S’inspirer du meilleur. S’inspirer de ce que d’autres villes que la mienne ont réussi de mieux. Tel est le credo que nous appliquons avec mon équipe de campagne Faire Respirer Lille depuis quelques années. Une sorte de formation accélérée auprès de ceux qui ont expérimenté, impulsé du changement et obtenu des résultats probants. À Tallinn, par exemple, j’ai pu travailler sur l’éducation et la digitalisation des services publics. L’Estonie, par sa taille et son histoire récente, a l’agilité d’une start-up pour créer, innover, performer. Je m’inspire des rencontres avec l’équipe municipale pour projeter la façon dont je veux faire entrer la mairie de Lille et ses agents dans la modernité. Le service public municipal doit entrer pleinement dans le xxie siècle, non pour se déshumaniser, mais au contraire pour redonner du temps, du sens et de l’efficacité à l’action des agents.
Je prévois une modernisation profonde de l’administration municipale de Lille par l’intégration maîtrisée du numérique et de l’intelligence artificielle dans l’ensemble des services. Cela passe par la formation systématique des agents aux outils numériques et à l’intelligence artificielle générative, afin d’automatiser les tâches répétitives, de réduire les délais d’instruction, de sécuriser les données sensibles et d’améliorer la qualité du service rendu aux habitants. Les agents municipaux pourront ainsi se recentrer sur leur cœur de mission, celui de l’accueil, de l’accompagnement et de la présence humaine au contact des Lillois. Cette transformation s’accompagnera d’une politique ambitieuse de cybersécurité, fondée sur la prévention, la formation continue et la responsabilisation de tous les agents face aux risques numériques. La cyberattaque non anticipée des systèmes informatiques a causé de grandes difficultés de gestion à la mairie pendant les trois dernières années. En faisant de la mairie une administration « augmentée », plus réactive et mieux protégée, Lille peut devenir une référence nationale d’un service public moderne, efficace, respectueux des agents et attentif à chaque usager, tout en maîtrisant durablement les dépenses publiques.
Après Tallinn, je veux poursuivre ce travail d’ouverture intellectuelle pour nourrir mes convictions. Édouard Philippe fait partie de mon paysage politique. Premier ministre entre 2017 et 2020, il décide de créer son parti Horizons en 2021, soit l’aile droite de la majorité présidentielle. Un des élus de mon équipe Faire Respirer Lille, au départ sans étiquette, Ali Douffi, a décidé d’y adhérer en cours de mandat municipal. C’est le cas de plusieurs autres membres de mon collectif. Une composante politique avec laquelle je travaille donc au quotidien. Édouard Philippe est très respecté pour ses prises de position. Quand je me présente aux municipales en 2020, je lui demande son soutien et il accepte volontiers.
À la recherche de beaux exemples de villes ouvertes et dynamiques où les politiques publiques ont permis d’insuffler des projets et une vision pour la transformation de leur ville, Le Havre s’est imposée comme une évidence. Là-bas, personne ne peut contester qu’Édouard Philippe y soit parvenu. En toute humilité, je prends contact avec lui pour faire une visite accompagnée par plusieurs élus locaux lillois. Je suis heureuse d’y retourner car j’ai connu cette ville enfant, lorsque je rendais visite à mes grands-parents qui y vivaient. Le Havre est devenue une ville attractive, touristique et labellisée patrimoine mondial de l’Unesco grâce à son architecture Perret. C’est ce sujet du classement au patrimoine mondial de l’Unesco qui m’intéresse particulièrement.
Car, il faut bien l’avouer, à Lille j’assiste un peu impuissante à la déliquescence des ambitions patrimoniales. Depuis que j’ai quitté la direction de cabinet de Martine Aubry en 2013, rien n’a réellement changé. Les acteurs de la mairie, toujours les mêmes, sont figés dans leurs méthodes. Toujours le même magazine municipal, la même organisation des services, les mêmes agents qui ont peu bougé de postes, les mêmes fonctionnements claniques autour du maire. Le manque d’ambition, de respiration, de renouvellement, se sent partout. Sur le développement culturel et patrimonial de Lille, nous sommes plus qu’à l’arrêt. C’est un recul assumé que Martine Aubry déclenche en décidant sans aucune concertation, brutalement, unilatéralement, de renoncer à la procédure de classement au patrimoine mondial de l’Unesco de notre citadelle Vauban. Aujourd’hui, c’est une des rares villes de cette envergure qui ne possède aucun classement.
Je vous explique : le classement Unesco est en discussion depuis 2017, puis le dossier de candidature se constitue pendant près de trois ans, jusqu’à ce que Martine Aubry prenne cette décision hallucinante mi-novembre 2020. Or cette candidature n’est pas uniquement celle de Lille mais celle d’une dizaine de villes partenaires du Nord et du Pas-de-Calais, qui elles aussi sont marquées par les constructions visionnaires de Vauban. La citadelle Vauban est le poumon de notre cité lilloise. Les gens s’y promènent le dimanche, y font du sport ou emmènent leurs enfants au zoo. Martine Aubry argue de la difficulté de faire passer son futur tram sur une zone classée, ce qui est complètement faux. Elle avance également de sombres raisons budgétaires. Nous sommes tous abasourdis par cette décision soudaine et incompréhensible. Une partie des Lillois ont été déçus. Des années de travail gâchées. Et l’abandon du symbole d’un tourisme culturel qui aurait pu être décuplé.
Chose rare, même le président de la métropole lilloise a pris position contre ce choix de Martine Aubry, décidé sans le consulter ni se soucier de l’impact négatif sur l’attractivité touristique de la métropole lilloise. Pire, un tel couperet nous renseigne sur le triple mépris de ceux qui conduisent la ville : mépris de l’avis des citoyens, mépris des élus de l’opposition lilloise et mépris des maires qui entourent Lille. Je souhaite en 2026, lorsque je deviendrai maire, reprendre cette candidature qui me paraît vitale pour notre ville. Je pense à la nécessité de mener une participation citoyenne, un grand forum pour échanger avec la population sur le projet de classement. Impliquer ceux qui vivront cela aux premières loges et dissiper les doutes, s’il en existe. Je crois, sur ce dossier, comme sur beaucoup d’autres, à la vertu du dialogue et de la démocratie directe.
Car la citadelle, ce monument historique surnommé « reine des citadelles », labellisé Art et Histoire, joyau architectural construit par le marquis de Vauban sous Louis XIV, est un ouvrage remarquable par ses dimensions et son état de conservation. Les fortifications et le parcours qui part de la porte Royale jusqu’à la porte de Dunkerque est ce lieu de balade unique et apprécié de tous. Un élément de fierté et de rayonnement duquel il est impensable de se priver. Voilà longtemps que je réitère la nécessité d’en faire un projet phare et urgent. On ne construit pas une vision à long terme en quelques mois si on n’en maîtrise pas ses enjeux.
Dans cette perspective, nous rencontrons les services de la ville du Havre qui ont monté un dossier et obtenu le classement Unesco. Il s’est avéré un apport inestimable au plan touristique et économique. Bref, une petite révolution culturelle. Je me rends au Havre le 10 mai 2024 avec deux de mes collègues de la liste Faire Respirer Lille, Vanessa Duhamel et Ali Douffi, et Étienne Poncelet, ancien architecte en chef des Monuments historiques, que j’ai sollicité en tant qu’expert de l’aménagement du territoire. Par ailleurs, je suis accompagnée de bénévoles historiquement engagés à mes côtés sur la culture, dont Sylvie et Philippe Merviel. Une pensée pour Philippe, engagé pour la culture, membre du CESER (Conseil économique, social et environnemental), qui nous a quittés depuis, emporté brutalement par un arrêt cardiaque. Son épouse a repris le flambeau en animant mon groupe de travail sur la culture pour le projet 2026. Cette campagne lilloise, c’est avant tout une histoire de fidélité, d’amitié, de travail sur le long terme avec des Lillois bénévoles et engagés.
Au Havre, du haut du belvédère de la mairie, avec Édouard Philippe, on voit une ville posée sur la mer, une œuvre près du port qui insuffle cet esprit bâtisseur : « Catène de containers », une œuvre monumentale de Vincent Ganivet, arche spectaculaire composée de conteneurs empilés en équilibre qui est devenue un repère visuel emblématique de la ville portuaire. Elle symbolise à la fois la puissance industrielle du port, la circulation mondiale des marchandises et la capacité de l’art contemporain à transformer un paysage logistique en geste artistique. Le port du Havre est devenu une marque de fabrique évidente, intégrée à la ville. Les communistes ont été aux commandes au Havre pendant des décennies. Lorsque Antoine Rufenacht leur a ravi la ville, puis quand Édouard Philippe a pris la suite, il ne s’est jamais opposé frontalement, à tout critiquer à tort et à travers. Il a simplement proposé une alternance douce en conservant une forme de continuité au début et en amorçant une nouvelle direction progressivement, le tout en y associant les habitants.
À Lille, même lorsqu’il existe des projets culturels avec des œuvres contemporaines posées sur des places, elles laissent le Lillois indifférent. Sans aucune médiation culturelle, la magie ne risque pas d’opérer. Les œuvres d’art installées depuis des années dans l’espace public lillois sont malheureusement très mal connues des habitants des quartiers où elles ont été implantées : je pense au centre-ville à « Le Peuple René débarque » de Hervé Di Rosa et à « Romy » de Xavier Veilhan, à Fives à « La Demoiselle de Fives » de Kenny Hunter ou encore aux interventions de JonOne, Erwin Wurm ou Jef Aérosol disséminées à Wazemmes ou à Moulins, sans que personne ne le sache véritablement. Notre rôle dans l’opposition n’est pas aisé. Nous savons ce que nous devons à une personnalité comme Pierre Mauroy, visionnaire pour Lille. Trouver un équilibre entre ce qui a forgé l’identité de notre ville et cette marge de manœuvre pour l’embellir et l’ouvrir. J’ai quitté Le Havre en étant fermement convaincue que le classement de l’Unesco est une façon incontournable de reconnecter notre ville à son histoire. Après Le Havre, nous allons à Strasbourg sur le thème des circulations douces. Dans cette ville patrimoniale, le tram n’est pas incompatible avec les classements. Tout est donc bien possible à Lille aussi !
Le voyage le plus récent à Nice sur le thème de la sécurité a été extrêmement instructif, très enthousiasmant pour notre équipe. J’étais intervenue une fois sur CNews pour parler des violences faites aux élus. Je réagissais à l’agression de l’adjoint au maire de Nice délégué à la sécurité : il s’était fait agresser parce qu’il faisait fermer un magasin qui faisait du commerce illicite. Je le soutenais. Quelques semaines plus tard, cet adjoint me contacte pour me remercier et m’invite à connaître le fonctionnement de sa police municipale. Le 17 septembre 2025, nous nous sommes rendus en délégation, avec Vanessa Duhamel, Ingrid Brulant et Romain Duriez, un nouvel arrivé dans l’équipe, dans cette belle ville du sud de la France, qui est également confrontée à de graves problèmes d’insécurité auxquels elle a répondu avec panache et pertinence. Nice est dotée d’un service public augmenté en la matière, avec un centre de recherche sur la sécurité, l’usage de l’intelligence artificielle et de la vidéoprotection.
Grâce à cette visite, nous avons pu comparer et mesurer le chemin qu’il nous reste à parcourir à Lille. Notre ville ne possède que 170 caméras contre 5 000 à Nice ! Lorsque les émeutes ont éclaté en juin 2023 dans ma ville, je suis allée saluer les forces de l’ordre en tant que députée du Nord et j’ai souhaité entrer dans le centre de supervision urbain proche de l’Hôtel de Ville pour remercier les agents de police municipale. J’en ai été empêchée par la directrice générale de la sécurité publique, qui nous a rejoints juste après notre arrivée, prétextant la confidentialité des images. Ubuesque quand on voit qu’à l’inverse, à Nice, les citoyens peuvent visiter le centre de vidéosurveillance chaque semaine et y rencontrer les agents de police qui leur en expliquent le fonctionnement. Inimaginable à Lille… Nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec les six policiers municipaux cavaliers de la brigade équestre qui rassurent et tranquillisent les citoyens. C’est tout ce que demandent les habitants : la tranquillité.
Le constat à Lille est affligeant. En 2024, il a été procédé à une suspension totale des installations de vidéoprotection. Un choix incompréhensible alors que les besoins sont immenses. Un choix qui affaiblit la confiance des Lillois, brouille la stratégie municipale et fait perdre encore du temps à notre ville. Aujourd’hui, Lille, Lomme et Hellemmes comptent donc 170 caméras, là où le besoin réel est évalué à bien plus de 2 000. Le retard est immense. Retard immense en nombre d’équipement et en périmètre couvert. Retard immense en matière de technologie : là où les villes innovent, avec des caméras pilotables à 360 degrés, des équipements à réalité augmentée, là où elles peuvent prévoir les flux et mouvements de foule grâce à la géolocalisation et à l’intervention en direct… Lille recule !
Les technologies de vidéoprotection ont considérablement évolué. La majorité des grandes villes utilisent ces caméras dites « augmentées », capables de détecter automatiquement des comportements inhabituels, des attroupements, des chutes ou des objets abandonnés. La lecture automatique des plaques d’immatriculation permet d’agir contre les vols, de gérer le stationnement ou de contrôler l’accès à certaines zones. L’analyse algorithmique aide à repérer les infractions routières, les dépôts sauvages ou les dégradations de l’espace public. Le traitement en temps réel, désormais possible grâce à l’intelligence artificielle et au « edge computing », permet des interventions plus rapides et mieux coordonnées entre police municipale, police nationale et services de secours. Ces innovations montrent qu’une vidéoprotection moderne peut être à la fois efficace, éthique et au service de la tranquillité publique.
Et attention ! Je tiens à réaffirmer que la vidéoprotection n’est pas un « monstre de surveillance généralisée ». Il suffit de respecter un cadre légal. Oui, c’est un outil d’aide à la décision, à la preuve et à la sécurité. Un levier puissant contre les délits routiers, pour la gestion des grands événements, et même pour les secours et les douanes. Et parce qu’elle sert à tout cela, l’État et l’Europe la financent ensemble généreusement – des subventions que la ville de Lille, à ce jour, ne demande pas. Beaucoup d’habitants et de commerçants, découragés, ne déposent même plus plainte, voyant se multiplier les classements sans suite et la relaxe des agresseurs faute de preuves.
Partout à Lille, je suis sollicitée par ceux qui n’en peuvent plus. Il faut d’urgence déployer la vidéoprotection à Lille, Hellemmes et Lomme. Les caméras sont devenues indispensables pour soutenir les équipes sur le terrain et accélérer les enquêtes judiciaires. La sécurité du quotidien, ce n’est pas à Paris que cela se décide mais dans le bureau du maire. C’est lui qui dispose du pouvoir de police. C’est lui qui fixe les missions de la police municipale. C’est lui qui choisit son niveau d’effectifs et d’armement. Les Lillois attendent aujourd’hui de leur maire qu’il assume cette responsabilité et qu’il déploie enfin une véritable stratégie municipale de sécurité, coordonnée chaque jour avec la police nationale et la justice.
Des exemples précis, je peux malheureusement en citer beaucoup. En centre-ville, place Richebé, aux abords des petits supermarchés de quartier, sur la Grand-Place même, en terrasse, ce sont les squatteurs et la mendicité agressive qui nous sont de plus en plus souvent signalés. Moins de tranquillité et moins d’attractivité de notre cœur de ville. Un réel épuisement de nos concitoyens face à cette insécurité permanente. Dans le Vieux-Lille, près de la porte de Gand, où une pétition a été lancée par une habitante récemment victime d’agression et de cambriolage qui alerte sur la dégradation rapide de la situation, où riverains et commerçants dénoncent une présence constante de prostitution, de trafics et de consommation de drogue, des cambriolages répétés, des agressions sur les terrasses des restaurants de la rue de Gand, ainsi que des dépôts de déchets et résidus dangereux. À Saint-Maurice-Pellevoisin, j’ai rencontré les habitants qui dénoncent depuis plusieurs mois une insécurité persistante au square de l’Ermitage : vols, cambriolages, incendies de véhicules, nuisances nocturnes. À Fives ou à Moulins, ce sont des mères de famille, des jeunes étudiantes qui nous demandent d’agir pour faire en sorte de ne plus avoir peur le soir de se rendre jusqu’à la station de métro ou de rentrer chez elles. Tragiquement, dans la nuit du 29 au 30 septembre 2025, un employé de supérette du quartier Lille-Sud a été abattu d’une balle alors qu’il se trouvait derrière son comptoir, rue du Faubourg-des-Postes. Un règlement de comptes lié au trafic de drogue terriblement installé dans cette partie de la ville. Tout ceci n’est pas supportable.
C’est pourquoi la sécurité est une des grandes priorités de mon programme pour 2026. Parce que vivre en sécurité, c’est une question de liberté – pour soi, pour sa famille, ses enfants. C’est une question de dignité du cadre de vie. Pour retrouver la paix à Lille, mon plan d’action est très musclé.
D’abord, j’ai travaillé un projet « totem » qui a beaucoup de sens à l’heure des risques multiples que gère un maire : sécuritaire, environnemental, sanitaire, social. Je créerai l’Hôtel France, centre de sécurité urbaine qui sera installé dans l’ancienne cité administrative de Lille réhabilitée et qui incarnera une nouvelle génération de service public : visible, protecteur et pleinement coordonné. Ce centre de commandement unifié regroupera la police municipale et la police nationale, la gestion des crises sanitaires, en lien avec le Samu et les professionnels de santé, les premiers secours et les pompiers, les acteurs de l’environnement, ainsi que la supervision urbaine de la métropole et de la ville, en lien étroit avec Ilévia (société de transport en commun lilloise) et la SNCF. Il mettra fin à la dispersion des centres de décision et permettra une réactivité immédiate face aux urgences. Pensé comme un outil à la fois opérationnel et humain, il intégrera des espaces d’accueil du public, de formation, d’entraînement, mais aussi des logements de fonction pour les agents d’astreinte. Le bâtiment devient ainsi un lieu de travail continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sa réhabilitation bas carbone redonnera sens et dignité à un patrimoine administratif vieillissant. Par son architecture affirmée et sa signalétique républicaine, l’Hôtel France rendra visible l’action de l’État, des institutions partenaires et de la ville. Il symbolise une promesse simple : protéger mieux, décider plus vite et servir les Lillois avec exigence et clarté.
Je propose également de doubler le nombre de policiers municipaux pour arriver à une équipe de près de 300 agents, de les armer et d’installer des caméras de vidéoprotection. Armer dans le seul but de défendre et protéger. Nos policiers municipaux contribuent à la réussite de la majeure partie des événements festifs de Lille et répondent présents sur les enjeux de sécurité : fête de la musique, en particulier sur le secteur Masséna-Solférino, braderie de Lille pour les grands rassemblements, ou encore sécurisation du marché de Wazemmes trois fois par semaine, foires aux manèges, marché de Noël et manifestations sportives comme l’Urban Trail.
Nos policiers municipaux viennent en renfort de la préfecture sur des sujets de sécurité publique. Ils ont été en première ligne lors des émeutes pour protéger les bâtiments de la ville. Rappelons-nous que ce sont des policiers municipaux qui ont éteint l’incendie qui se propageait à l’espace des Acacias, à Hellemmes. C’est une équipe de la police municipale qui a mis fin aux exactions d’une équipe de jeunes mineurs, armés de couteaux et d’armes factices, qui harcelaient les élèves de l’école Arthur-Cornette à Fives.
Nos policiers municipaux sont parfois atteints dans leur chair. Je pense à ces trois îlotiers de la police municipale qui rappelaient à l’ordre un commerçant de la place des Reignaux qui avait déposé des palettes sur le trottoir et qui ont été victimes de ses coups. L’auteur avait été fort heureusement interpellé et placé en garde à vue, mais ces policiers municipaux blessés en service se sont vu prescrire des arrêts de travail. À Lille, l’insécurité n’est pas moins importante que sur l’ensemble du territoire national. Il faut par ailleurs penser à la menace terroriste qui ne nous épargne pas non plus.
Le gang de Roubaix est né dans la métropole lilloise. Un attentat visant le marché de Wazemmes a été déjoué par le passé. Mehdi Nemmouche (attentat du Musée juif de Bruxelles) est originaire de la métropole, comme d’autres soutiens aux frères Kouachi et Coulibaly (attentat de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris). Le risque d’attaques antisémites et de transposition du conflit en cours au Proche-Orient est permanent. Un appel sur les réseaux sociaux datant d’avril 2023 du groupuscule d’extrême droite FR DETER (Français déterminés) menaçait de s’en prendre aux musulmans du quartier de Wazemmes à la fin du ramadan pour la rupture du jeûne. Les affrontements entre bandes rivales sur fond de trafics de stupéfiants sont récurrents. Les quartiers de Wazemmes, Moulins, Lille-Sud, Faubourg-de-Béthune sont gangrenés par les trafics de stupéfiants et font l’objet de guerres de territoires. Lille n’est pas à l’abri de situations comme à Marseille ou à Nîmes. Enfin, la fusillade à la kalachnikov du Theatro, rue du Faisan, en 2016, doit nous rappeler le comportement dangereux de certains individus.
Voilà selon moi les dangers qui pèsent au quotidien sur notre ville et qui mériteraient que l’on dote notre police municipale d’une capacité de réponse plus adaptée. Les polices municipales de Lyon, Nice ou, plus proches de nous, Hem, Roubaix, Tourcoing, La Madeleine, Lezennes et Béthune, récemment, sont armées. L’argument selon lequel la police municipale n’a pas à intervenir ou doit se retirer dans un contexte d’attentat ou de crise majeure ne tient plus.
Imaginerait-on que les policiers municipaux confrontés à un périple meurtrier laissent faire faute de moyen pour neutraliser l’auteur ? L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice est un exemple d’action concrète d’une police municipale. Nos policiers municipaux sont toujours en première ligne et au contact de la population tant dans le dialogue que dans l’adversité, malgré les risques inhérents au port de l’uniforme. Ils sont exposés aux mêmes dangers que leurs homologues de la police nationale, sans disposer des mêmes moyens en termes d’armement.
Notre police municipale n’est pas armée : pas de Taser, pas de Flash Ball, pas d’arme létale. Elle ne dispose que du tonfa, bâton de défense télescopique, et de la bombe lacrymogène grand modèle. Il n’est pas étonnant qu’il soit difficile de recruter à Lille. Les candidats ne veulent pas risquer leur vie parce que la mairie ne les protège pas. Les agents veulent bien faire leur travail mais ils sont de plus en plus la cible d’insultes et d’agressions. Ils retournent au travail la peur au ventre. Ce n’est pas tolérable. De la même manière que les enseignants sont confrontés à la virulence des parents sans avoir la possibilité de se défendre ou d’être protégés. Ces sujets me touchent car il y va de la sérénité d’une ville. Si les agents sont eux-mêmes protégés, ils donneront le meilleur pour leurs concitoyens.
Pour s’inscrire dans un cercle vertueux, j’ai par ailleurs mené un travail parlementaire pour permettre de mieux protéger les agents publics lorsqu’ils sont agressés ou en danger dans l’exercice de leur fonction. J’ai déposé une proposition de loi en décembre 2024, avec le soutien de Guillaume Kasbarian, député d’Eure-et-Loir (Renaissance), ancien ministre de la Fonction publique. Son successeur, Laurent Marcangeli, député de Corse (Horizons) et ancien maire, qui partage le même diagnostic que moi, fait le déplacement à Lille pour me soutenir dans cette démarche et je l’invite à rencontrer l’ensemble des agents de la ville. Nous visitons le centre de supervision de la vidéoprotection des transports en commun Ilévia, situé sous la gare Lille-Flandres. Nous rencontrons les agents de police des transports et les médiateurs qui nous expliquent la montagne d’incivilités auxquelles ils doivent faire face. À chaque agression, un arrêt de travail et le traumatisme que cela engendre chez l’agent. Mais il y a aussi les agents d’entretien de la voie publique aux premières loges de violences, ou encore les éboueurs.
Avec Laurent Marcangeli, nous nous rendons dans la nouvelle cité administrative Marianne à la porte d’Arras, qui rassemble l’ensemble des services déconcentrés de l’État. Là, lors d’une table ronde avec les agents, on a pu mesurer leur désarroi et leur sentiment de ne pas se sentir soutenus par leur hiérarchie en cas d’agression. Tous, sans exception, et malgré des divergences politiques, plébiscitent cette loi que nous portons, une loi de solidarité nationale et de cohésion de la nation face à ceux qui ne respectent pas la règle. Quand je dépose ma proposition de loi à l’Assemblée nationale, j’obtiens plus d’une centaine de signatures de tous bords, dans la continuité de la loi sur les violences faites aux élus dont je vous ai expliqué les méandres.
Pour comprendre la nécessité de légiférer sur ce sujet, il faut se souvenir de l’assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020 et de celui de Dominique Bernard le 13 octobre 2023. Ils ont marqué au cœur notre République et nous ont rappelé collectivement l’impérieuse nécessité d’assurer la meilleure protection possible de nos agents publics. Ces drames, d’une gravité exceptionnelle, démontrent que servir l’intérêt général peut exposer à des menaces intolérables. Au-delà de ces tragédies qui ont ému la France entière, nous constatons que les agressions envers les agents publics sont devenues récurrentes. Ces violences constituent une menace quotidienne qui sape la mission même du service public.
Amplifiée par l’usage massif et souvent malveillant des réseaux sociaux, la violence n’épargne aucun secteur de la fonction publique. Qu’il s’agisse des agents de l’État, des personnels hospitaliers ou des agents territoriaux, tous sont exposés à des actes d’intimidation, d’agression, voire de harcèlement. Ces attaques fragilisent non seulement les victimes directes, mais aussi la relation de confiance entre les citoyens et leurs institutions. Sans compter qu’elles contribuent à aggraver les conditions de travail, ce qui peut accentuer l’absentéisme et, par ricochet, perturber le bon fonctionnement des services publics, avec des répercussions directes pour les usagers.
L’idée de ma proposition de loi est d’abord de favoriser l’adoption de mesures attendues à la fois par les employeurs publics et par les agents eux-mêmes. Nous souhaitons que l’administration puisse déposer plainte au nom de l’agent, en lieu et place de l’agent victime. Les agents victimes sont souvent réticents ou dans l’impossibilité de porter plainte directement, en raison de pressions, de traumatismes ou d’un sentiment d’isolement. En second lieu, elle prévoit une extension de la protection fonctionnelle d’un agent public, sans délai et à titre conservatoire, au conjoint, au concubin ou au partenaire lié par un pacte civil de solidarité, à ses enfants et à ses ascendants directs, lorsque la collectivité publique est informée, par quelque moyen que ce soit, de l’existence d’un risque manifeste d’atteinte grave à l’intégrité physique de l’une de ces personnes du fait des fonctions exercées par l’agent public. Cet élargissement permettra de prévenir des drames et de sécuriser l’entourage des agents, souvent exposé aux représailles ou aux pressions. Mon objectif est bien de protéger ceux qui servent la République et de restaurer la dignité et la sécurité inhérentes à leur engagement au service de l’intérêt général.
Cette loi devrait être mise au débat en février 2026 et je devrais en être la rapporteure. Mieux vaut tard que jamais. Mais tout de même, je veux dire que ce que nous vivons actuellement paralyse l’ensemble des avancées. Il nous faut y croire et ne pas perdre patience quand on dépose une proposition de loi en 2024 et qu’elle n’est toujours pas examinée à l’heure où j’écris ces mots. Il y aurait toutes les raisons objectives de décourager les citoyens face aux lenteurs de la justice et des institutions.
À l’Assemblée nationale, au vu du nombre de missions flash, de commissions d’enquête et de propositions de loi, issues pour la plupart du terrain et des citoyens, il faut se forcer à ne pas désespérer d’un système qui tourne en réalité au ralenti, parfois à vide à cause de calculs et autres désaccords politiques en vue des présidentielles de 2027. Et je ne parle même pas de la déperdition d’argent public qui va avec. Même les mesures de bon sens tardent, y compris celles qui emportent l’adhésion d’une majorité transpartisane.
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- Lire la préface de Philippe Amouyel
- Avant-propos
- Les voeux, les endives et la bière
- Le statut de l’élu
- La campagne des européennes et les universités
- L’Unesco et la sécurité
- La piétonnisation, le sport et le port
- L’intégrité et la dignité
- L’aventure du Culturel
- La dissolution et la nomination
- L’éducation et les cantines
- Les discriminations et les valeurs
- Le délit de fuite et les violences routières
- L’ENSAM, la démission et la justice
- La commission d’enquête et la protection de l’enfance
- Le collectif et la démocratie au coeur
- L’architecture et la ville de demain
- Les loyers et le plan d’urgence commercial
- Les candidats à Hellemmes et Lomme
- Le protoxyde d’azote et le mépris municipal
- Le budget, la transparence et l’éthique
- Épilogue
- Remerciements
