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VDN : Au tribunal de Lille, Violette Spillebout accuse le directeur de «Mediacités» d’avoir propagé la rumeur de photos pornos

Au moment des faits reprochés en 2020, Violette Spillebout était en campagne pour les élections municipales à Lille. – VDNPQR

Ce jeudi, au tribunal de Lille, la députée Violette Spillebout (Renaissance) poursuivait en citation directe le directeur de la rédaction de « Mediacités » pour harcèlement sexuel. L’élue considère que l’homme, sous couvert d’enquête journalistique, s’est acharné à propager une rumeur de photos intimes la concernant.

Devant la 6e chambre correctionnelle, la députée Violette Spillebout a préféré écrire son témoignage : « Parler ici est une humiliation supplémentaire. » Dans cette audience publique, il sera question de son intimité… Réelle ou supposée.

En 2020, Violette Spillebout fait campagne pour la mairie de Lille. Jacques Trentesaux, directeur de la rédaction de Médiacités, a appris que circule une rumeur évoquant des photos pornographiques de la candidate. Il affirme qu’il a fait uniquement son travail de journaliste en questionnant l’entourage de la candidate sur sa vie privée. Violette Spillebout considère que cette intrusion dans son intimité est du harcèlement.

Elle s’est sentie « salie », rappelle les propos de son entourage : « Il faut préparer Violette, du lourd va sortir. » Elle croyait que Jacques Trentesaux détenait des clichés, craignait des photos-montages. Elle a tenté en vain de convaincre le directeur de Mediacités de « cesser ses allégations sexistes ».

La défense plaide la relaxe

Le président Ludovic Duprey résume : « Le mis en cause affirme que les questions qu’il a pu poser sur ces photos étaient accessoires dans son travail sur la campagne électorale, et qu’il n’a eu que le souci de la rigueur journalistique. » S’adressant à Violette Spillebout : « Vous considérez que ces attaques s’inscrivent uniquement dans un rapport homme-femme. »

Jacques Trentesaux, à la barre, répète que jamais il n’aurait publié de telles photos. Me Stéphane Dhonte, en partie civile, raille : « Qu’est-ce qui peut pousser un journaliste à enquêter sur des choses qu’il ne veut pas publier ? » Le bâtonnier lillois se fait cinglant : « Sous couvert d’enquête, on est dans l’insinuation, ce qui est déstabilisant. Ce discours sexualisé est-il admissible aujourd’hui ? »

La procureure Stéphanie Lebrun ne se mêlera pas au débat. Le parquet a classé sans suite les poursuites de chantage qui avaient été engagées lors du dépôt de plainte. Le procès se déroule sur citation directe.

L’avocat de Jacques Trentesaux plaide une relaxe : « Le délit de harcèlement qui suppose des atteintes à connotation sexuelle répétées n’est pas constitué. Rien ne démontre dans ce dossier que Jacques Trentesaux est à l’origine de la rumeur et qu’il l’a propagée. » Me Vincent Fillola, du barreau de Paris, ira plus loin, réclamant des dommages et intérêts pour un « dossier fantaisiste ». Et assène : « J’ai l’impression que ce n’est pas le procès d’un homme mais la vue d’une élue qui ne supporte pas l’existence d’une carte de presse autrement que de façon laudative. »

Le tribunal rendra son délibéré le 4 juillet.

Chantal David pour la Voix du Nord du 6 juin 2023