Les discriminations et les valeurs

Après une rentrée politique mouvementée, je suis invitée aux universités d’automne de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) par son président et avocat engagé Me Mario Stasi, au Havre. Je participe à une table ronde sur l’action politique face à ce poison qui ne cesse de progresser dans la société française. J’y passe la journée dans le but non seulement d’intervenir mais également de me former sur un sujet devenu explosif, l’antisémitisme galopant au sein de la jeunesse et des universités françaises, comme j’ai pu le constater moi-même à Lille. Une autre table ronde se penche sur la gestion de ce problème dans les partis politiques. Une ancienne élue EELV, Nadine Herrati, vient témoigner de son vécu au sein du parti écologiste en exposant une tolérance trop forte pour des propos antisémites et le tabou qui s’installe lorsqu’on veut le dénoncer. Cela rejoint mon expérience récente avec les écologistes à Lille que j’ai accusés de frayer avec les partenaires du NFP trop tolérants avec l’antisémitisme.

Ces sujets, j’y suis confrontée au conseil municipal de Lille. Lorsqu’un débat a eu lieu en décembre 2024 en commission thématique avec les différents élus, une de mes collègues me rapporte un débat lunaire avec le groupe Lille Verte qui, par la voix de Faustine Balmelle-Delauzun, une de ses élues, membre de Génération.s (micro-parti de Benoît Hamon), demande le retrait du mot « antisémitisme » du titre du plan annuel de lutte contre le racisme et les discriminations, ou alors son maintien en y ajoutant le mot « islamophobie ». C’est parfaitement choquant. Et je ne me prive pas de le dire lorsque j’interviens dans le conseil municipal suivant. Faut-il le rappeler ? Dans le 34e rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNDH), publié en juillet 2024 et portant sur l’année 2023, le rapporteur indépendant présente des chiffres alarmants. L’indice de tolérance enregistre une régression. L’année 2023 est marquée par une forte augmentation des actes racistes (+32 %) et une explosion des actes antisémites (+284 %). Si l’antisémitisme est historiquement plus marqué à droite et à l’extrême droite, le rapporteur souligne : « Il existe de l’antisémitisme à gauche, tout particulièrement à la gauche de la gauche, chez les proches des Insoumis et d’EELV notamment. » Ses recommandations s’adressent en premier lieu au gouvernement, dont le président de la CNCDH déplore la mobilisation insuffisante et l’absence d’évaluation du plan national. Elles visent également la justice, qu’il appelle à faire de la lutte contre l’impunité une priorité absolue.

Enfin, il interpelle le monde du travail, soulignant la nécessité de s’attaquer aux discriminations massives dans certains secteurs. Les derniers chiffres nationaux d’octobre 2024 sont accablants : plus de 3 600 actes racistes et antisémites ont été signalés dans les écoles, collèges et lycées. Ces actes ont presque triplé en un an, à la suite des massacres du Hamas du 7 octobre 2023. Insultes antisémites, inscriptions racistes, violences en raison de l’origine. Ces faits sont malheureusement devenus trop fréquents. Si les actes et discours de haine ont crû avec l’intensification du conflit israélo-palestinien, ils existent depuis bien plus longtemps. Ces violences ne se limitent pas aux établissements scolaires, mais se manifestent aussi dans la vie quotidienne, que ce soit en France, dans le Nord, ou plus spécifiquement dans notre ville de Lille, à Hellemmes et à Lomme.

Il est essentiel de soutenir les associations lilloises œuvrant pour l’accès au droit, l’insertion professionnelle, la lutte contre le décrochage scolaire et la défense des droits des enfants. Lors de mon intervention en conseil municipal, j’insiste sur la délégation de Jérôme Pianezza qui devrait bénéficier d’une augmentation de dotation en 2025 et d’une priorité budgétaire dans le rapport d’orientation budgétaire. Le dernier plan à la mairie sur le sujet date de 2010. Notre groupe l’avait souligné dans son vœu lors du conseil municipal de décembre 2023 : il est important de porter l’engagement de la ville dans la lutte contre toute forme de racisme. Ce plan municipal avait été conçu pour combattre d’abord les préjugés et les stéréotypes fondés sur l’origine, la couleur de peau ou l’appartenance religieuse. Il visait également à objectiver les faits de discrimination et à les quantifier par la collecte de données. Enfin, il se penchait sur la question du non-recours au droit en matière de discrimination. C’est un sujet que je porterai haut lorsque je deviendrai maire de Lille.

Ce plan d’action a été donc été retiré de l’ordre du jour du conseil municipal sans explication. Lors de ma prise de parole, je déplore au nom de Faire Respirer Lille la nature des échanges préalables en commission, et j’interpelle le président de Lille Verte, M. Baly : les demandes d’un membre de son groupe, s’agit-il d’un malentendu ou d’un dérapage ? Il doit clarifier sa position sur la lutte contre l’antisémitisme. Effacer l’antisémitisme derrière un terme générique, ou tenter d’équilibrer le terme pour « compenser », comme cela aurait été suggéré, reviendrait à nier que l’antisémitisme est un phénomène distinct du racisme, qui nécessite une vigilance spécifique. Je suis intransigeante sur les valeurs. C’est pour cela que je ne peux accepter les procès d’intention récurrents dont je fais l’objet. Faustine Balmelle-Delauzun, comme certains membres de Lille Verte, n’hésite pas à me qualifier d’extrême droite ou à suggérer, de manière insidieuse, une prétendue proximité avec des partis ou des médias d’extrême droite. Ce type d’amalgame n’est pas anodin. Il finit par produire des effets très concrets. Lors de la campagne des législatives de 2024, des inscriptions au pochoir ont fleuri sur les trottoirs de mon quartier : « Spillebout complice de Marine Le Pen ». Preuve que ces accusations infondées trouvent un écho auprès de certains militants et qu’elles nourrissent un climat de stigmatisation politique inacceptable.

Le combat n’est pas aisé. Dès qu’on affirme avec force la nécessité de combattre l’antisémitisme, on est vite taxé d’islamophobe. Il est possible que le sujet resurgisse à tout moment, LFI ne cessant de récupérer ces affaires pour attirer dans ses filets l’électorat des quartiers populaires. Les invectives sont de plus en plus caricaturales et les réseaux sociaux tendent à renforcer cette fâcheuse tendance. Je suis régulièrement la cible sur X ou sur Instagram de ces processus d’hystérisation de ce qui devrait être un combat d’idées respectueux et constructif.

Dans un autre domaine, sur le sujet ciblage et hystérisation, j’ai en tête l’exemple d’Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, universitaire, que je ne connais pas et qui m’interpelle avec virulence sur X en 2024. Se référant à mon soutien de 2023 aux salariés du JDD mobilisés au moment de la vente du Journal du dimanche et de la clause de conscience déclenchée par la rédaction, il raille mes engagements sur la presse et les médias quand je partage sur X un article de Valeurs actuelles qui me cite favorablement pour les municipales de Lille en 2026 : « Il faut se souvenir de ces propos de @VSpillebout en juin dernier pour comprendre le chemin parcouru par la majorité. Dans leur tango endiablé avec l’extrême droite médiatique, les macronistes auront bientôt tout perdu : leur honneur, leurs valeurs… et finalement le pouvoir. » Puis, dans un post suivant, il considère que je suis « adoubée » par l’extrême droite médiatique.

Depuis bien longtemps, pourtant, les responsables politiques s’adressent à des médias dont la ligne éditoriale ne reflète pas les idées ou les valeurs. J’ai souvent reproduit sur les réseaux sociaux ou sur mon site des articles ou des extraits publiés par des médias de toutes les sensibilités dans le cadre d’une revue de presse. Certains articles étaient loin d’être élogieux à mon égard. Lorsqu’ils étaient inexacts, j’y ai répondu. Au nom de la pluralité, je partage fréquemment des articles de supports parfois hostiles au parti présidentiel. Je ne boycotte pas Libération ou L’Humanité, bien qu’ils soient sans concession avec nos politiques. Je leur adresse même des tribunes. Je ne refuserai jamais de façon dogmatique de parler à des médias qui n’ont pas mes convictions. Les rares journalistes que je boycotte sont ceux qui, en propageant fake news et calomnies, manquent à toute déontologie. Pour le reste, je crois en la nécessité de m’adresser à tous. C’est l’indifférence et le mépris vis-à-vis d’une large part de l’électorat qui lui a permis de prospérer. À ces lecteurs, électeurs, il faut dire notre vérité, notre empathie, nos valeurs.

Et si j’accorde un jour un entretien à Valeurs actuelles, je le ferai avec la conviction que mon discours pourrait avoir un impact positif pour le débat démocratique et sa pluralité. Reste que, à la suite de ce tweet, une cohorte d’internautes moralistes, dont l’historien Alexis Lévrier, m’ont accusée d’être d’extrême droite ou de cautionner les thèses de ce parti.

Valérie Pécresse, Édouard Philippe et bien d’autres acceptent un débat à la Fête de l’Humanité. Peut-on croire sérieusement pour autant qu’ils sont communistes ou partagent les idées du PCF ? Lorsqu’un responsable politique s’adresse à un média, il ne s’agit nullement d’une adhésion par principe à la ligne éditoriale du support ou aux idées qu’il défend. Il peut au contraire s’agir d’y faire entendre un autre son de cloche dans l’espoir de sensibiliser ou convaincre des lecteurs qui pensent différemment. Ce choix personnel est hautement respectable. Ce qui importe est le message plus que le médium. Le débat démocratique ne peut se limiter à l’entre-soi et à la connivence. Il ne sert à rien de prêcher uniquement les convaincus. Si l’on souhaite parler à tous les électeurs, alors il faut faire l’effort de s’adresser au plus grand nombre et d’encourager la pluralité. Même si cela est risqué, désagréable, difficile.

C’est d’ailleurs aussi ce climat hostile à ce que je représente que j’ai éprouvé lorsque j’ai participé le 28 avril 2025, place de la République, à l’hommage rendu à Lille à Aboubakar Cissé, un jeune homme tué au couteau dans une mosquée du Gard, un acte islamophobe odieux. Quelque 350 personnes se réunissent à l’appel d’associations. Je souhaite y être présente sans savoir comment cela peut se passer. En tant que députée, il est important à mes yeux d’avoir une réaction forte pour dénoncer ce crime de haine. J’arrive avec quelques membres de mon équipe et je me retrouve au milieu d’adjoints de la mairie et de députés LFI. Je ressens très vite une forte hostilité. Et puis, des chants anti-Violette Spillebout commencent à monter, des invectives – « Dégage ! » –, alors qu’on rend hommage à un homme décédé, victime de l’islamophobie. Je demande à Ugo Bernalicis, député LFI, de calmer ses troupes. Il me rétorque qu’il ne peut rien faire. Les élus socialistes semblent gênés. Au bout d’un moment, les prises de parole commencent et atténuent les chants. Je reste stoïque, consciente qu’au-delà des huées, l’important est que les députés de la nation soient présents à un hommage républicain, coûte que coûte. Ce geste restera. J’attends un retour au calme pour m’esquiver discrètement. Je ne regrette pas de m’y être rendue mais je mesure le chemin qu’il reste à faire pour s’unir, malgré nos différences, dans un même mouvement d’indignation. Notre République n’est plus capable de respect. J’estime qu’il est de mon devoir de ne pas laisser le champ républicain à l’extrême gauche, sous prétexte de céder aux intimidations. Je serai toujours présente là où il y aura une opposition à la haine et aux violences. Je crois en la nécessité de porter le fer, parfois en territoire « hostile ». C’est même là que c’est le plus utile.

Le paysage médiatique, la pluralité des médias, est au cœur même de mes préoccupations et de mes actions. Je ne méconnais pas les problèmes soulevés par leur concentration et je suis favorable à une plus grande indépendance des rédactions vis-à-vis de leurs actionnaires, quels qu’ils soient. J’ai travaillé dans ce sens et je continuerai à me battre ardemment pour cette pluralité.

D’ailleurs, le 17 octobre 2024, j’ai déposé une proposition de loi portant sur la protection de la presse et de l’information, co-signée avec mon collègue Jérémie Patrier-Leitus, député du Calvados (Horizons). La défense de la liberté de la presse et de la qualité de l’information est au cœur de mes préoccupations et de mes actions depuis ma première élection à l’Assemblée nationale en juin 2022. À la suite des inquiétudes et de l’indignation exprimées par les salariés du JDD lors de la nomination d’un nouveau directeur de la rédaction, je suis allée à leur rencontre pour entendre leurs inquiétudes et manifester mon attachement à l’indépendance des médias.

Après une première mission parlementaire sur l’éducation aux médias, je réalise, avec un groupe de députés, un cycle d’auditions pendant plus de six mois, qui a abouti à la rédaction d’un livre blanc de 100 propositions, que nous avons versé en juin 2024 en tant que contribution aux États généraux de l’information voulus par le chef de l’État. Tous les sujets clés y sont abordés : le défi posé par la concentration des médias ; la nécessité de garantir au mieux leur indépendance vis-à-vis de leurs actionnaires ; un arsenal de mesures plus efficaces pour préserver les rédactions des pressions politiques ou économiques ; la question essentielle de la pluralité des médias et de la diversité de leurs lignes éditoriales ; la nécessité de mieux protéger journalistes et lanceurs d’alerte ; les enjeux de déontologie et de confiance.

Parmi les 100 propositions concrètes que nous avons formulées, quelques-unes sont marquantes pour protéger le métier de journaliste : donner une place de droit aux sociétés de journalistes au sein du conseil d’administration de leur média ; renforcer la protection des sources en définissant précisément les procédures bâillons ; faire évoluer la règle sur la concentration locale des médias en s’appuyant sur l’Arcom ; développer la transparence des détentions capitalistiques des médias, notamment avec la publicité ; renforcer la procédure de négociation des droits voisins avec la garantie d’une part « appropriée et équitable » de leur rémunération aux journalistes. Ces exemples traduisent notre volonté d’agir enfin et d’apporter des réponses à la hauteur des enjeux.

Si ce livre blanc comprend nombre de recommandations pour protéger la liberté et l’indépendance de la presse, il pose également la question de la nécessité de renforcer son lien de confiance avec les citoyens. La crise économique du secteur entraîne parfois une surenchère dans le sensationnel qui altère la fiabilité de certaines informations, moins recoupées, moins relues, publiées plus rapidement et avec des titres racoleurs, ne reflétant pas toujours le contenu des articles eux-mêmes. Cette course à l’info, au clic, au buzz, suscite le désarroi dans certaines rédactions où les garde-fous ont disparu. Ces préoccupations éthiques sont exprimées en premier lieu par les journalistes eux-mêmes qui sont, dans leur écrasante majorité, viscéralement attachés à leur intégrité comme aux règles déontologiques de leur profession. Ils sont bien souvent les plus critiques à l’encontre des dérives susceptibles d’entacher l’image des médias.

Le livre blanc et la proposition de loi qui en est issue formulent donc des propositions pour renforcer la déontologie, promouvoir la lutte contre la désinformation à l’ère numérique et mieux encadrer l’utilisation et l’impact de l’intelligence artificielle générative ou le référencement des contenus sur Internet. La prolifération des fake news et des sites de propagande compliquent la tâche des journalistes, qui doivent non seulement informer, mais aussi débunker les fausses informations, c’est-à-dire les démentir. Cette mission est vitale pour la sincérité du débat démocratique et l’information éclairée du public.

La proposition de loi prévoit d’étendre la qualité de « société à mission » aux entreprises d’information, impose la mise en place de chartes déontologiques, la généralisation des comités d’éthique et la modification de leur mode de désignation, et met en place une déclaration préventive de conflit d’intérêts au sein des rédactions. Toutes ces mesures ont pour objectif de renforcer les règles éthiques des médias. Au-delà de tout corporatisme, le secteur de l’information doit se protéger de ses propres dérives en accentuant ses exigences morales, notamment par une plus grande transparence et des garanties plus fortes contre les conflits d’intérêts.

Mon expérience personnelle et professionnelle m’encourage à approfondir ce sujet délicat de la qualité du travail des journalistes et à oser briser un sujet encore parfois tabou, ou pour le moins souvent corporatiste et auto-protecteur à court terme, mais dont les dérives sont délétères à plus long terme pour le métier. La déontologie, qui est déjà abordée au sein des rédactions, ne doit pas être occultée du débat. J’ose d’autant plus aborder ce point que le niveau d’exigence morale, de transparence, d’éthique est poussé à son maximum pour les personnalités politiques.

Oui, l’immense majorité des médias et des journalistes sont intègres, rigoureux et indépendants. Je suis aux côtés de tous ceux-là. Je travaille avec quasiment l’ensemble des médias, j’ai le plus grand respect pour cette profession, pilier de notre démocratie, et leur combat pour la liberté est le mien. Opposer liberté et déontologie serait une grave erreur. La liberté de la presse n’autorise pas le mensonge, la calomnie, la diffamation. Régulièrement, des médias sont obligés de débunker de fausses informations publiées ou énoncées par d’autres médias mainstream. J’ai en souvenir l’exemple très récent de Libération qui consacre un article sur Anne Genetet pour rétablir la vérité à la suite de celui de L’Humanité. Car il y va de la confiance des lecteurs à l’égard de l’information en général. Cette confiance est la clé de voûte de tout le système.

Notre presse peut s’enorgueillir de la diversité de ses opinions, le débat est riche, intense et doit absolument le demeurer. En revanche, la désinformation doit être systématiquement dénoncée et ce combat-là n’est pas à armes égales. L’honneur de Dominique Baudis avait été piétiné dans une affaire de sinistre mémoire. Une parmi d’autres. Lui a pu se défendre publiquement contrairement à ces citoyens dont la présomption d’innocence est bafouée ou dont la réputation est démolie. Dans tous les cas, le mal est fait. Le droit à l’erreur existe évidemment, mais il convient alors de donner le même retentissement à son démenti. C’est rarement le cas.

La grande majorité des médias font preuve d’une immense responsabilité. Les plus consciencieux ne redoutent pas de déplaire aux puissants mais de tromper leurs lecteurs. D’autres médias, en revanche, se fichent éperdument de la vérité. Ces canards boiteux, qui pratiquent un journalisme de désespoir afin de racoler des lecteurs, s’abritent derrière la notion de liberté pour agir dans l’impunité. Ceux-là publient ou relaient par exemple que le Rivotril a été utilisé en masse pour euthanasier des personnes âgées ou encore que des puissants s’abreuvent du sang de nourrissons.

À côté de ces délires, d’autres médias, d’autres journalistes, sans scrupule ni prudence, colportent des boules puantes ou font de la reprise, en republiant et en retitrant avec du sensationnel, des faits contestés, publiés par des tiers, et ce sans avoir vérifié leur véracité. Notre pays a besoin de préserver et renforcer une presse pluraliste et indépendante, qui souffre que certains la boudent. La confiance que la presse doit en revanche conserver à tout prix est celle de ses lecteurs. Mon projet consiste à renforcer à la fois l’indépendance des médias et ce lien de confiance.

Sur cette proposition de loi, à nouveau, l’historien Alexis Lévrier me tombe dessus et publie un entretien dans Mediacités Lille contre ma démarche, assène des fake news au sujet de l’article 2 bis lié à la loi de la protection des élus. De manière très surprenante, c’est dans Mediacités, ce fameux média en ligne que je boycotte pour les raisons que vous connaissez, qu’il est invité. Je suis indignée, touchée directement par ce que j’essaie de combattre par la voie légale et démocratique. Je fais un droit de réponse à la rédaction. La nouvelle rédactrice en chef Sheerazad Chekaik-Chaila prend contact avec moi. Elle souhaite rétablir des relations apaisées après l’épisode Trentesaux qui n’est plus vraiment aux manettes. Et plutôt que de publier le droit de réponse, elle me propose de réaliser un entretien. J’accepte. Je connais un peu cette journaliste qui anime en parallèle des ateliers d’éducation aux médias au Labo 148 à Roubaix. Je connais sa droiture et sa force de travail. Nous nous retrouvons dans un café, je lui apporte mon livre et je lui explique comment j’ai vécu les calomnies colportées par son ancien rédacteur en chef. Elle me donne toutes les garanties sur cet entretien qui paraît en décembre 2024.

Depuis ce temps-là, j’ai décidé de répondre à Mediacités Lille. Est-ce que l’arrivée d’une jeune femme à la tête de ce média contribue à apaiser les choses ? Je le crois. Avec elle, je n’ai jamais ressenti de rapport de domination patriarcale comme ce fut le cas avec Jacques Trentesaux. Dans cette équipe, je croise parfois Matthieu Slisse, un excellent journaliste qui suit assidûment la politique lilloise. À l’époque où je ne voulais pas répondre à Mediacités, il s’était fâché que je boycotte son journal. Après la mise au point, j’ai accepté de lui parler et nos relations sont claires et honnêtes, quoi qu’il écrive sur moi de positif ou de négatif, car là n’est pas la question : il a une démarche déontologique. Je suis rassurée de pouvoir retravailler avec ce média qui fait par ailleurs du bon travail dans la région.

Alexis Lévrier lit l’entretien publié dans Mediacités où je lui réponds en partie. Et, oh surprise, je reçois un jour un message privé sur X de sa part où il regrette des propos acerbes à mon endroit. Je suis sidérée de ce retournement. J’interprète cela comme une victoire non pas personnelle mais comme une victoire du dialogue sur la haine. Je le rencontre pour la première fois au mois de mars 2025 au café Le Bourbon. Je découvre un homme doux et respectueux, à l’inverse de l’image qu’il donne via ses messages. Nous évoquons les sujets des médias qui nous rassemblent et nous passionnent et je lui propose de contribuer à améliorer la proposition de loi. Lui-même a été, depuis, la cible de cyberharcèlement, si bien qu’il a dû quitter X temporairement. Les réseaux sociaux ont cela de négatif de nous éloigner les uns des autres au point de nous transformer en des machines insensibles. Les parlementaires ne sont pas infaillibles. Nous avons besoin de l’expertise de tous pour avancer. J’aurais pu dès son premier message ironique et haineux le bloquer et passer mon chemin. Au lieu de cela, je choisis le dialogue. Et je serais passée à côté d’un fin connaisseur des médias qui peut apporter de la valeur à un travail législatif. Je me réjouis de ce dénouement positif.


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24 février 2026