COMMISSION d'ENQUÊTEPRESSE

Fermeture de Bétharram : « Il y a quand même un acte fort qui va avoir lieu »

Violette Spillebout, députée Ensemble pour la République du Nord, rapporteure de la mission d’enquête parlementaire sur les violences commises dans l’affaire Bétharram, était l’invitée de la Matinale de France Info ce vendredi 23 janvier 2026. Elle est revenue sur la fermeture de Bétharram et sur l’ensemble de l’affaire.

Djamel Mazi : Vous êtes députée Ensemble pour la République du Nord, rapporteure de la mission d’enquête parlementaire sur les violences commises dans l’affaire Bétharram. D’abord, un mot sur cette déclaration de Pierre-Vincent Guéret, qui a affirmé hier que l’établissement Bétharram allait être fermé, puis contredit quelques heures plus tard. Que vous inspirent ces affirmations, ces démentis auxquels on assiste depuis hier ?

Violette Spillebout : Il y a la première nouvelle, celle de la fermeture de ce collège. Pour moi, ça a été une bonne nouvelle. Ça a été beaucoup d’émotions parce que j’ai tout de suite pensé aux victimes, ces victimes de Bétharram, mais aussi les victimes partout en France, de Riaumont, dans ma région de France, qui attendent des gestes forts, symboliques de la reconnaissance de la souffrance des victimes. Donc ça a été une après-midi effectivement mouvementée mais on voit en fonction des informations qui nous parviennent que, globalement, il y a quand même un acte fort qui va avoir lieu et j’espère que cet établissement anciennement Bétharram où il y a eu tant de tortures, de souffrances d’enfants, n’accueillera plus d’enfants ni d’activités éducatives ou festives et sera demain un lieu de mémoire.

Serge Cheminot (Éditorialiste) : Donc le secrétaire général de l’enseignement catholique dit que ce n’est pas à l’ordre du jour. On va reprendre quand même les mots de M. Guéret auquel vous faisiez allusion. “L’établissement Bétharram éclabousse par sa réputation l’intégralité de l’enseignement catholique. Le mot Bétharram va être envoyé aux oubliettes de l’histoire”. J’imagine que vous partagez ce point de vue.

Violette Spillebout : Cette expression, c’est celle des parents d’élèves, des parents d’élèves d’aujourd’hui qui mettent leurs enfants dans des établissements catholiques sous contrat. Ils veulent que leurs enfants puissent être éduqués en toute sécurité et que ce type de violence, souffrance qui a été extrême, qui ont été systémiques pendant 50 ans ne jette pas en fait l’opprobre sur le lieu où ils ont choisi d’éduquer leurs enfants.
Donc je crois que les parents sont du côté des enfants. Il y a une prise de conscience de l’enseignement catholique à travers des actions qui ont été menées depuis notre commission d’enquête assez forte. Et les parents prennent toute leur part. Ils poussent pour avoir des plans de prévention, du harcèlement, des violences entre élèves, des violences tout court. Et ça va dans le bon sens pour moi, même s’il ne faut pas oublier les victimes aujourd’hui qui n’ont pas obtenu réparation.

Djamel Mazi : Alors, on entend parler de fermeture de Bétharram. Le président de la Fédération des organismes de gestion de l’enseignement catholique a évoqué jeudi 22 janvier un déménagement du collège. Vous ne craignez pas que, finalement, on déplace le problème ?

Violette Spillebout : Je pense que l’enseignement catholique est dans un moment difficile. Il y a beaucoup de révélations qui mettent mal à l’aise les dirigeants sur les décisions qu’ils doivent prendre. C’est pour ça qu’il y a autant de tensions, je pense, entre parents, secrétariat général de l’enseignement catholique. Mais il ne faut pas généraliser. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’établissements catholiques qui fonctionnent très bien, dans lesquels il y a des plans de prévention…

Djamel Mazi : … Il ne s’agit pas de généraliser. On parle en l’occurrence du déménagement du collège de l’établissement de Bétharram puisqu’on entend parler de fermeture et au final on entend dire que le nom du collège va changer mais est-ce que les pratiques aussi ?

Violette Spillebout : Les pratiques ont déjà changé entre 50 ans et aujourd’hui. Il y a une inspection dont je n’ai pas connaissance actuellement qui a rendu son rapport, qui a dû motiver la fermeture de l’établissement, je pense notamment liée aux conditions de vie dans l’internat, qui est très vieillissant, aux difficultés économiques du collège dans les locaux d’aujourd’hui. Mais je pense qu’il y a un contrôle aujourd’hui qui est renforcé. La ministre de l’Éducation du début de notre commission d’enquête, Élisabeth Borne, a annoncé un plan de contrôle massif qui a commencé à se mettre en œuvre. Il y a une vigilance interne par le ministère de l’Éducation nationale. Et nous, ce qu’on souhaite, c’est qu’avec la proposition de loi qu’on va déposer la semaine prochaine avec Paul Vannier, on ait toutes les conditions pour que demain, dans des établissements privés ou publics, il n’y ait plus ce qu’on a connu à l’époque de Bétharram ou encore plus récemment dans d’autres établissements en France.

Djamel Mazi pour France Info du 23 janvier 2026

Retrouvez mes interventions :

La fermeture de l’établissement anciennement Bétharram serait un geste fort. Une décision attendue par les victimes, à Bétharram comme ailleurs en France, notamment à Riaumont dans les Hauts-de-France. Ces lieux de violences ne doivent plus jamais accueillir d’enfants. Ils doivent devenir des lieux de mémoire.

Depuis notre rapport de juillet et ses 50 recommandations, le travail continue sans relâche. Une proposition de loi est indispensable pour passer des constats aux actes. Je veux saluer le rôle clé de Perrine Goulet, présidente de la Délégation aux droits de l’enfant, engagée pour faire avancer le sujet de l’imprescriptibilité. Notre objectif est clair : un texte solide, utile et capable de rassembler une majorité pour transformer durablement les choses.

Au cœur de notre commission d’enquête, il y a une réalité : la défaillance de l’État. Avec Paul Vannier, je porte une exigence claire : une parole forte de reconnaissance pour les victimes de Bétharram, de Riaumont et de tant d’autres établissements en France.