Toutes les décisions à prendre quand il faut trouver plusieurs milliards d’euros sont douloureuses. Elles doivent être réfléchies, justes, et commencer par l’exemplarité de l’État et des responsables politiques.
Ces derniers jours, un article de La Voix du Nord a publié un grand visuel sur tous ses réseaux sociaux, sans m’interroger, avec une phrase entre guillemets laissant penser que je proposerais de taxer les retraités.
En réalité, il s’agit d’un extrait tronqué d’une interview donnée quelques jours plus tôt sur Europe 1, où j’avais clairement précisé que je parlais uniquement des retraités les plus aisés. Ce post sur les réseaux a finalement été supprimé d’Instagram par la Voix du Nord suite à ma réclamation, mais pas sur Facebook, ce qui a généré des milliers de commentaires haineux, basés sur un raccourci journalistique très regrettable. Le buzz et les fake news sont aujourd’hui bien plus viraux et néfastes que les informations complexes et de qualité.
Car vous le savez, je porte un profond respect à toutes celles et ceux qui ont travaillé dur toute leur vie, souvent dans la pénibilité, parfois en en sortant cassés par le travail, et qui vivent aujourd’hui avec des retraites modestes. Jamais je ne voudrais faire peser sur eux le poids des efforts financiers à consentir, ceux qui sont eux aussi des travailleurs, qui ont légitimement cessé leur activité après des années de labeur.
Je veux être parfaitement claire. Cette idée de contribution des retraités à l’effort national s’inscrit dans un débat ancien, récemment relancé par le gouvernement Barnier, où plusieurs hypothèses ont été étudiées : modulation de l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités, fiscalité accrue sur le patrimoine, ou révision de la revalorisation des pensions les plus élevées. Fortement contestée, cette réforme n’a jamais été mise en œuvre, même si pour des retraités très fortunés, avec un patrimoine élevé, la question de la participation à l’effort national ne doit pas être forcément éludée.
Car nous sommes face à une impasse sociologique et démographique : notre système de retraite repose sur la solidarité intergénérationnelle, les actifs financent directement les pensions des retraités. Mais il faut avoir le courage de regarder la réalité en face : aujourd’hui, beaucoup d’actifs financent des retraités qui disposent parfois d’un niveau de vie supérieur au leur, notamment parce que près de 70 % des retraités sont propriétaires de leur logement, quand de jeunes actifs n’ont aucune perspective d’accession à la propriété. Les uns financent, par leur travail et leurs cotisations, la thésaurisation de patrimoines qu’eux-mêmes n’auront jamais. Avec notre démographie vieillissante, la retraite par répartition devient structurellement injuste si elle n’évolue pas. C’est un autre débat, mais c’est pourquoi je défends l’idée d’introduire une part de capitalisation pour tous, afin que chaque génération puisse constituer aussi son propre capital retraite, en complément du système par répartition.
Comme beaucoup, je constate que le financement de notre modèle social est un enjeu majeur, mais avant toute nouvelle taxation – qu’elle concerne les retraités, les actifs ou toute autre catégorie – je considère que l’État et les collectivités doivent d’abord faire beaucoup plus d’économies et montrer l’exemple. C’est aussi la raison pour laquelle je suis fermement opposée à la suppression des deux jours fériés proposés par le gouvernement Bayrou.
C’est un constat amer : j’ai soutenu les gouvernements successifs, et je salue les réformes qui ont porté leurs fruits – création de milliers d’emplois, développement de l’apprentissage, baisse du chômage –, mais malgré ces réussites, la dette a continué de croître. Il faut maintenant agir et prendre nos responsabilités, à commencer par l’État et les responsables politiques.
Depuis plusieurs années, j’ai alerté les ministres successifs sur :
- La prolifération d’agences d’État et de structures parapubliques aux coûts de fonctionnement disproportionnés.
- La nécessaire transparence sur les rémunérations des hauts fonctionnaires et des élus, pour que l’argent public soit utilisé de manière irréprochable, la limitation des rémunérations excessives et frais indécents, le contrôle et la baisse des dépenses de l’Elysée, des Ministères, du Parlement et des organismes d’Etat.
- Les sanctions sur les entreprises qui ne réutilisent pas leurs bénéfices pour l’emploi et la rémunération des salariés, n’investissent pas dans la transition écologique et multiplient les profits indécents.
- Des projets régionaux et locaux signalés à la Chambre régionale des comptes des Hauts-de-France qui constituent de véritables gabegies, sans que rien ne soit jamais corrigé.
- Le surcoût lié à la superposition des strates administratives : le rapport Woerth et, plus récemment, le rapport Ravignon sur la simplification des normes, ont proposé de nombreuses suppressions et économies : supprimer les doublons de compétences entre État, collectivités et intercommunalités, alléger les procédures, en simplifiant la commande publique pour réduire les coûts administratifs, rationaliser la gestion des collectivités dont les coûts de gestion sont parfois trois fois supérieurs au privé
- La nécessaire mise en oeuvre d’un seconde réforme de l’assurance chômage pour à inciter davantage à la reprise d’emploi et à dégager plusieurs milliards d’euros d’économies, réforme portée par Gabriel Attal mais qui n’a pas pu être menée à son terme, en raison de la dissolution et de l’absence d’accord politique et des syndicats.
- Le réexamen de grands projets d’aménagement, ou des grands évènements sportifs ou culturels, pour redéployer les budgets vers les petites associations et les entrepreneurs et artisans. Le contrôle et la baisse des subventions publiques très coûteuses, afin de les rendre plus raisonnables et totalement transparentes. L’interdiction de thésauriser et de placer l’argent public pour des acteurs para-publics subventionnés.
Mon engagement est clair et constant : réduire les dépenses inutiles, rationaliser l’action publique et restaurer la confiance des citoyens. Ce n’est qu’après avoir fait cet effort de responsabilité et d’exemplarité que nous pourrons discuter sereinement des recettes nécessaires pour financer notre protection sociale. C’est sous ce prisme que je soutiendrai les décisions difficiles du gouvernement.