Candidate à la mairie de Lille, la députée (EPR) du Nord Violette Spillebout a été bouleversée par Les Enfants martyrs de Riaumont, enquête sur les sévices infligés dans cette communauté catholique où la DDASS plaçait des garçons, devenue établissement traditionaliste hors contrat en 1989
Quel livre a marqué vos engagements politiques récents ?
C’est un livre que j’ai lu début 2025, Les Enfants martyrs de Riaumont. Ixchel Delaporte a travaillé pendant six ans pour recueillir les témoignages des victimes de violence du village d’enfants de Riaumont, fondé à Liévin, à côté de Lens, par le père Albert Revet en 1960. C’est un livre qui est déchirant. Des hommes qui n’avaient jamais parlé arrivent à témoigner grâce au lien de confiance qui s’est instauré sur le temps long avec cette journaliste. Ces témoignages sont insoutenables. J’ai ouvert ce livre dans un TGV sans pouvoir le refermer. Après l’avoir lu, je me sentais obligée d’agir parce que c’était ma région, parce que la personne qui me l’avait offert était une des victimes que j’avais rencontrées à ma permanence de députée. Cela a été le déclencheur de mon engagement pour la commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire.
Vous publiez ce mois-ci chez Stock Silences brisés : violences à l’école, une élue face à l’omerta. C’est un prolongement du livre d’Ixchel Delaporte ?
Oui, je voulais rendre accessible les enseignements de cette commission d’enquête transpartisane car le rapport, disponible sur le site de l’Assemblée, fait 500 pages. Elle a été conduite avec une force incroyable avec mon co-rapporteur, Paul Vannier (LFI), malgré les pressions politiques. Nous avons montré que c’est un sujet systémique, qui concerne des dizaines d’établissements. Bien que lilloise, je ne connais- sais pas l’histoire de Riaumont. L’exposition médiatique de Bétharram l’a mis dans la lumière. Le sujet de la maltraitance des enfants est d’abord celui du courage et de la dénonciation. De la part de l’enfant, des parents, de l’entourage, des enseignants, il est très difficile de parler, de dénoncer une violence intrafamiliale, par exemple. L’isolement de certains établissements religieux, des internats éloignés des parents, a favorisé la violence intra-établissement. Une culture de coercition psychologique a facilité des dérives vers des violences inadmissibles, comme à Bétharram. L’enfant y était vu comme un objet de redressement, pas comme un être humain. Les parents adhéraient à cette culture sans imaginer que la correction physique – acceptable pour eux à l’époque – pouvait cacher et couvrir des humiliations et des violences – pas que sexuelles – qui ont marqué des enfants à vie. Il y a eu des actes de torture. Comme laisser un enfant nu à genoux toute une nuit à 0 degré. L’engrenage de la violence commence souvent par des humiliations. Beaucoup n’ont pas parlé à leurs parents à l’époque – et ne l’ont fait qu’après leurs décès – parce qu’ils ne voulaient pas les rendre responsables de ce qu’ils avaient vécu. Ce qui a renforcé l’omerta. Ou bien des enfants pouvaient dire à leurs parents ce qu’ils subissaient et ces derniers les renvoyaient quand même là-bas, inconscients de la gravité de faits inconcevables. Il y a eu des parents conscients de ces agissements mais je pense que dans la majorité des cas, il y avait une sorte de non-dit sur des sévices dont certains enfants n’avaient pas non plus toujours conscience. D’autres ont pensé qu’ils ne seraient pas écoutés ou crus.
La parole se libère, les textes changent. Vous êtes optimiste ?
À la suite de la commission d’enquête, une proposition de loi a été déposée sur la reconnaissance des victimes, la prévention des violences et harcèlements, le recrutement et les contrôles d’honorabilité des encadrants, les contrôles des
établissements et la formation des inspecteurs. Une mission parlementaire sur l’imprescriptibilité des faits, capitale pour les victimes, a démarré il y a cinq mois. Tout cela est porteur d’espoir. C’est long, il faut s’accrocher, mais je ne lâcherai pas






