Épilogue

À l’aube des dernières semaines de campagne municipale, le paysage politique lillois est ouvert. Les premiers constats sont clairs. Pas d’alliance, malgré mes propositions réitérées depuis deux ans, avec le candidat des Républicains à Lille. Louis Delemer appartient à une nouvelle génération. Motivé et ambitieux, il cherche à émerger politiquement à l’heure où son parti peine à incarner une alternative solide à Lille. Mais il faut regarder les choses avec lucidité. Louis Delemer sait qu’il ne gagnera pas, ne présentant même pas de liste à Hellemmes ou à Lomme. Un candidat sans expérience élective, sans mandat passé et sans connaissance concrète de la gestion d’une grande ville. Surtout, il est un candidat d’obstruction pour tenter d’affaiblir ma candidature.

Preuve en est, sa dernière initiative, certainement la plus farfelue. À la veille de Noël, Louis Delemer a cru bon de m’adresser une mise en demeure solennelle par voie d’avocat pour m’interdire d’utiliser l’expression « bloc central ». Comme si ce terme, largement utilisé par les médias, les politologues et jusqu’aux responsables politiques eux-mêmes pour désigner l’espace central, pro-européen et réformiste, pouvait faire l’objet d’un dépôt de propriété intellectuelle. Brandir la menace d’inéligibilité pour un mot du débat public relève moins du droit électoral que de la petite manœuvre procédurière. Une tentative un peu vaine de confisquer un concept politique faute de savoir en défendre le contenu. La meilleure analyse de cette posture récurrente de LR à Lille ? C’est à Vanessa Duhamel, ma collègue élue, que nous la devons : « Chers Les Républicains, ne pas essayer de sortir des querelles de chapelles, c’est confesser que l’on n’a d’existence qu’à l’intérieur d’elles. Le miroir que vous tendez ne vous honore pas ; celui d’une droite locale qui depuis qu’elle a perdu ses sièges aux dernières élections municipales se contente de commenter la partition jouée par d’autres, comme ces critiques musicaux qui ne savent ni lire une note, ni tenir un tempo. Tout le monde vaut mieux. »

Las, l’histoire se répète. En 2020 déjà, Les Républicains avaient pour objectif de fracturer le bloc central, une stratégie qui s’était soldée par un résultat catastrophique. Ils n’avaient recueilli que 8 % au premier tour, les éliminant de fait du second tour et les privant de places au conseil municipal. Je pressens qu’en 2026, ils vont faire comme en 2020 : au second tour appeler à voter blanc, voire à voter pour le maire socialiste sortant. Une responsabilité politique lourde de la droite locale, qui a prolongé un règne socialiste déjà trop long.

Le premier sondage daté de septembre 2025 me plaçait en deuxième ou troisième position selon les hypothèses, malgré la notoriété la plus forte. Arnaud Deslandes, candidat PS, s’est installé dans sa fonction de maire et pense être le leader naturel de cette élection. Il fait une campagne sérieuse, mais ne mesure pas à quel point, en particulier dans les quartiers populaires de Lille, les habitants se sentent abandonnés par les promesses du mieux vivre-ensemble des socialistes depuis vingt-cinq ans.

Arnaud Deslandes n’a jamais été élu directement par les citoyens à la tête de la ville de Lille. Sa désignation comme maire relève davantage d’un mécanisme de succession interne que d’un choix exprimé par les électeurs. Il a été installé par un vote du conseil municipal pour assurer la gestion des affaires courantes, dans un contexte de nécessité et de continuité. Fonctionnaire de formation, longtemps dans l’ombre des cabinets et des appareils politiques, Arnaud Deslandes est un homme de dossiers, discret, peu enclin à l’exposition publique. Je le connais bien. Il a été mon ancien collaborateur, mais aussi le nervi de Martine Aubry dont je décris les agissements dans mon premier livre. Il n’a jamais conduit de campagne électorale en son nom ni porté un projet politique personnel auprès des Lillois. Cette situation pose une question démocratique évidente.

Rémi Lefebvre, politologue lillois, spécialiste de la gauche, analyse dans La Voix du Nord la démission de Martine Aubry et sa succession à Lille comme l’illustration d’un verrouillage du pouvoir local par les partis, en particulier le Parti socialiste. Il souligne que les électeurs ont voté pour une maire, pas pour son successeur désigné en cours de mandat. À Lille, cette pratique s’inscrit dans une longue tradition de « tuilage » entre figures socialistes visant à préserver un bastion politique. Rémi Lefebvre met ainsi en cause une démocratie locale contournée par des arrangements d’appareil, juridiquement légaux mais politiquement problématiques : « C’est une forme d’arrangement entre élus, en dehors du suffrage universel. C’est une manière de le contourner, de contrôler la reproduction du pouvoir. »

C’est vrai, les électeurs de 2020 ne se sont jamais prononcés sur sa candidature. Arnaud Deslandes n’a jamais exprimé clairement, jusqu’avant sa désignation comme successeur par Martine Aubry, sa volonté de briguer la mairie de Lille. Et quoi qu’il en dise, il demeure pleinement comptable du bilan politique, financier et stratégique de la majorité actuelle, dont il est un acteur central depuis de nombreuses années. Alors je crois que nous allons avoir bien des surprises.

Je vois Stéphane Baly patiner dans une campagne qui tourne en rond et recycle, sans véritable renouvellement d’équipe ni d’idées, les mêmes slogans et les mêmes réflexes qu’en 2020. À Lille comme ailleurs, l’écologie politique qu’il incarne peine aujourd’hui à convaincre au-delà de son socle. Les expériences municipales issues de cette ligne ont souvent déçu, et pour beaucoup d’habitants, l’écologie n’apparaît plus comme la priorité numéro un face aux urgences sociales, économiques et de sécurité. Son discours reste inchangé : contre la voiture, contre le stationnement, contre la vidéoprotection. Une écologie de l’opposition permanente, plus que de la proposition.

Je considère Stéphane Baly comme l’une des figures d’une écologie lilloise fortement idéologisée, plus à l’aise dans la posture militante que dans l’art du rassemblement. Son approche, volontiers professorale et normative, tranche plus qu’elle ne construit. Elle laisse peu de place au débat contradictoire et regarde le pragmatisme avec méfiance, comme s’il s’agissait d’une compromission. Or, je crois au contraire qu’en matière municipale, le pragmatisme est une condition de l’action efficace.

Cette méthode se traduit, selon moi, par une pratique politique centrée sur la dénonciation et la petite phrase, davantage que sur l’élaboration de solutions opérationnelles à la hauteur des enjeux d’une grande métropole. Elle mobilise un noyau convaincu, mais peine à fédérer largement. Faute d’une vision capable de dépasser l’addition de slogans, cette écologie s’enferme dans ses certitudes et se prive, par sa rigidité, des conditions mêmes de l’efficacité politique.

Comme en 2020, nous savons aussi qu’une alliance entre le PS et EELV est très probable, ou même, une alliance entre EELV et LFI, selon les rapports de force du soir du premier tour. Nous savons que LFI fera un score élevé, puisqu’ils ont désigné Lahouaria Haddouche, particulièrement bien choisie, travailleuse sociale à Moulins, primo-candidate, pour labourer le terrain avec une certaine efficacité. Ils sont aidés par des armées sur les réseaux sociaux qui créent une dynamique pour eux. Ils auront certainement des élus au conseil municipal et auront un objectif prioritaire : faire perdre le PS.

Enfin, le Rassemblement national, avec la notoriété de Matthieu Valet, député européen, lillois, issu des tours de HLM de l’avenue du Président-Hoover, ancien commissaire de police, sera présent et pèsera. Il est compétent sur la sécurité, déterminé, très médiatique, et parle franc. Il saura convaincre des électeurs qui n’ont plus confiance en rien, sont en colère et attendent une révolution populiste telle que la propose le Rassemblement national. Le risque d’une quadrangulaire au second tour est élevé. Face à ce paysage, beaucoup nous disent : « C’est joué d’avance. » Moi, je vous dis exactement l’inverse. C’est précisément cette situation qui nous ouvre une chance historique.

Depuis six ans, j’ai beaucoup évolué je ne suis plus la Violette de 2020. Élue députée en 2022 et réélue en 2024, j’ai porté Lille au national. Des endives et de la chicorée en passant par la bière, les loyers commerciaux, le protoxyde d’azote, le logement abordable, l’éducation, la simplification administrative pour les entrepreneurs, au financement de l’institut Pasteur et à l’université, j’ai passé ces trois dernières années à écouter le local et à agir au national.

Je suis la seule candidate en capacité de porter haut la ville de Lille, de dialoguer avec les gouvernements pour obtenir des moyens sur la sécurité, avec plus de policiers nationaux et des financements de la vidéoprotection, sur la transition écologique avec des fonds européens, ou encore sur l’éducation avec du mécénat de fondations privées. Je sais convaincre, argumenter, rassembler autour de moi les compétences et les énergies pour faire gagner Lille. Je sais faire confiance à ses talents, dans la culture, le sport, l’innovation ou la recherche. Je crois que c’est cela aussi, un maire de Lille : un maire leader de sa métropole et de sa région, qui rend fiers les Lillois et qui porte une vision ambitieuse pour son territoire.

Depuis trois ans, j’ai également fait un choix politique inédit : travailler avec tous ceux qui veulent agir, sans m’arrêter à l’étiquette. Ce choix a transformé ma vision de l’engagement politique. Avec Paul Vannier, député de La France insoumise, j’ai mené une commission d’enquête décisive sur les violences faites aux enfants. Avec Philippe Ballard, du Rassemblement national, j’ai porté des propositions sur l’éducation aux médias. Avec Sébastien Jumel, du Parti communiste, puis Stéphane Delautrette, du Parti socialiste, nous avons avancé ensemble sur le statut de l’élu local. Avec Fabien Di Filippo, des Républicains, j’ai travaillé sur le sujet des homicides routiers.

Ces expériences m’ont changée. Je ne considère plus le RN ou LFI comme des adversaires par principe, ni comme un bloc unique, « les extrêmes », qu’il faudrait systématiquement écarter ou mépriser. Je combats leurs valeurs, leur conception de la République, leur programme économique et social. Mais je respecte leurs électeurs comme leurs élus, à la condition bien sûr qu’ils me respectent. Je respecte la place qu’ils occupent dans le paysage démocratique local et national. Ce que je refuse, c’est l’immobilisme pour ma ville et la confiscation du pouvoir par le PS et EELV qui croient que Lille leur appartient.

Ma manière de les battre ? Créer une dynamique de tolérance et un esprit de concorde. Cet esprit de concorde qui avait amené Pierre Mauroy à prendre sur la liste Michel Falise, recteur de l’université catholique de Lille. Celle qui l’avait conduit à gouverner la métropole de façon apaisée, en privilégiant la stratégie de la métropole face aux intérêts individuels de ses 97 communes. Promettre une autre façon de gouverner la ville en dépassant les partis, en transcendant les clivages, en refusant de diviser les Lillois selon s’ils votent à gauche, au centre ou à droite.

Si je fais aujourd’hui une communication de campagne autour du bloc central, c’est précisément parce que les enjeux municipaux à Lille ont été écrasés par des ambitions nationales tournées vers 2027, bien éloignées des préoccupations concrètes des habitants. J’adhère à Renaissance, je l’assume, mais le paysage politique national est traversé de tensions profondes, de divisions publiques et de stratégies personnelles qui n’ont rien à voir avec la gestion d’une ville, y compris à l’intérieur même de l’ancienne majorité présidentielle – on en voit les impacts locaux indéniables au sein de notre collectif de militants.

Entre la distance assumée récemment par Gabriel Attal avec Emmanuel Macron, l’appel d’Édouard Philippe à la démission du président de la République, et les difficultés de mes relations avec le MoDem national dans le contexte de la commission d’enquête parlementaire, j’ai fait le choix de revendiquer plus clairement encore mon autonomie municipale. Je revendique aujourd’hui comme hier d’être Faire Respirer Lille avant toute autre chose. Ce que je propose pour Lille est né du terrain, de l’écoute, du local ; ce n’est pas la déclinaison d’un programme national ni l’application d’une étiquette partisane. C’est d’ailleurs plutôt l’inverse, puisque c’est notre expérience lilloise que j’ai mise au service de Renaissance pour construire un socle national de propositions municipales et les mettre à disposition de néo-candidats dans les communes de France.

Mon équipe est composée d’adhérents de partis divers et de personnalités de la société civile non politisées. Mon projet est profondément centriste dans l’âme. Il assume des mesures de fermeté et d’attractivité économique souvent qualifiées « de droite », comme la sécurité ou le soutien aux commerces, et des politiques de solidarité, de lutte contre l’exclusion et de justice sociale souvent qualifiées « de gauche ». Ce dépassement des clivages n’est pas une posture. C’est la condition pour rassembler largement et gouverner efficacement une ville aussi diverse et exigeante que Lille.

Derrière chaque parti, il y a des citoyens. Des familles, des commerçants, des étudiants, des retraités, des habitants de Lille qui veulent qu’on les écoute. Ce sont eux que je choisis. Pas les appareils. Pas les postures. Alors oui, je serai critiquée. Certains me diront que je franchis les lignes rouges. Mais je l’assume. Je suis la candidate de Faire Respirer Lille, un bloc central, républicain, solidaire, et je ne veux pas être la candidate d’un camp politicien. Je veux être la candidate de Lille tout entière. En 2026, Lille peut écrire une page totalement nouvelle. Pas un duel figé, pas une victoire mécanique du PS et d’EELV, mais une surprise, un souffle, une respiration. Une ville qui choisit enfin d’être gouvernée par ses citoyens, et non par ses appareils politiques.

C’est ce chemin que je vous propose. Un chemin audacieux, exigeant, courageux. Le seul qui peut nous conduire à la victoire.


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24 février 2026