COMMUNIQUÉSTRIBUNE

Réponse à une critique révélatrice de l’ancien monde politique

La critique qui m’est adressée par Frédéric Marchand se veut morale, grave, presque solennelle. En réalité, elle est surtout révélatrice d’un logiciel politique ancien, fondé sur la caricature, la stigmatisation et le refus d’affronter la complexité démocratique de notre époque. Je vais donc y répondre calmement, non pour polémiquer, mais pour rétablir les faits et rappeler ce qui, à mes yeux, doit primer : les citoyens.

Affirmer qu’une délégation municipale serait un acte de reconnaissance idéologique ou une normalisation morale relève soit d’une méconnaissance du droit des collectivités locales, soit d’une confusion volontaire. Une délégation est un outil juridique strictement encadré, personnel, révocable à tout moment, exercé sous l’autorité directe du maire. 

Cette critique repose surtout sur une idée profondément problématique : on combattrait les extrêmes en excluant durablement leurs électeurs de toute responsabilité institutionnelle, même locale, même encadrée, même technique. C’est faux. Et l’histoire récente le démontre amplement. On ne combat pas la colère en la niant. On ne combat pas le vote protestataire en le méprisant. On ne combat pas les extrêmes en expliquant à leurs électeurs qu’ils seraient indignes de la démocratie locale. Cette vision morale et verticale est précisément celle qui, depuis vingt-cinq ans, nourrit la montée de ces extrêmes. La démocratie adulte consiste à dire : je combats vos idées, fermement et sans ambiguïté, mais je respecte votre existence politique et les citoyens qui vous ont élus. 

La critique confond volontairement le combat idéologique national et la gestion municipale concrète. À Lille, les habitants attendent de la sécurité, de la propreté, des écoles mieux entretenues, des finances publiques contrôlées, un soutien réel au commerce local. Ils n’attendent pas une guerre morale permanente entre étiquettes politiques. Gouverner une ville, c’est avant tout résoudre des problèmes concrets dans une société fragmentée. Refuser par principe toute coopération institutionnelle, même strictement encadrée, ce n’est pas être ferme : c’est être incapable de gouverner le réel.

L’instrumentalisation de Pierre Mauroy est, à cet égard, particulièrement révélatrice. Personne n’a jamais prétendu qu’il aurait banalisé les extrêmes. Mais Pierre Mauroy a gouverné Lille avec intelligence politique, sens de l’intérêt général, respect des personnes et refus de l’anathème permanent. Il n’a jamais confondu fermeté et sectarisme moral. Utiliser le nom de Pierre Mauroy pour justifier une vision figée, moralisatrice et anachronique de la démocratie locale, c’est à mes yeux trahir son héritage.

Le procès qui m’est fait sur un prétendu « silence » à propos du macronisme est, lui aussi, hors sujet. Il traduit un réflexe ancien : celui qui refuse de penser la politique locale autrement qu’à travers des étiquettes nationales. Je n’ai jamais renié mes engagements, je suis députée Renaissance, mais je refuse de réduire Lille à une annexe des querelles nationales. 

Il faut enfin souligner ce que cette critique dit de son auteur. Depuis des mois, l’ancien sénateur Marchand, dont j’ai apprécié l’action dans ma région, en particulier sur les plans alimentaires territoriaux, n’a pas trouvé le temps de prendre la plume une seule fois pour encourager ma candidature, ni pour soutenir un programme qui est pourtant dans la continuité directe de celui qu’il soutenait en 2020. Pas un mot sur le fond. Pas un mot sur le projet pour Lille. Mais pour critiquer, disqualifier et distribuer des leçons morales, certains trouvent toujours du temps. En 2020, je n’étais pas élue et lui était sénateur. En 2026, il n’est plus sénateur et j’ai été élue députée à deux reprises par les électeurs. Cela ne dit rien de sa valeur personnelle, mais cela dit beaucoup d’un rapport ancien à la politique, où la légitimité dépendait du statut et non du suffrage.