La campagne des européennes et les universités

Mars 2024. C’est à Lille que mon parti choisit de lancer le 9 mars la campagne des élections européennes qui se tiennent en juin. Un choix mûrement réfléchi avec Gabriel Attal, alors Premier ministre et chef de file de Renaissance. Cette campagne est courte. Il faudra redoubler d’énergie, surtout lorsqu’on connaît le peu d’engouement qu’elle suscite chez nos concitoyens. Pourtant, tant de décisions cruciales pour l’avenir de notre pays s’y prennent. Lille est une ville passionnément européenne : transfrontalière, dynamique, engagée et accueillante.

Pendant près de mille ans, on a changé près d’une demi-douzaine de fois de statut, de nationalité, de maîtres. D’abord État indépendant, la Flandre a été ensuite gouvernée par les Bourguignons, les Espagnols, les Français enfin. Lille a été assiégée un nombre incalculable de fois, ruinée, envahie, annexée, détruite. Toujours reconstruite. Elle a vu la frontière se dessiner à quinze kilomètres de là et apparaître de nouveaux voisins. Elle a connu la prospérité, la misère noire. Cette région a été le haut-fourneau de l’Europe, laboratoire des avancées économiques et sociales, elle a accueilli des migrants venus de Belgique, de Pologne, d’Italie, du Maghreb.

Étant donné que nous sommes proches de la Flandre et de la Wallonie, proches de la Belgique et de l’Angleterre par le TGV voulu et obtenu par Pierre Mauroy, il me paraissait évident que nous soyons la puissance invitante pour lancer la campagne européenne du bloc central. Vaste métropole européenne de plusieurs millions d’habitants, située à trente minutes de Bruxelles, à un peu plus d’une heure de Londres et des Pays-Bas et à peine deux heures de l’Allemagne, l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai constitue le nouveau territoire de projets des Lilloises et des Lillois.

Territoire bilingue français et néerlandais, point de rencontre entre Europe du Nord et Europe latine, l’Eurométropole est le tout premier groupement européen de coopération territoriale (GECT), statut créé par l’Union européenne pour les territoires transfrontaliers. Lille, c’est aussi l’Europe de l’innovation, qui a permis la création d’Eurasanté et d’EuraTechnologies, le rayonnement avec la capitale européenne de la culture, l’ambition transfrontalière avec une métropole devenue européenne.

Le meeting se déroule à Lille Grand Palais, un complexe événementiel situé au cœur de la métropole lilloise, dans le quartier d’affaires Euralille, à deux pas des gares Flandres et Europe, imaginé par le grand architecte néerlandais Rem Koolhaas. Invitée à faire l’introduction, je me trouve seule sur l’immense scène pour lancer cette campagne. Ce meeting fort et ambitieux rassemble près de 3 000 sympathisants et militants, l’ensemble des chefs des différents partis qui nous composent et une grande part du gouvernement allant d’Édouard Philippe à Yaël Braun-Pivet, Gérald Darmanin, Stéphane Séjourné, François Bayrou et bien sûr Valérie Hayer, tête de liste Besoin d’Europe pour la coalition Ensemble, dans laquelle je figure.

Pour leur souhaiter la bienvenue, je parle des grandes femmes et des grands hommes politiques qui ont permis de construire une Europe forte. J’évoque la guerre en Ukraine qui cristallise les débats mais surtout notre jumelage avec Kharkiv. Voilà quarante-quatre ans qu’elles sont liées, Lille et Kharkiv, alors que 2 600 kilomètres les séparent. Jumelée au chef-lieu du Nord, la métropole de l’est de l’Ukraine compte parmi les premières cités touchées par les frappes russes au commencement de l’invasion russe, le 24 février 2022, et parmi les plus abîmées.

Au lendemain du 8 mars, comment ne pas citer la grande Simone Veil qui avait fait un émouvant discours au même endroit avec trois défis toujours d’actualité : la paix, la liberté et le bien-être. Enfin, fidèle à la réputation des gens du Nord, je décide d’offrir aux invités six maroilles de 500 grammes, fromage symbole de notre région, sacré fromage préféré des Français. Qui a dit que l’Europe n’avait pas de goût ? Je garde un beau souvenir de ce meeting.

D’aucuns pourraient penser que l’Europe est incompatible avec un ancrage local. Qu’elle charrie avec elle un manque de lisibilité, de proximité avec les peuples, et qu’elle se perd dans des réglementations compliquées. C’est à nous, politiques, de nous employer à réduire ce fossé. Mes engagements locaux de cheffe de file de l’opposition à Lille nourrissent inlassablement les combats portés au niveau national par mon mandat de députée. Voilà pourquoi je décide, pendant ce même mois, d’annoncer ma candidature à la mairie de Lille, un objectif auquel je tiens depuis 2020, ma précédente candidature. Nous sommes exactement à deux ans des élections municipales.

Puisque je suis engagée comme députée du Nord depuis 2022, il n’est pas trop tôt pour préparer un programme solide avec, à mes côtés, des personnalités lilloises prêtes à relever ce défi. Je veux être directe et franche avec les Lillois, éviter les ambiguïtés. Deux ans pour préparer sérieusement un projet et une vision à long terme pour Lille. Deux ans pour réunir un maximum de Lillois autour de moi, deux ans pour construire de concert avec l’intelligence collective. Je sais travailler avec toutes les sensibilités, écouter et rassembler.

Le 16 mars 2024, je lance ma candidature officielle en donnant un entretien à La Voix du Nord dans lequel je détaille mes ambitions pour les Lillois, pour améliorer leur qualité de vie, m’occuper des sujets qui les préoccupent : l’école, la santé, les personnes âgées, le handicap, le commerce, la propreté, les transports et la sécurité. Je crois que c’est exactement ce qui manque aujourd’hui dans la gestion de la ville. Je ne suis pas une opposante de principe mais j’applique le principe de réalité. Quand de bonnes propositions sont faites et bien réalisées, je m’en réjouis.

Force est de constater que de nombreux dossiers d’envergure demeurent, malgré nos alertes répétées lors des conseils municipaux, en déshérence totale ou en retard. Lille s’est recroquevillée sur elle-même, à la suite d’une gestion autoritaire et peu novatrice. Je veux donner ce souffle dont Lille a les moyens pour peu qu’on les lui donne. Je suis convaincue que les Lillois ont leur mot à dire, qu’ils sont les mieux placés pour raconter leur ville et contribuer à l’améliorer. La proximité et l’écoute, enfin, sont deux valeurs qui me tiennent à cœur et qui ont été perdues de vue depuis des décennies. Lille mérite cette place de capitale européenne, radieuse mais à taille humaine.

Faire Respirer Lille : trois mots pour retrouver de l’oxygène à tous les niveaux. Je compte sur une équipe de bénévoles et de militants qui m’ont rejointe sur la base d’une confiance mutuelle. S’engager, c’est pousser une porte et mettre ses compétences et son énergie au service d’un projet plus grand, plus collectif et plus démocratique. Depuis 2024, nous organisons des séminaires sur la politique locale. Nous examinons les sujets sous toutes les coutures pour nous former et pour forger ce programme. En cela, la campagne des européennes dans laquelle je me lance à Lille me permet de connecter les grands sujets qui paraissent loin de la base aux plus modestes, en apparence, et qui sont ceux qui inquiètent les Lillois. Nous avons listé l’ensemble des projets qui bénéficient du soutien financier de l’Europe et il y en a bien plus qu’on ne l’imagine. De la production de notre fameux maroilles au port maritime de Dunkerque en passant par le soutien aux centres sociaux culturels ou au traitement des déchets.

Les citoyens savent peu que l’Europe est un facteur protecteur des savoir-faire français. Plus de 700 AOP et IGP françaises sont protégées par le droit européen. Par exemple, il n’est pas possible de produire un maroilles ou un lingot du Nord au Portugal ou en Slovaquie. L’Union européenne protège et valorise le tissu économique local.

La brasserie du pays flamand installée à Blaringhem et à Merville est en pleine croissance. Elle investit dans l’extension des capacités de production, l’amélioration de l’outil de conditionnement des fûts et la création d’un nouvel atelier de production. Ces travaux sont financés pour moitié par l’Union européenne qui apporte 1,1 million d’euros. Dans le domaine de la santé cette fois, qui pourrait imaginer que le CHU de Lille a reçu plus de 7 millions d’euros de fonds européens entre 2014 et 2020 permettant de développer un service de chirurgie cardiaque infantile ? C’est un enjeu majeur car chaque année, 260 enfants ou bébés présentant des malformations cardiaques ont besoin d’une chirurgie hyper spécialisée. Et il existe bien d’autres exemples encore sur la culture, l’emploi, la solidarité, l’industrie, le numérique, l’agriculture ou l’environnement.

Je me souviens de cette campagne des européennes avec les nombreux porte-à-porte, rencontres et distributions de tracts. Et si parfois j’ai pu faire de belles rencontres avec des Lillois, comme avec un ancien architecte d’intérieur qui m’a fait part des difficultés de gestion d’une école privée d’architecture à Fives, le quartier où je vis, il y a aussi parfois des accueils plus hostiles. Comme à Hellemmes, où nous sommes passés devant la permanence d’Ugo Bernalicis (LFI) et où beaucoup de militants d’extrême gauche attablés en terrasse à proximité n’ont pas vu d’un bon œil notre présence. J’ai senti l’animosité poindre comme lors de ma première campagne municipale. Néanmoins, le terrain ne ment pas. Impossible de s’en passer. Le 12 avril, lorsque nous sommes allés à la rencontre des habitants des résidences surplombant le parc Matisse, situé dans le quartier d’Euralille, entre les deux gares, je savais que de graves problèmes de sécurité y sévissaient, ayant été prévenue par un gardien d’immeuble.

Campements de migrants, trafic de drogue et prostitution à ciel ouvert… Les résidents qui ont investi et acheté là pour le calme et la proximité du centre étaient à bout de nerfs. Nous sommes très bien accueillis par des habitants désespérés qui nous proposent de boire un café et de constater par nous-mêmes. Ces moments précieux, où ils acceptent de nous confier leurs difficultés et leur désarroi de se sentir abandonnés par Martine Aubry, demeurent un accès à la réalité de laquelle beaucoup trop d’élus lillois de la majorité sortante sont coupés. Plusieurs sujets que je porte viennent faire écho à cette détresse, et en particulier le sujet de la vidéoprotection et de l’armement de la police municipale pour lesquels je ne cesse de plaider à chaque conseil municipal. Leur lieu de vie se dégrade chaque jour un peu plus et nous avons le devoir de répondre et de trouver des solutions.

Depuis plusieurs années, je défends une ligne claire et cohérente sur les occupations illégales du domaine public, alliant humanité, fermeté et efficacité. Chaque fois qu’un campement illicite se crée, comme au parc Matisse où j’ai alerté très tôt sur l’insécurité, les nuisances et le sentiment d’abandon exprimé par les habitants, je souhaite que soit demandée une évacuation rapide, dès les premiers jours, pour éviter la dégradation de la situation et la spirale de l’insalubrité et de l’insécurité. Mais j’ai tout autant affirmé qu’aucune intervention ne peut être menée sans diagnostic social préalable permettant de proposer un relogement adapté aux familles, un accompagnement digne et un parcours de sortie du campement. Beaucoup de campements sont malheureusement installés aux abords de Lille, porte de Gand, sur les terrains limitrophes à La Madeleine, et ailleurs, donnant une image triste et misérabiliste à l’arrivée dans Lille.

Cette exigence de justice sociale et de responsabilité publique est au cœur de mes engagements passés et présents. Dès 2019, à la suite du squat du « 5 étoiles » à Lille-Moulins, j’ai défendu des solutions structurelles pour sortir du cycle stérile des évacuations successives qui déplacent le problème sans jamais le résoudre. J’ai proposé la création d’un réseau de logements diffus pour accueillir durablement 100 réfugiés ou demandeurs d’asile, une maison familiale par quartier, afin d’éviter les concentrations, de prévenir les tensions et de favoriser l’intégration dans le tissu urbain. Et j’ai demandé que Lille s’engage pleinement dans un contrat métropolitain d’accueil et d’intégration des réfugiés, outil puissant pour financer l’apprentissage du français, l’insertion professionnelle et la stabilisation des parcours de celles et ceux qui ont vocation à rester durablement sur notre sol.

Ces propositions, que j’assume et que je maintiens, dessinent une politique d’accueil à la fois humaine, ferme et responsable. De même, sur les questions de toxicomanie, j’ai toujours défendu une approche lucide, fondée sur la santé publique et la réduction des risques. Avec mon groupe, nous nous sommes prononcés en faveur de l’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque, dont toutes les études démontrent l’efficacité pour réduire les overdoses, pacifier l’espace public et ouvrir un accès au soin pour les personnes les plus marginalisées. Mais j’ai refusé qu’un tel équipement soit installé au cœur d’un quartier déjà en grande difficulté : celui qui était ciblé par la majorité en place était Faubourg-de-Béthune, déjà rongé par les trafics de drogue et la pauvreté. L’exigence de santé publique ne peut jamais être dissociée de la prise en compte de l’acceptabilité locale, de la concertation réelle avec les habitants et du respect de leur qualité de vie.

Qu’il s’agisse de campements illicites, de migrations, de logement ou de lutte contre les addictions, ma conviction est constante : une ville ne protège réellement les plus fragiles que si elle protège dans le même temps les riverains, les familles et l’ordre public ; et elle ne protège l’ordre public durablement que si elle traite les situations humaines avec courage, anticipation et dignité. En menant cette campagne pour l’Europe, je mène déjà une campagne pour les Lilloises et les Lillois, convaincue qu’il faut se mobiliser pour de meilleures conditions de vie.

Je voudrais ici vous parler d’un événement annexe à la campagne européenne qui s’est invité à Lille alors que je me trouvais à des milliers de kilomètres de là. Nous sommes le 14 avril 2024. Je suis en déplacement à Tallinn en mémoire de mon père qui a vécu ses dernières années en Estonie et qui y est enterré. J’aime beaucoup les pays d’Europe de l’Est, peut-être grâce à lui. Chaque voyage est une occasion de prendre des contacts sur le volet politique pour m’inspirer des réussites ailleurs qu’en France. L’Estonie est un pays innovant sur la numérisation des services publics mais aussi sur la réussite scolaire exceptionnelle – comme en témoignent leur haut niveau au classement Pisa (programme international pour le suivi des acquis des élèves) et l’usage de l’intelligence artificielle dans l’enseignement, la culture de l’auto-évaluation et de la confiance.

Dans ma chambre d’hôtel, je reçois un message de Louison Bastien, un des jeunes étudiants de l’université de droit Lille I, engagé à mes côtés. Il me transfère le tract d’une conférence sur la Palestine prévue le jeudi 18 avril en présence de Jean-Luc Mélenchon, chef de LFI, et de Rima Hassan, candidate LFI aux élections européennes, pasionaria controversée de la cause palestinienne qu’on ne présente plus. Ses propos abjects sur les attaques terroristes du 7 octobre 2023, pire massacre antisémite depuis la Shoah, restent dans toutes les têtes. Ses assertions sur la légitimité du Hamas à se défendre, sa proximité avec des sphères islamistes, tout porte à la plus grande prudence pour qu’elle puisse déverser sa haine dans une université. Sur l’affiche apparaît le logo de l’association Libre Palestine « From the river to the see » niant l’existence d’Israël.

Mener une campagne européenne sur un tel sujet au sein d’une université lilloise est problématique. À mes yeux, l’université peut être le lieu d’un débat pluriel, mais pas celui des meetings partisans et dogmatiques. Je décide, depuis Tallinn, d’écrire au président de l’université en lui demandant officiellement et publiquement de ne pas accueillir ce meeting politique déguisé. Le contexte, rappelons-nous, est celui d’une tournée de Rima Hassan dans des universités où des incidents ont eu lieu presque à chaque fois, avec des agressions envers des étudiants juifs. Je reçois aussi des alertes de la part de parents inquiets qui témoignent que leur enfant juif se rend à l’université la peur au ventre. Comment le camp de Hassan et de Mélenchon ont-ils interprété ma demande ? Comme une volonté d’interdire alors que je demande seulement qu’elle ne se tienne pas dans l’enceinte d’une université.

À partir de là, je suis identifiée comme une femme politique qui agit pour la lutte contre l’antisémitisme et qui promeut la liberté d’expression. Et qui ose se confronter à LFI. Je me renseigne sur la teneur des conférences qui se sont tenues dans cette faculté de Lille. Toutes sans exception depuis quelques années sont uniquement dédiées à l’invitation de leaders de gauche ou de l’extrême gauche. Pour un étudiant du centre ou de droite, c’est mission impossible d’imaginer inviter un de ses mentors, sous peine de menaces et d’un climat de terreur.

Le président de l’université de Lille I Régis Bordet m’assure qu’il n’a pas de pouvoir sur les choix des associations étudiantes. J’alerte le préfet. Finalement, pour des raisons de possible trouble à l’ordre public, le président décide de refuser d’accueillir la conférence et de dénoncer la convention qu’il avait signée avec l’association organisatrice. Ils finiront par organiser ce meeting lunaire sur une place dans le quartier de Moulins. C’est là que, de son habituel ton colérique, Jean-Luc Mélenchon lâche le sinistre nom d’Eichmann en citant Hannah Arendt pour qualifier… le président de l’université. Ce dernier a reçu des menaces de mort pour cela.

Plus tard, le 21 mai, dans la continuité de ce malheureux épisode si clivant autour des débats qui mobilisent notre jeunesse, une nouvelle affaire éclate. Le collectif Golem, pourtant hostile à la politique du Premier ministre israélien, n’est pas le bienvenu lors d’une table ronde organisée par l’université de Lille et intitulée « Israël-Palestine : comment une communauté universitaire s’engage ». Cette réunion avait pour vocation de renouer le dialogue et de permettre aux associations engagées sur le conflit israélo-palestinien de s’exprimer : le collectif Golem et l’association Libre Palestine. Encore elle… Malheureusement, cette dernière étouffe le débat d’entrée. Ce mouvement, qui avait déroulé le tapis rouge à Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan quelques semaines plus tôt, démontre son attitude antidémocratique.

Ce 21 mai, la première intervention provocatrice de Libre Palestine est suivie de slogans haineux, d’invectives et de chants militants menaçants et antisémites contre le président de l’université, les enseignants et l’association Golem. Le modérateur est contraint de mettre fin à la soirée avant même que chacun ait pu s’exprimer. Les jeunes membres de Golem sont exfiltrés. Un fiasco que l’on pouvait hélas redouter. À nouveau, je m’interroge sur les fondamentaux de l’université, un lieu destiné à élever la pensée, un espace républicain, pluriel, ouvert à toutes les opinions.

Ils détournent une cause, celle des victimes civiles à Gaza, qu’ils desservent tristement par leurs soliloques intolérants et leurs injures. Loin de défendre la paix, ils prônent des positions incendiaires qu’ils vocifèrent et refusent de débattre. C’est triste, parce qu’il y a bien un génocide à Gaza, et je suis d’accord pour dénoncer les exactions de l’armée israélienne et du gouvernement. Mais la façon dont chaque débat dégénère à Lille ne favorise pas l’unité pour agir au niveau local, pas plus qu’au niveau national et international.

LFI ne peut pas se dédouaner de ses responsabilités. Vouloir obstinément imposer un débat incandescent dans les universités est pyromane. Se victimiser, puis exciter les esprits ensuite, est doublement irresponsable. Les groupuscules étudiants proches de LFI soit interdisent l’accès à nombre de personnalités qui leur déplaisent, soit les accueillent dans le chahut. Un climat délétère et dangereux. Je l’écris ici : l’université ne peut pas devenir une base arrière de mouvements politiques servant à promouvoir seulement les idées et les programmes adoubés par des groupuscules radicaux décidant autoritairement du planning des conférences. On est bien loin de la liberté d’expression. Il s’agit ni plus ni moins d’une OPA sur le débat universitaire.

Ce climat malsain qui règne dans nos universités, et qui n’a rien à voir avec l’éveil politique idéaliste d’une époque révolue, est la résultante d’une escalade à visée électoraliste dont LFI est largement responsable, obsédée par l’objectif de toucher la « cible » des étudiants en vue des élections européennes. C’est précisément ce que j’ai écrit dans une tribune du journal Libération en réponse au député Louis Boyard qui m’accuse de vouloir faire de la censure et d’empêcher les étudiants de faire de la politique. Je n’attaque jamais la première, je ne m’oppose pas par principe, je m’attache simplement au pluralisme de plus en plus malmené dans ce contexte d’exacerbation des passions. Je m’interroge sur le réel intérêt de Rima Hassan pour l’Europe, qui n’y fait jamais allusion. J’aurais pu me taire et ne pas affronter ces graves questions qui ébranlent notre démocratie. Il y va cependant de ma responsabilité d’élue municipale et de députée du Nord.

D’ailleurs, pour l’université de Lille, mon action s’est d’abord concentrée sur le soutien budgétaire et la défense du patrimoine. J’ai notamment porté à la tribune de l’Assemblée l’urgence de la situation de l’université, soulignant qu’un tiers de son patrimoine est très dégradé, voire inutilisable, et que l’établissement a besoin de 200 millions d’euros pour sa rénovation. J’ai alerté la ministre sur le fait que nos universités publiques, comme celle de Lille, peinent à obtenir l’attention nécessaire pour des travaux de modernisation cruciaux, les contraignant parfois à envisager de mobiliser des fonds initialement destinés à la recherche et à l’excellence.

De même, j’ai apporté mon plein soutien à un amendement visant à assurer la compensation complète des charges sociales pour éviter que le surcoût ne fragilise davantage notre université, déjà confrontée à un retard de dotation conséquent par rapport à la moyenne nationale. Mon rôle a aussi été de veiller à ce que la crise énergétique n’ait pas de répercussion sur les étudiants, et ce en relayant les inquiétudes du président de l’université de Lille sur les plans de sobriété. Je suis profondément attachée à l’université de Lille, cœur battant de notre République sociale et méritocratique, et j’ai eu l’occasion de m’engager à plusieurs reprises pour soutenir son excellence et sa stabilité. Elle mérite des moyens renforcés, pour ses 80 000 étudiants, pour attirer des doctorants, pour qu’ils puissent tous étudier dans les meilleures conditions et former nos compétences de demain.

Au-delà des chiffres, mon engagement vise la qualité de la vie étudiante et la sécurité. J’ai été particulièrement choquée, en tant que parlementaire et conseillère municipale à Lille, par la hausse des violences sexistes et sexuelles, ainsi que par la hausse des faits d’exhibitionnisme aux abords des écoles. Récemment, à la suite de la dénonciation de tels faits sur le pont derrière le Jardin des Plantes, j’ai interpellé le préfet du Nord et le maire de Lille pour obtenir des actions concrètes en matière de sensibilisation, de prévention, de vidéoprotection et d’accompagnement des victimes.

J’ai vu combien les étudiants souffrent du manque de logements accessibles, de l’insécurité près des résidences, de la mobilité compliquée entre les campus. J’ai pris l’engagement de construire plus de logements étudiants au cœur de la ville, de sécuriser leurs quartiers, de créer des infrastructures sportives et culturelles adaptées et d’offrir des solutions de mobilité modernes et douces. La gratuité des transports pour les moins de vingt-six ans fait partie de cette vision d’une ville qui facilite l’émancipation de sa jeunesse. Quel retard accumulé depuis tant d’années par la majorité socialiste, laissant une grande partie de nos étudiants dans de grandes difficultés ! Bien sûr, l’ancienne équipe vous expliquera que les étudiants ne votent pas à Lille. Que le manque de moyens, c’est la faute des gouvernements successifs. Ou de Macron, et avant ça Hollande ou Sarkozy. Mais quand on est maire de Lille, on s’occupe de tous ses habitants et surtout de sa jeunesse.

Depuis le début, j’ai toujours considéré que l’avenir de Lille devait se construire avec, par et pour son université. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de grande métropole sans une grande université, et pas de territoire innovant sans une recherche forte, soutenue et reconnue. Cette conviction ne m’a jamais quittée, ni dans ma campagne municipale, ni dans mon travail de députée. Très tôt, j’ai été frappée par le potentiel immense de la recherche lilloise. Dans la santé, le numérique, la transition écologique, les sciences humaines… J’ai la chance d’être accompagnée depuis plusieurs années par le Pr Philippe Amouyel, qui m’a soutenue en 2022 et en 2024 pour mes candidatures législatives. Au-delà de cet engagement politique, j’échange souvent avec lui sur les potentiels de Lille, en termes de recherche, d’innovation et d’enseignement supérieur. Il a une longue expérience, la direction de l’institut Pasteur de Lille, mais surtout la recherche en santé publique au niveau européen, et de réelles convictions à partager sur les politiques publiques. Il est devenu mon ami, mon conseiller et une personne pour laquelle je cultive un immense respect. Ce sont là certaines des raisons qui m’ont poussée à lui proposer d’écrire la préface de ce livre.

Lille est un vivier d’intelligences, de laboratoires brillants, de jeunes chercheurs passionnés. Pourtant, j’ai constaté que notre ville n’accompagne pas suffisamment cet écosystème. Je me suis donc fixé une ligne claire : soutenir activement les grands projets scientifiques, dialoguer en permanence avec l’université de Lille et l’université catholique de Lille, leurs écoles, les écoles privées, et créer enfin un environnement favorable à l’attraction des chercheurs français et étrangers.

À mes yeux, Lille doit devenir une ville choisie par un jeune talent qui s’y installe parce qu’il y trouve un laboratoire dynamique, mais aussi un lieu sûr, rempli de culture et d’ouverture. Accueillir les chercheurs étrangers, cela passe par des services adaptés, des logements disponibles, une signalétique multilingue, et par une politique d’ouverture culturelle ambitieuse. Comment, concrètement ? Lille doit rattraper son retard, saisir les opportunités du Brexit pour attirer des talents et se projeter comme un acteur scientifique majeur du nord de l’Europe. Je me souviens du nombre de fois où mon père, qui vivait entre Lille et Tallin en tant que directeur de recherche à l’ISA Lille, me rappelait l’importance de ces échanges internationaux et ce qu’il en rapportait comme nourriture intellectuelle et enrichissement humain.

J’ai par ailleurs fait le choix de renforcer les liens entre l’université et notre tissu économique. La recherche n’a de sens que si elle irrigue l’innovation, l’emploi, les start-up, les nouveaux secteurs économiques. Je crois profondément au transfert technologique, aux chaires partenariales, aux incubateurs et aux thèses en lien avec les entreprises. C’est ainsi que l’université devient un levier de rayonnement territorial. Enfin, l’expertise universitaire doit être au cœur de la décision publique. Sur les questions climatiques, sociales, urbaines ou sanitaires, les chercheurs apportent un regard essentiel. Je propose la mise en place d’instances permanentes d’échanges, afin que la ville et la métropole puissent s’appuyer sur les savoirs de leurs laboratoires. C’est pour moi une manière d’honorer la mission même de l’université : éclairer le présent et préparer l’avenir.

Ce sujet des universités, de la recherche (et du combat contre l’antisémitisme) m’a permis d’échanger plus longuement avec Philippe Froguel. Je l’avais connu assez négativement en 2020, puisqu’il s’acharnait sur moi avec son compte X (anciemment Twitter), alors qu’il ne me connaissait même pas. Philippe Froguel est un médecin-scientifique lillois de renommée mondiale, professeur en médecine génomique et métabolique (à l’Imperial College de Londres et à l’université de Lille), directeur de laboratoires de recherche sur le diabète et l’obésité, et membre d’académies médicales prestigieuses. Autant vous dire, un CV qui en impose. Ce qui, à l’époque de ses commentaires virulents sur X, ne venait pas d’un troll anonyme, mais d’une personnalité lilloise influente et reconnue, et donc me touchait plus fortement. Pas rancunière, à la suite d’une invitation en tant que députée lilloise d’un de ses collaborateurs que je connaissais depuis longtemps, j’avais accepté malgré tout de visiter en 2024 son unité de recherche au centre hospitalier de Lille, en (Epi)génomique fonctionnelle et physiologie moléculaire du diabète et maladies associées. Il faut savoir que les Hauts-de-France est une des régions les plus touchées par les maladies métaboliques comme le diabète ou l’obésité. Le site lillois porte et structure la recherche sur cette thématique depuis près de deux décennies et sa renommée internationale n’est plus à faire. Le laboratoire développe une approche holistique qui, au-delà de la recherche fondamentale, travaille sur des programmes de prévention innovants ciblant les populations à risque, en particulier l’obésité infantile dans les écoles de la ville de Lille, Hellemmes et Lomme, et les personnes en situation de précarité. Je crois réellement que ces actions de terrain sont inspirantes pour demain et, face aux enjeux de ces maladies chroniques en termes de santé publique, je partage l’ambition du Pr Froguel et de son équipe de créer un véritable institut de l’obésité et du diabète, avec le patient situé au cœur des préoccupations.

Quand il me recontacte un an après et que l’on prend un café pour parler politique, je découvre un homme passionné par son métier mais aussi très engagé socialement. Il a envie de faire plus. Il a même déjà essayé. Quand Macron a fait appel à la société civile pour enrichir les rangs des députés, après sa première élection en 2017, le Pr Froguel avait même envisagé de se porter candidat. Mais Macron l’a terriblement déçu dans son premier mandat, comme dans l’actuel. Par ailleurs, en lien avec Martine Aubry à l’époque des municipales de 2020, il faisait partie de mes plus durs adversaires sur la base de ce qu’elle lui avait raconté de mal sur moi à l’époque, le poussant à devenir le pire des snipers sur les réseaux sociaux. Je reconnais bien là les méthodes de l’ancienne maire de Lille, que j’ai largement décrites dans mon premier livre. Pour détruire ses adversaires, il faut détruire leur réputation, s’affranchir de toute vérité et de toute morale… « Diffamez, diffamez, il en restera bien quelque chose. » Tout cela fait partie du passé, et nous partageons nos visions sur les talents mal exploités de notre université de Lille et la façon dont nous pourrions mieux l’impliquer dans la vie de la cité.

Mon ambition pour l’université de Lille reste intacte. Je veux qu’elle rejoigne le cercle des grandes universités européennes. Je veux que Lille devienne une ville-université où la recherche, la jeunesse et l’innovation structurent profondément le projet politique. Que l’on attire des étudiants du monde entier, que l’on retienne nos chercheurs, que l’on invente les solutions qui feront respirer notre ville et notre société dans les décennies à venir. Cet engagement n’est pas un chapitre parmi d’autres. Il est la colonne vertébrale de ma vision pour Lille. Car soutenir l’université et la recherche, c’est croire en l’intelligence collective, en la connaissance comme bien commun, et en la puissance du savoir comme moteur de transformation sociale.

Le 19 juin 2024, le jour du vote est arrivé. C’est la fin de la campagne des européennes. Après avoir fait le tour des bureaux de vote et assisté au dépouillement, nous nous sommes tous réunis dans un café lillois, rue de Gand, pour découvrir les résultats électoraux des européennes. On a les yeux rivés sur la télé et les scores tombent. Nous ne sommes pas très surpris des mauvais chiffres. Avec Mélodie Bernal, ma collaboratrice du groupe Faire Respirer Lille, et mon bras droit dans le Nord pour la responsabilité de secrétaire générale de Renaissance que je porte, nous écoutons l’allocution d’Emmanuel Macron.

La dissolution est prononcée. Choc et sidération. Personne ne comprend ce qui arrive. Je me rends compte que, le soir même, nous ne sommes plus députés et que nous devons licencier toutes nos équipes. La procédure de fin de mandat se met en route malgré nous. Cela signifie qu’une nouvelle campagne législative doit être lancée, dans une incompréhension et une impréparation totales. Dès le lendemain matin, nous sommes en réunion de crise pour poser les différents sujets. Nous avons vingt et une campagnes à organiser avec Mélodie pour les vingt et une circonscriptions du Nord, et même si nous ne sommes absolument pas prêts, nous sommes bel et bien conscients du risque de raz-de-marée du Rassemblement national.


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24 février 2026