Le protoxyde d’azote et le mépris municipal

Vendredi 12 décembre. Nous voilà arrivés au dernier conseil municipal de Lille de l’année 2025. Nous préparons toujours avec beaucoup d’anticipation nos interventions. Nous nous préparons aussi à prendre des coups. Car pas un conseil municipal ne se passe sans qu’Arnaud Deslandes ou les écologistes ne nous insultent. Si cela au moins était argumenté… Mais il s’agit toujours d’attaques mal placées, injustifiées ou simplement gratuites et provocatrices. Nous n’obtenons jamais de réponses ni de contre-arguments à nos propositions. Preuve, s’il en fallait, de la vacuité de la politique systématique du « contre », menée à Lille. Pourquoi je vous raconte trois épisodes du dernier conseil municipal ? Parce qu’ils résument à eux seuls ce vide, cette grossièreté assumée et ce manque de sérieux que je veux faire cesser par la voie démocratique.

Dès le 21 novembre, j’alerte officiellement le maire en exercice sur des irrégularités majeures dans le processus budgétaire et identifiées par mes équipes. Ces alertes ont été formulées à deux reprises par écrit. Elles ont finalement conduit à un report du vote du budget municipal. Cela fait deux ans que je me prépare à devenir la maire de Lille, et je sais m’entourer de professionnels et d’experts sérieux, qui ont analysé les textes budgétaires. Ma démarche n’avait qu’un objectif : protéger notre ville, ses institutions, ses finances et les acteurs qui dépendent du budget municipal. Nous avons agi pour éviter un recours qui aurait paralysé Lille. Nous avons empêché que Lille se retrouve dans la situation de Marseille ou Montreuil, récemment sanctionnées pour les mêmes irrégularités. Ce report n’est pas une manœuvre politique, il est une nécessité absolue dans l’intérêt des Lillois.

Cette constatation fait suite à la présentation par le maire du rapport d’orientation budgétaire pour l’année 2026 et à la prise d’acte par notre conseil de la tenue du débat qui lui est associé. Déjà, lors de la préparation de la séance du 21 novembre, le caractère trop limité du contenu du rapport soumis aux élus m’avait interpellée. Je m’étais permis d’ailleurs de solliciter des informations et des pièces complémentaires auprès du cabinet du maire le matin même. Sans réponse, c’est toutefois sur cette base que nous avons évoqué en séance les perspectives financières pluriannuelles de notre collectivité. Depuis lors, j’interroge plus précisément son contenu, avec l’aide de mon équipe d’experts, citoyens engagés à mes côtés, sur les sujets juridiques et financiers. Au regard de plusieurs découvertes juridiques sur ce sujet, j’attire l’attention du maire concernant un risque possible de non-conformité légale du débat d’orientation budgétaire.

Tout contribuable de la commune jugeant insatisfaisant le budget primitif pour quelque motif que ce soit serait susceptible de saisir le préfet ou le tribunal administratif et de questionner la légalité de nos délibérations sur cette base. Le préfet lui-même, au titre de son contrôle de légalité, pourrait également se saisir de cette question. Je ne souhaite évidemment pas que cette situation arrive, car elle occasionnerait de possibles difficultés tant pour les projets municipaux que pour les acteurs de la commune en attente de fonds municipaux pour mener leurs actions. Je lui demande soit de rassurer pleinement le conseil municipal concernant la conformité légale des premières étapes de notre cycle budgétaire, soit d’apporter les mesures correctives indispensables avant la fin de l’exercice 2025.

Le jour même du conseil municipal, une heure avant la séance, Arnaud Deslandes décide du retrait du vote du budget 2026 de l’ordre du jour. Il fait amende honorable en décalant le vote au jeudi 18 décembre pour respecter les délais réglementaires. Ce retrait de dernière minute est la preuve que notre alerte était fondée, utile et nécessaire. Protéger la ville de Lille contre tout risque juridique lié à la sincérité de son budget est une obligation. Un maire se doit de présenter un budget sérieux, solide et juridiquement irréprochable. C’est vrai, comme l’a titré le lendemain La Voix du Nord, que « ça fait tache » pour le premier budget de Deslandes en tant que maire. Protéger la ville et garantir un budget juridiquement irréprochable est une responsabilité, pas une option. On ne peut pas traiter de cela en amateur.

Avouons-le, ce conseil a mal commencé. Après les questions budgétaires, j’interviens sur le plan lillois pour le numérique responsable, une sorte de plan d’action pluriannuel devenu obligatoire pour les communes. Sauf que Lille le présente en retard, un an après le délai légal de vote. Je critique le manque de professionnalisme de l’équipe en place. J’enchaîne sur les moyens dédiés aux centres sociaux pour lutter contre la fracture numérique en faisant, comme toujours, de vraies propositions, notamment sur l’urgence de protéger nos jeunes des dangers des réseaux sociaux. Je sens que ça commence à s’agacer et à s’agiter sur les bancs de la majorité, qui répond à chaque fois la même chose : « Vous ne travaillez pas vos dossiers, on le fait déjà, vous n’aimez pas Lille, vous êtes à côté de la plaque, c’est la faute de votre gouvernement, vous êtes ridicule… » Je suis habituée mais c’est lassant et dégradant pour la fonction d’élu. Et ce n’est pas fini, on arrive au sujet crucial pour Lille : la sécurité.

Je pose le très grave sujet du protoxyde d’azote. Ce produit est devenu à Lille, comme partout en France, un enjeu majeur de santé publique et de sécurité. Malgré les interdictions, les bonbonnes circulent encore, les accidents graves se répètent et les dangers restent mal connus. On les retrouve dans la rue et ailleurs, dans les poubelles des particuliers, et elles font exploser les incinérateurs partout en France, comme à Halluin de nombreuses fois ces dernières années. C’est d’ailleurs un sujet que j’ai travaillé à l’Assemblée nationale en 2025 avec des sénateurs pour faciliter le classement en déchets dangereux et financer la filière de recyclage. Alors que d’autres villes ont déjà agi, Lille doit se mobiliser sans délai, informer, prévenir et protéger, en lien avec les associations, les établissements scolaires et les parents, qui méconnaissent les risques. Le protoxyde d’azote est une urgence sanitaire, éducative et sécuritaire. Sa consommation explose chez les plus jeunes, les plus précaires, et même dans les réseaux de prostitution, parce qu’il permet de tout oublier… Le gouvernement doit engager une action complète de prévention et faire évoluer la loi. Mais cela n’est pas suffisant. Je ne peux pas ne pas rendre un hommage à Mathis, tué début novembre, boulevard de la Liberté, par un chauffard sous protoxyde d’azote. Je pense aussi à Bérengère, fauchée rue Gambetta. Le protoxyde d’azote tue, détruit et laisse des séquelles irréversibles.

Un véritable poison silencieux. Le protoxyde d’azote, c’est devenu la drogue facile et invisible des rues, des voitures, des soirées. Bon marché, inodore, presque indécelable même si la recherche progresse, il provoque aussi bien l’euphorie que des lésions et que ces accidents mortels qui arrivent à nos oreilles aux informations. J’explique en conseil municipal que j’ai fait le tour de l’action parlementaire avec plusieurs propositions de loi en cours, que j’ai écouté les associations spécialisées et que j’ai également pris connaissance des constats des médecins. Sur le plan national, depuis 2021, la vente aux mineurs est interdite, et depuis juillet 2023, les bonbonnes sont interdites à la vente aux particuliers mineurs comme aux adultes. Ces bonbonnes, ces « tanks » géants qu’on retrouve sur nos trottoirs et dans les voitures, sont interdites. Pourtant, on en voit partout, commandées en ligne, livrées en un clic à domicile. Le marché mafieux est en pleine explosion.

À Lille, quatrième métropole de France, on ne peut plus se contenter de ces postures d’attente vis-à-vis de l’État. Certes, l’État doit prendre ses responsabilités mais la ville aussi doit bouger. Il est ahurissant de prétendre qu’on attend un plan national pour agir en local, alors même que des villes comme Roubaix, Nantes ou Strasbourg ont déjà mis en place des campagnes de prévention et que des associations n’attendent que notre feu vert pour intervenir ici et maintenant. Ce silence lillois sur la prévention est un non-sens. Une ville comme la nôtre est tout à fait en mesure de se coordonner avec la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) et l’ARS (Agence régionale de santé), et de lancer un état des lieux local des usages. Car nous le savons, même interdits, les produits circulent. Le cannabis est interdit, mais toujours consommé massivement. Idem pour la cocaïne et le crack, l’alcool et les cigarettes.

Lorsque je termine mon intervention, l’écologiste Stéphane Baly attaque dur. Car j’ai apporté une bonbonne de protoxyde que j’ai posée à côté de moi, bien visible. Il ironise : « Désolé, je ne suis pas allé faire les poubelles de Lille pour ramener des bonbonnes de protoxyde, mais je pense que la mort du jeune Mathis devrait nous amener à un peu plus de décence… » Je l’ai apportée pour montrer au public un « tank » de protoxyde d’azote. Cette bonbonne m’a été confiée par une association lilloise engagée dans la lutte contre les ravages du protoxyde d’azote. Une association locale, sérieuse, mobilisée sur le terrain. Une association qui organise un grand colloque national à Lille sur la lutte contre le protoxyde en mars prochain et qui considère ce nouveau danger à la hauteur du risque qu’il représente pour nos concitoyens.

L’attitude de M. Baly n’est ni nouvelle ni surprenante. Elle est symptomatique d’un élu biberonné depuis vingt-cinq ans à la méthode Aubry. Pour exister politiquement, il faut attaquer, caricaturer, dénigrer ses adversaires. Une méthode commode qui permet de masquer l’absence de propositions. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Confortablement installé sur son siège de conseiller municipal depuis tant d’années, M. Baly multiplie les postures et les grandes déclarations. Mais que fait-il concrètement pour lutter contre le fléau du protoxyde d’azote et contre les violences routières ? Rien. Quand on veut réellement changer les choses, quand on veut sérieusement combattre les violences routières et les ravages du protoxyde d’azote, on travaille. On s’investit. On a le courage de se présenter à des élections nationales, législatives, par exemple, pour faire évoluer la loi.

Et si ce courage manque, il existe une autre voie : aller rencontrer les députés de son territoire. Ils sont cinq à Lille. Aller leur présenter un travail, des propositions, des pistes législatives. Construire. Agir. Qu’a fait M. Baly depuis six ans ? Je ne l’ai jamais vu solliciter le moindre rendez-vous pour travailler à des solutions concrètes pour nos concitoyens. L’a-t-il fait avec M. Vicot ? Avec M. Le Coq ? Avec Mme Liso ? Avec M. Bernalicis ? Je ne le crois pas. Son action se résume à des attaques personnelles et à des déclarations creuses en conseil municipal. Des petites phrases qui ne font que dégoûter les Lillois qui regardent les débats de notre assemblée locale et qui se disent que la politique est tombée bien bas. Avec une telle attitude, si similaire à celle d’Arnaud Deslandes et de ses adjoints tout au long des derniers conseils, c’est la noblesse de la démocratie locale qui en prend un sacré coup.

Concernant cette fameuse bonbonne de protoxyde, que dirait donc Stéphane Baly si je l’informais qu’elle m’a été prêtée par l’association Protoside, présidée par le Dr Guillaume Grzych, biologiste médical spécialisé en biochimie et enseignant à la faculté de pharmacie de Lille ? Le protoxyde d’azote, aussi appelé gaz hilarant, est un gaz incolore à la fois utilisé pour ses applications médicales et industrielles, et sujet à un usage détourné. Depuis quelques années, le protoxyde d’azote a été détourné pour son effet euphorisant lorsqu’il est inhalé. Cet usage récréatif peut induire des rires incontrôlables, d’où son surnom de « gaz hilarant ». Les contenants à usage récréatif du protoxyde d’azote ont été ensuite de plus en plus volumineux avec l’utilisation de bonbonnes qui contiennent environ 80 à 100 capsules de protoxyde d’azote. On trouve également des contenants variés de protoxyde d’azote aromatisés afin d’inciter à la consommation.

La mission de Protoside est de développer un réseau national de professionnels de santé, de scientifiques et de toute personne impliquée dans la prévention et la prise en charge médicale des patients avec conséquences liées à l’usage du protoxyde d’azote. Que pense donc Stéphane Baly de cet engagement essentiel ? Accuserait-il l’association de fouiller les poubelles ? Car parmi les préconisations de Protoside, il y a celle de montrer au grand public ce qu’est un tank et de provoquer un choc de réalité.

Je fais partie des députés qui font volontiers alliance avec la société civile lorsque cela s’avère nécessaire, utile et efficace. En lien avec l’avocat lillois Me Antoine Régley, spécialisé et engagé sur les homicides routiers, je m’efforce de peser sur le volet politique. Il est l’avocat de parents de Mathis, ce jeune Lillois de dix-neuf ans qui a été renversé par un chauffard sous protoxyde d’azote, en délit de fuite. Depuis ce drame, je plaide pour qu’ils puissent être reçus par le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Justice. La mère de Mathis a enfin pu être reçue le 11 décembre 2025. L’avocat s’en est réjoui comme d’une avancée dans la prise en compte de la gravité du sujet. « Aujourd’hui, la République a montré son soutien à la famille de Mathis, qui lui dit sa profonde gratitude. Cette réception, par les plus hautes personnalités du pays, est une promesse qui ne peut pas être trahie », a-t-il écrit dans un communiqué de presse. Plus concrètement, l’avocat a plaidé pour la mise en place de sanctions sévères pour la détention non autorisée de protoxyde d’azote, avec des peines relatives au permis de conduire comme la suspension, la perte de points, l’annulation et la confiscation immédiate et définitive du véhicule dans lequel seraient retrouvés ces produits.

Moi, maire de Lille, je ne resterai pas les bras ballants en attendant que le gouvernement décide. Nous avons la chance d’avoir une association à la pointe de ce sujet. Il faut mener une campagne de sensibilisation large partout où des jeunes se trouvent. Sensibiliser aux conséquences parfois irréversibles de cette consommation. Au-delà, le protoxyde d’azote est aussi un problème d’environnement, avec des rues jonchées de tanks vides. Des poubelles remplies de ces déchets constituent un danger pour ceux qui les ramassent et pour les incinérateurs en bout de chaîne. Arnaud Deslandes passe son temps à renvoyer les problèmes au préfet et au gouvernement. À force d’être dans la complainte, personne ne voudra aider la mairie de Lille, toujours en position d’attaque, jamais force de proposition. Pour attirer l’attention des pouvoirs de l’État, il faut prendre le train, se rendre dans les ministères, susciter l’intérêt, argumenter et convaincre. Pendant que l’actuel maire de Lille rejette toutes nos propositions, les consommateurs continueront de consommer et d’autres accidents se produiront. C’est irresponsable. À la tête de la mairie, je ferai de Lille une ville laboratoire et pionnière de la lutte contre ce fléau.

Le conseil municipal se termine par un autre moment bien triste pour les Lillois, toujours sur le sujet de la sécurité. Comme depuis plusieurs années, je présente une motion pour décider de l’armement de notre police municipale. Dans plusieurs secteurs de Lille (porte de Gand, Bois-Blancs, Faubourg-de-Béthune, Fives), le quotidien est marqué par les cambriolages, les intrusions, les trafics et une dégradation générale de l’environnement. Les habitants n’en peuvent plus de vivre dans l’insécurité et l’abandon. La ville doit réagir sans délai avec une action coordonnée, celle de sécuriser les immeubles et les parkings, renforcer l’entretien des espaces publics et assurer une présence policière visible, jour après jour. Les habitants attendent que leur cadre de vie soit réellement protégé et que leur sécurité devienne une priorité concrète.

Pour la septième fois en cinq ans, la majorité en place a voté contre ma motion. Je pose une question très claire à Arnaud Deslandes : compte-t-il intégrer l’armement de la police municipale dans son programme pour 2026 ? Il refuse d’y répondre et balaye le sujet d’un revers de main, expliquant en deux phrases que l’armement n’est pas utile. Cette réponse méprise le travail de nos policiers municipaux, nie les risques de leur métier et ne fait aucun cas de ce que font la majorité des maires en France face aux violences quotidiennes. Les Lillois ont besoin de sécurité, ils le demandent dans tous les quartiers. Encore faudrait-il que M. Deslandes descende de son bureau, qu’il aille à la rencontre des habitants et qu’il daigne les écouter ; bref, qu’il se préoccupe de la réalité d’un terrain en souffrance face aux incivilités, au trafic de drogue, aux bagarres de rues, au risque terroriste.


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24 février 2026