Pour détailler les propositions de mon programme pour Lille 2026 sur la gouvernance et la place de l’opposition, et pour préciser les positions collectives de Faire Respirer Lille suite à un indiscret dans la presse, voici ma tribune.
Si les Lillois m’élisent Maire de Lille en mars prochain, je m’engage à exercer le pouvoir municipal autrement : en respectant tous les élus municipaux, qui représentent chacun des électeurs lillois, et ce, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition. Je veux qu’il puissent être considérés pour leurs compétences, et utiles au sein du conseil municipal de Lille pendant les 6 ans de mandat. Je serai la Maire de tous les Lillois, ceux qui ont voté pour moi, et aussi tous les autres. Cela se traduit, dans mon programme “Faire Respirer Lille 2026-2032” par l’engagement suivant : “Confier des responsabilités réelles aux élus d’opposition : pour que la voix de chaque Lillois, Lommois, et Hellemmois soit entendue et reconnue, nous ne nous passerons pas de compétences au sein des groupes d’opposition. S’ils l’acceptent, nous leur confierons des délégations afin de contrôler le bon usage des fonds publics municipaux (budget, marchés publics, subventions) et le respect de l’éthique.”
Gérer la destinée d’une ville et de ses habitants, ce n’est pas signer un manifeste partisan, c’est avant tout résoudre des problèmes concrets : logement, sécurité, mobilité, propreté, écoles, services publics. Pour cela il faut que la démocratie locale fonctionne réellement, qu’elle entende les voix de tous les Lillois. Cette “démocratie locale”, on la célèbre souvent, on l’idéalise beaucoup. Pourtant, le système électoral municipal français est, de loin, celui qui concentre le plus de pouvoir entre les mains d’un seul exécutif, bien davantage que les autres niveaux de décision publique, avec un scrutin de liste à deux tours assorti d’une prime majoritaire de 50 %. L’opposition est représentée, mais elle ne peut structurellement pas gouverner, ni bloquer, ni amender réellement. Et c’est bien là souvent, pas dans toutes les villes, car il y a des maires sincèrement démocrates, que ça ne fonctionne pas bien. En tous cas à Lille.
Pour comprendre jusqu’où peut aller cette dérive autocratique du Maire en place, il suffit en effet d’observer Lille. À chaque élection municipale, les scores de Martine Aubry se sont effondrés : 66 % en 2008, 52 % en 2014, 40 % en 2020, soit environ 15 000 voix seulement pour diriger trois villes réunies (Lille, Lomme, Hellemmes), représentant près de 240 000 habitants. La dernière élection s’est déroulée dans des conditions largement contestées, au point de donner lieu à deux recours distincts déposés par les deux listes d’opposition. Dans toute démocratie vivante, une telle situation aurait dû provoquer un sursaut. Martine Aubry aurait pu, et dû, pour ce qui fut son dernier mandat, s’ouvrir à l’opposition, reconnaître l’affaiblissement de sa légitimité politique et devenir enfin une grande démocrate locale. C’est l’exact inverse qui s’est produit. Son mode de gouvernance s’est durci, son exercice du pouvoir est devenu toujours plus vertical, plus fermé, plus autoritaire.
Un épisode récent illustre parfaitement cette dérive, perpétuée par son successeur désigné, maire intérimaire, Arnaud Deslandes. Fin 2025, alors que Lille connaît une vague de fermetures de commerces en centre-ville, que les commerçants expriment quotidiennement leur détresse et le sentiment d’un abandon total par la majorité municipale, j’ai proposé, en tant que cheffe de l’opposition, un plan d’urgence ponctuel pour les fêtes de Noël, destiné à soutenir immédiatement l’activité commerciale. La seule réponse apportée par le maire intérimaire fut la suivante : « Oui Madame Spillebout, il faut un plan d’urgence pour dégager la Macronie ! » . Voilà le niveau du débat démocratique à Lille. Aucune discussion sur le fond. Aucun échange sur les propositions. Aucun respect pour les acteurs économiques en difficulté. Un slogan, une invective, et le mépris. La vérité est désormais évidente : les socialistes lillois ont démontré qu’ils ne deviendront jamais des démocrates locaux. Le système institutionnel leur donne tous les outils pour gouverner seuls ; ils ont choisi d’en user contre le pluralisme, contre le débat, contre l’opposition. Dès lors, une seule responsabilité s’impose : donner à Lille un Maire réellement démocrate, qui place l’exercice du pouvoir au service des besoins de tous les habitants. C’est aussi mon expérience personnelle d’élue d’opposition Faire Respirer Lille, malmenée depuis 6 ans, qui forge ces convictions.
Je crois pour ma part qu’une forme intelligente pour confier des responsabilités aux élus d’opposition, comme cela est formulé dans mon programme, serait de donner les moyens à des membres des groupes d’opposition de réaliser un véritable travail de contrôle de l’action menée par la majorité. Moi, je serais prête, dans une utopie de la démocratie locale ultime, à confier des projets à des élus d’opposition, là où des mesures de nos programmes convergent, voire même à nommer parmi eux des adjoints sans l’étiquette officielle de leur parti, et donc prête à les intégrer dans mon exécutif, sur la base d’une lettre de mission clairement établie et toujours sous mon contrôle direct en tant que maire. Mais je sais que d’abord il y a peu de chances que mes opposants acceptent cette mission, et que certainement ils résumeraient cette option à une compromission idéologique à laquelle ils ne souscriraient pas.
Aussi, en réalité, ce sont des postes de conseillers municipaux délégués qui pourraient être proposés avec des fonctions telles que : président de la commission des finances, président de l’observatoire interne de l’achat public, celui des subventions, celui de la concertation et de la démocratie participative, celui de l’éthique et de la déontologie…etc. Chaque groupe constitué au sein du conseil, par ordre d’effectif, pourrait « choisir » une de ces fonctions et décider quel élu parmi ses membres l’occupera. Des rôles institutionnels réels et utiles au bon fonctionnement des prises de décision de la majorité.
Je veux rappeler que les conseillers municipaux délégués n’exercent aucun pouvoir propre. Ils n’agissent que par délégation du maire. Cette délégation est personnelle, révocable à tout moment, sans justification politique particulière. Le maire peut en modifier le périmètre, la retirer, la redistribuer, ou la reprendre pour lui-même par simple arrêté. Autrement dit : contrairement à ce que certains fantasment, donner une délégation à un élu d’opposition du conseil municipal de Lille n’est ni une abdication, ni une cogestion idéologique, ni “gouverner avec”. C’est un outil opérationnel, strictement encadré, totalement réversible, qui concerne un homme, une femme engagé(e) au conseil, pas un parti.
A Lille, si je m’engage à confier une délégation à un élu d’opposition, ce n’est donc ni un renoncement politique ni une compromission morale. C’est un choix de responsabilité. Si un élu, quelle que soit son étiquette, est en capacité d’être utile aux habitants, de travailler conformément aux lois de la République et au cadre fixé par le maire et la majorité municipale, alors il peut recevoir une délégation. C’est précisément pour cela que confier une délégation à un élu issu de l’opposition, même s’il est élu sur l’étiquette de La France insoumise ou du Rassemblement national n’a rien d’une coalition non plus.
Bien sûr, j’espère que ma ville de Lille, fidèle à ses valeurs humanistes, européennes, solidaires, ne verra pas le Rassemblement National, ni La France Insoumise d’ailleurs, dépasser la barre des 10%. Mais je crains que les 25 dernières années de baronnie installée et méprisante socialo-écologistes, les 25 dernières années d’abandon des quartiers populaires, et les 25 dernières années d’échec de l’accès aux droits fondamentaux de chaque habitant que sont la sécurité, la propreté et le logement, n’aient fait désespérément monter les colères. La montée du RN en particulier, n’est ni un mystère ni une fatalité. À Lille, elle est à mes yeux le produit d’une stratégie politique irresponsable menée notamment par les écologistes locaux et l’extrême-gauche radicalisée. À force de refuser le débat, de stigmatiser des électeurs et d’entretenir des amalgames, ils font exactement l’inverse de ce qu’ils prétendent vouloir : ils banalisent l’extrême droite et la renforcent.
D’ailleurs, lorsque le candidat des Verts, Stéphane Baly se félicite publiquement, lors d’un débat organisé par le Parlement des étudiants début 2026, de l’absence du candidat du RN qui n’y a pas été invité, il envoie un message clair et grave : 10 à 15 % des Lillois n’auraient pas droit de cité dans le débat démocratique. Et il est applaudi par ses amis de La France Insoumise et du Parti Socialiste. On peut combattre des idées, mais je considère que l’on ne combat pas la démocratie en excluant ceux qui votent autrement. Comment prétendre vouloir être maire de tous les Lillois tout en assumant l’exclusion politique d’une partie d’entre eux ? Ce mépris de la gauche et de l’extrême-gauche moralisatrice et sectaire nourrit exactement ce qu’il prétend combattre.
Depuis des années, à chaque élection législative comme au conseil municipal, la même petite musique est distillée par la « team Baly », Génération·s et leurs relais : faire croire que Violette Spillebout serait, au fond, pratiquement le RN. Que “le centre” c’est comme “l’extrême-droite”. Parce que je m’exprime dans le JDD. Parce que je vais débattre sur des plateaux comme CNews. Parce que, dans le cadre d’une mission parlementaire sur les médias, j’ai auditionné Geoffroy Lejeune. Demain quoi ? Faudra-t-il m’exclure à mon tour des débats publics ? Interdire toute parole qui ne s’inscrit pas dans un cadre idéologique étroit, défini par cette gauche radicalisée qui prétend savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui ? Étonnamment, les écologistes lillois ne trouvent par contre rien à redire lorsque je dis être capable de travailler avec La France insoumise.
Cette stratégie est absurde, mais surtout dangereuse. Car à force de répéter que Violette Spillebout serait « comme le RN », une idée s’installe, et c’est précisément leur objectif, mais ils ne mesurent pas à quel point leurs manoeuvres sont dangereuses : si Spillebout, élue républicaine, était assimilable au RN, alors le RN devient assimilable au bloc central. Et donc, progressivement, le RN devient un vote acceptable ? C’est exactement ce que j’ai constaté lors des dernières législatives, lorsque des tags ont fleuri dans mon quartier de Fives : « Spillebout complice de Marine Le Pen ». Ces attaques ne m’affaiblissent pas. Elles renforcent le RN. En tentant de me discréditer par l’amalgame, ce sont les électeurs du RN qui sont victimisés, légitimés et confortés. Voilà comment on banalise l’extrême droite.
Heureusement, dans l’esprit de nombreux électeurs raisonnables et de bonne foi, je suis identifiée comme une élue sérieuse, travailleuse, engagée sur ses dossiers, proche des habitants, qui n’a rien d’extrémiste et qui combat l’extrémisme !
Cela n’empêche pas que depuis trois ans, au parlement, j’ai fait un choix politique clair et assumé : travailler avec tous ceux qui veulent agir pour les Français, sans m’arrêter à l’étiquette. Ce choix a profondément transformé ma vision de l’engagement politique. Avec Paul Vannier, député de La France insoumise, j’ai mené une commission d’enquête décisive sur les violences faites aux enfants. Avec Philippe Ballard, du Rassemblement national, j’ai porté des propositions sur l’éducation aux médias. Avec Sébastien Jumel, du Parti communiste, puis Stéphane Delautrette, du Parti socialiste, nous avons avancé ensemble sur le statut de l’élu local. Avec Fabien Di Filippo, des Républicains, j’ai travaillé sur la reconnaissance des homicides routiers.
Cela n’empêche pas que depuis de nombreuses années, je combats le RN sur le fond : son rapport à l’État de droit, sa vision identitaire de la société, ses dérives racistes, ses ambiguïtés historiques, ses propositions souvent irréalistes pour l’économie ou dangereuses pour les libertés publiques. Ce combat est total et assumé. Je combats aussi LFI sur sa vision des institutions, sa dérive populiste et communautariste, son rapport ambigu à la violence politique, ses complaisances internationales et sa conception conflictuelle de la République. Là aussi, le désaccord est profond. Mais je respecte leurs électeurs comme leurs élus. Je respecte la place qu’ils occupent dans le paysage démocratique local et national. Je ne considère plus le RN ou LFI comme des adversaires “par principe”, ni comme des blocs indivisibles que l’on pourrait commodément ranger sous l’étiquette « les extrêmes » pour mieux les exclure, les boycotter ou les mépriser. C’est pour cela que je n’ai pas tremblé en votant pour que tous les partis, y compris ces “extrêmes”, soient représentés au bureau de l’Assemblée Nationale. C’est parce que je suis profondément convaincue que refuser de confier toute responsabilité institutionnelle à un de leurs élus, compétent sur un champ précis, sous contrôle strict, nourrit au contraire le discours victimaire. La République est plus forte quand elle démontre qu’elle n’a rien à craindre de la transparence, du droit et du contrôle.
Ce que je refuse, c’est l’immobilisme pour Lille et la confiscation du pouvoir par le PS et les Verts, qui agissent trop souvent comme si la ville leur appartenait. Ma manière de les battre n’est ni l’exclusion ni l’anathème, mais la création d’une dynamique de tolérance et d’un esprit de concorde. Cet esprit qui avait conduit Pierre Mauroy à ouvrir sa liste à Michel Falise, recteur de l’université catholique de Lille, et à gouverner la métropole de façon apaisée, en privilégiant l’intérêt métropolitain face aux logiques partisanes et aux intérêts particuliers. C’est cette autre façon de faire vivre le débat local que je propose pour Lille : dépasser les partis, transcender les clivages, refuser de diviser les Lillois selon qu’ils votent à gauche, au centre ou à droite. Plutôt que d’exclure, de stigmatiser et de diaboliser, avoir le courage du débat de fond. Car en censurant, on victimise. En victimisant, on renforce. Et en renforçant, on banalise. Ouvrir ponctuellement des responsabilités à l’opposition, sous contrôle du maire, ne fragilise pas le pouvoir, il l’humanise, le crédibilise et le rend plus exigeant.
C’est ce que je ferai pour Lille, Hellemmes, Lomme. Je serai la Maire d’une ville sûre et propre, attractive et dynamique, solidaire et apaisée. Je redonnerai à Lille son rôle de locomotive au sein de la Métropole Européenne de Lille et de grande métropole en France.







