COMMUNIQUÉSMUNICIPALES 2026

Christian Belpaire répond au lancement de la procédure disciplinaire des Républicains

Le 18 février 2026, en pleine campagne municipale, Othman Nasrou m’informe du lancement d’une procédure disciplinaire à mon encontre.


Ma réponse à Othman Nasrou :


Monsieur le Secrétaire général,

Dans le cadre de la procédure disciplinaire que vous avez engagée à mon encontre, vous me donnez la possibilité de présenter mes observations. Je vous en suis gré, tout en ayant conscience que cette démarche contradictoire, aussi formelle soit-elle, ne modifiera vraisemblablement pas l’issue d’une décision qui semble déjà actée.

Je me permets néanmoins de vous soumettre ces réflexions, non pour plaider ma cause, mais parce que je crois devoir à notre mouvement la franchise que l’on attend d’un homme qui lui a été fidèle.

Philippe Séguin, dont je revendique l’héritage politique et moral, affirmait : « Il ne suffit pas de défendre des idées, encore faut-il les incarner. » C’est précisément ce principe qui guide mon engagement auprès de Violette Spillebout.

I. SUR MON ENGAGEMENT EN 2022 ET LES CHOIX DE LA FÉDÉRATION DU NORD

En 2022, j’occupe les fonctions de Directeur Général en charge de la sécurité et de la qualité de vie à la Ville de Roubaix. Pendant Huit années auparavant, j’y ai exercé comme chef de la sûreté urbaine au commissariat. Je préside par ailleurs une association d’insertion représentant plusieurs centaines de familles, dont le directeur, Sérigné Diop, est président le Collectif pour les relations entre l’ Afrique et l’Occident (C.R.A.O).

Par l’intermédiaire d’un ami, je suis reçu à l’Assemblée nationale par M. Sébastien Huyghe, qui me propose de porter la candidature des Républicains sur la 8ème circonscription du Nord, face à Catherine Osson. J’accepte, fort du soutien de M. Guillaume Delbar, maire de Roubaix. Quelques semaines plus tard, j’apprends que ma candidature a été écartée au profit de M. Amine El Bahi, transfuge de la liste Amrouni, dont le profil et le positionnement sur la ville ne pouvaient laisser présager qu’une défaite. Le résultat sera de 5,80 %, en quatrième position derrière le Rassemblement National. David Guiraud, candidat La France Insoumise, a été élu sur la 8ème circonscription.

Il m’est difficile de ne pas établir de parallèle avec la situation actuelle : la Commission d’investiture a retenu M. Louis Delemer, jeune homme dont je ne mets nullement en doute les qualités humaines, mais dont la notoriété à Lille est insuffisante pour peser au second tour. Vous le savez. La dynamique n’existe pas.

II. SUR LE RENONCEMENT STRATÉGIQUE

C’est ici que réside ma blessure la plus profonde. Lors d’un échange bref avec M. Antoine Sillani, j’avais suggéré qu’un combat devait être mené sur Roubaix pour les municipales de 2026. Sa réponse fut sans appel : « De toute façon, cette ville est perdue et passera à LFI. » Cette posture de capitulation politique, stupéfiante, m’est étrangère, et je la crois contraire à l’ADN de notre mouvement.David Guiraud, candidat La France Insoumise, sera demain peut-être sur le fauteuil de maire d’une ville de 100 000 habitants, ce qui constituera, si cela advient, la première ville de cette importance conquise par LFI. La responsabilité de ce recul incombe en partie au renoncement d’un parti qui n’a pas cru bon de présenter des candidats crédibles et ancrés dans leurs territoires.

Revenons aux élections municipales de Lille en 2020 : M. Daubresse a réalisé 8,24 %, sans possibilité de se maintenir au second tour. Le bilan des Républicains dans le département du Nord est éloquent. Je n’irai pas plus loin dans ce constat.

III. SUR MON SOUTIEN À VIOLETTE SPILLEBOUT

Je n’ai jamais dissimulé à Violette Spillebout mon attachement aux Républicains, ni ma fidélité à la mémoire de Philippe Séguin. Elle a accepté mon soutien sans exiger aucune allégeance à Horizons ou à quelque autre structure partisane. Je suis convaincu qu’elle est, à Lille, la seule personnalité capable de rassembler au-delà de nos rangs et de porter une alternance crédible.

Soutenir une candidate qui partage nos valeurs fondamentales, l’ordre républicain, la sécurité, la cohésion nationale, n’est pas une trahison. C’est un acte politique lucide, que l’intérêt général commande parfois d’accomplir face à l’immobilisme d’un appareil. L’emploi du mot trahison est une infamie pour moi. Le mot est grave, et il mérite qu’on s’y arrête. La trahison, dans la tradition gaulliste dont se réclame notre mouvement, ne se mesure pas à l’aune des statuts d’un parti : elle se mesure à l’abandon des valeurs et des hommes. Charles de Gaulle lui-même, fondateur de la Ve République que nous prétendons défendre, fut traité de traître par les siens lorsqu’il prit des décisions que l’appareil ne comprenait pas, avant que l’Histoire ne lui donne raison. Plus près de nous, Philippe Séguin fut marginalisé par le RPR pour avoir dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas sur Maastricht. La fidélité à une étiquette n’a jamais été une vertu politique ; la fidélité à des convictions, si. Que l’on me reproche de soutenir une femme qui porte les valeurs de l’ordre, de la sécurité et de la cohésion nationale, valeurs qui sont celles des Républicains depuis leur origine, au détriment d’une investiture dont chacun sait qu’elle mène à une défaite certaine, voilà qui devrait, en bonne conscience, faire réfléchir sur le sens du mot trahison et sur celui qui, véritablement, trahit.

IV. SUR MON PARCOURS ET MA FIDÉLITÉ AU MOUVEMENT

J’ai été fonctionnaire de police pendant plus de trente-cinq ans. J’ai servi l’État dans les villes, les départements et les postes les plus difficiles de France puis Directeur général à Roubaix. Actuellement fondateur de Diomede Consulting et consultant en sûreté et sécurité, criminologue, j’enseigne aujourd’hui au CNAM de Paris, à l’Université de Lille et à l’ISSEFAC. Ce parcours ne me confère aucun privilège, mais il me donne le droit de dire ce que je pense.

Lorsque M. Bruno Retailleau a pris la présidence du mouvement, il a déclaré vouloir que les adhérents soient entendus. La fédération du Nord, à l’exception d’un unique rendez-vous avec M. Huyghe et d’une brève discussion avec Antoine Sillani, n’a jamais pris contact avec moi en plusieurs années. Je laisse à chacun le soin d’apprécier ce que valent ces engagements.

Je ne me soumettrai pas à votre décision par peur, mais par respect formel des statuts d’un mouvement auquel j’ai cru. Mon exclusion n’aura, je le concède, aucune portée dans le cours des choses. Elle dira cependant quelque chose de la manière dont les Républicains traitent ceux qui leur ont été fidèles sans jamais rien leur demander.Je vous demande seulement, si ces lignes méritent d’être lues au-delà de votre bureau, de soumettre au Président du mouvement cette question simple : un parti qui préfère exclure ses hommes d’expérience plutôt que de les écouter, est-il encore en mesure de prétendre gouverner la France ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire général, l’expression de mes salutations respectueuses.

Christian Belpaire