porterai un plan municipal d’accompagnement scolaire ambitieux, un programme « Lille Lecture » pour installer le plaisir de lire partout, et un partenariat renforcé avec les acteurs culturels lillois qui sont de véritables alliés pédagogiques. En REP+, je veux des classes allégées grâce à un renfort municipal en personnels d’accompagnement.
Enfin, je veux ouvrir Lille à l’avenir. Notre ville possède tous les atouts pour devenir un laboratoire éducatif de l’intelligence artificielle, de la culture numérique et de l’éducation à l’image. Je créerai un « Lille ÉduLab », en lien avec EuraTechnologies et les chercheurs de l’université de Lille, pour former les enseignants, accompagner les élèves et garantir une intelligence artificielle éthique, protectrice et émancipatrice. L’innovation doit être au service de l’humanité, jamais l’inverse. Éduquer, c’est croire. Croire en nos enfants, croire en nos enseignants, croire en la force du collectif. Je veux une ville qui assume cette croyance, qui investit dans son avenir, qui refuse la fatalité des inégalités et qui donne à chaque enfant l’envie et la possibilité de se dépasser. C’est ma promesse et mon engagement : faire de Lille une grande ville éducatrice, fière, protectrice et tournée vers l’avenir.
Nous savons que le décrochage scolaire est un facteur qui peut détruire cette promesse. Je souhaite créer le label « Lille Tremplin » pour lutter contre ce phénomène en voie d’aggravation. Un projet porté par la municipalité pour proposer un parcours d’accompagnement pour les jeunes décrocheurs (14-18 ans) avec des parrains et marraines de remobilisation (enseignants détachés et éducateurs). Dans ce même mouvement, je veux instaurer un programme « 1 000 mentors pour 1 000 jeunes », de façon à mobiliser les forces vives de la ville (étudiants, retraités, cadres, enseignants, agents municipaux) pour accompagner bénévolement des jeunes fragilisés (aide aux devoirs, orientation, préparation aux entretiens, confiance en soi…) grâce à une plateforme municipale de mise en relation.
Pour plus de mixité et d’égalité à l’école, je souhaite offrir la cantine à tous les enfants. Cette mesure était déjà dans mon programme en 2020. Nous nous accordons avec les groupes de travail de mon équipe 2026 sur la nécessité de la proposer à nouveau. La cantine gratuite pour tous à l’école primaire est une mesure de justice sociale, d’égalité républicaine et de pouvoir d’achat. À Lille, Lomme et Hellemmes, près d’un tiers des enfants ne mangent pas à la cantine aujourd’hui. Ce renoncement crée une rupture dans la journée scolaire, limite la mixité sociale et pénalise en premier lieu les enfants issus des familles les plus modestes. Or, vivre ensemble, c’est aussi manger ensemble. À l’école de la République, la table doit être un lieu de partage, pas de tri social.
La gratuité garantit l’égalité d’accès à la cantine pour tous les enfants, sans condition de revenus, tout en redonnant du pouvoir d’achat à l’ensemble des familles, y compris celles qui ne bénéficient jamais d’aides. Elle permet de lutter contre la malnutrition et de prévenir l’obésité en assurant à chaque enfant au moins un repas équilibré par jour. Les équipes éducatives et administratives seraient soulagées par la fin des exclusions pour impayés et par la disparition des coûteuses procédures de recouvrement.
La mesure concernera environ 15 000 élèves dans la centaine de groupes scolaires publics de Lille, Hellemmes et Lomme et entraînera une hausse estimée de 20 à 25 % de la fréquentation des cantines, comme observé en Suède ou dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis. Son déploiement sera progressif sur le mandat : une école par quartier dès la première année, les écoles élémentaires ensuite, puis les maternelles. Financièrement, la gratuité représente un coût net annuel d’environ 4 millions d’euros, soutenable pour la ville au regard de ses bénéfices sociaux, éducatifs et sanitaires. C’est une question de choix budgétaire.
Enfin, dans nos cantines, je m’engage à offrir une alimentation saine, durable et locale, avec davantage de produits bios, moins transformés et issus des circuits courts. L’éducation au goût, à la cuisine, à la saisonnalité et au respect de la terre sera intégrée au parcours scolaire. Car apprendre à bien manger, à cultiver, à cuisiner ensemble, c’est transmettre une culture de la santé, du respect et de la responsabilité environnementale. Davantage de produits locaux et biologiques, lutte contre le gaspillage alimentaire, réduction drastique des déchets et suppression des contenants nocifs pour la santé : la cantine gratuite pour tous, c’est investir dans l’enfance, l’égalité des chances et la cohésion sociale. À ce propos me revient en tête l’exemple de la création d’une légumerie. Ce projet est porté par ma collègue Ingrid Brulant depuis des années. Les cantines des écoles de Lille mangent des légumes surgelés. Nous proposons que les enfants mangent des légumes bios et locaux produits à Lille. Nous avons étudié les financements, les parents sont demandeurs. Dans plusieurs villes françaises, la création de légumeries municipales est devenue un levier central pour transformer en profondeur la restauration scolaire. À Grenoble, Lyon, Rennes ou Montpellier, ces équipements publics permettent de travailler des légumes frais et bruts, majoritairement locaux, en amont des cuisines centrales.
En redonnant toute sa place au fait maison, la légumerie améliore la qualité nutritionnelle des repas, sécurise les approvisionnements, soutient l’agriculture de proximité et revalorise les métiers de la restauration scolaire. Loin d’être un simple outil technique, elle incarne un choix politique fort, celui d’une alimentation scolaire plus juste, plus saine et plus maîtrisée par la puissance publique, condition indispensable pour garantir l’égalité d’accès à la cantine et une ambition alimentaire durable. Parce que nous sommes la liste d’opposition, la mairie ne veut rien entendre. Cela revient à priver les Lillois d’un outil à la fois soutenable et bon pour la santé de leurs enfants. Une maire accompagne les citoyens à chaque étape de la vie, de la naissance à la mort. C’est un privilège de représenter un tel pilier dans la trajectoire, mais il faut en être digne.
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- Lire la préface de Philippe Amouyel
- Avant-propos
- Les voeux, les endives et la bière
- Le statut de l’élu
- La campagne des européennes et les universités
- L’Unesco et la sécurité
- La piétonnisation, le sport et le port
- L’intégrité et la dignité
- L’aventure du Culturel
- La dissolution et la nomination
- L’éducation et les cantines
- Les discriminations et les valeurs
- Le délit de fuite et les violences routières
- L’ENSAM, la démission et la justice
- La commission d’enquête et la protection de l’enfance
- Le collectif et la démocratie au coeur
- L’architecture et la ville de demain
- Les loyers et le plan d’urgence commercial
- Les candidats à Hellemmes et Lomme
- Le protoxyde d’azote et le mépris municipal
- Le budget, la transparence et l’éthique
- Épilogue
- Remerciements
