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Un Budget 2019 en trompe l’œil qui tente d’atténuer de vraies faiblesses pour l’avenir

En amont des délibérations du Conseil Municipal, ce soir, le collectif Lille C s’est penché sur les documents mis à disposition des citoyens (budget 2019 présenté au vote et subventions aux associations). Où sont la transparence, la pédagogie et la co-construction ? 

  • Où est la transparence, la pédagogie, avec des explications partielles et des tableaux supprimés (par rapport aux années précédentes) ? Dépenses en baisse, recettes en hausse, et l’éducation au top des priorités de la ville, vraiment ? 
  • Où est la transparence, la co construction, quand la ville annonce des subventions aux associations sans éclairer ses critères de choix, sa stratégie ? Lille3000 poursuit son hégémonie culturelle alors que 29 petites associations agissant pour la plupart au plus près des habitants n’obtiennent pas le budget sollicité.

1 – Le budget 2019, tel que présenté dans la délibération est tout sauf transparent : 

Des dépenses en baisse (-0,07%) et recettes en hausse (+1%) ? Si l’on y regarde plus finement (si l’on retraite ces chiffres comme il se doit) c’est l’inverse. Les dépenses augmentent (+0,79%) et les recettes baissent (-0,16%). En bonne gestion financière, quand les recettes progressent moins vite que les dépenses, on appelle cela l’Effet de ciseau : le signe que la situation financière se dégrade.

Les dépenses de fonctionnement : 

Si on ne peut que se réjouir du respect du contrat signé avec l’Etat pour la période 2018-2020 (qui limite l’évolution des dépenses de fonctionnement à +1,3%), la maîtrise affichée pour  2018 et 2019 découle surtout de certains artifices tels que les dépenses propreté de la MEL, jusqu’ici prises en charges par la ville et remboursées par la MEL, et qui maintenant lui seront facturées directement. En réalité, la progression des dépenses est de +0,79%.

Les recettes : 

Dans le détail des recettes, on trouve une reprise sur provision de 4,3 M€ pour les façades de l’hôtel de ville (recette qui avait été provisionnée il y a quelques années maintenant et qui est récupérée en 2019). Si on enlève cette « fausse recette », l’évolution des recettes est en baisse de -0,16% (alors que la ville annonce une progression de +1%).

Les dépenses de personnel :

C’est le point faible de la ville :  en 2017, elles représentaient 67% des dépenses de fonctionnement ! En 2016, la moyenne de la strate des communes de plus de 100 000 habitants était de 53%. En 2019, les dépenses de personnel devraient être stables,  mais elles restent trop élevées.

L’épargne brute :

Epargne brute 2017 : 73,7 M€, descendue en 2019 à 41,6 M€ : principal indicateur de la situation financière, elle est en baisse vertigineuse, un effondrement qui n’est ni signalé, ni expliqué. Rappelons qu’il y avait dans chaque délibération du Budget prévisionnel depuis des années un tableau synthétique en début de document qui montrait l’évolution des principaux soldes financiers de la ville par rapport à l’année précédente. Ce tableau est carrément supprimé. Pour qu’on ne voit pas l’évolution, ou plutôt la chute ? 

La dette : 

Elle semble maîtrisée mais c’est parce que la ville investit moins. L’encours de la dette totale s’établit à  382 M€ fin 2018, en légère baisse par rapport à 2017 (397,3 M€). Mais elle reste supérieure à la moyenne de la strate : 1669€ par habitant (contre 1175€ en moyenne dans les grandes villes) en 2017.

L’investissement : 

En 2019 : reprise de l’investissement à 84 M€.

L’investissement est revu à la hausse grâce à l’exécution 2018 mais aussi et surtout au vue de l’approche des élections. On est dans le traditionnel cycle électoral : on augmente les dépenses d’investissement juste avant les élections.

La politique éducative : 

L’éducation est dite prioritaire dans ce budget, avec plus de 87 M€. Pourtant, dans le débat d’orientation budgétaire, on évoque juste la conversion du dispositif des “Nouvelles Activités Périscolaires” (abandonnées à la rentrée 2018 dans le cadre du retour aux 4 jours d’école) en 1200 « clubs » (activités) pour les enfants, les midis et après midi d’école, et les mercredis. 

Pour quel coût ? 

Avec quel niveau de satisfaction des intéressés, 

Avec quelle co construction en amont, avec les familles et les associations ? 

Quelle est l’économie résiduelle (les NAP coûtaient de l’ordre de 3M€ / an, pour moitié financées par la ville). 

Quid du financement d’actions plus ciblées, contre le décrochage scolaire ou le harcèlement.  

Quid du financement d’activités le samedi matin, désormais libéré ? Les parents lillois comme les acteurs associatifs qui proposent loisirs et/ou soutien scolaire sur tous les temps extrascolaires de la semaine sont en droit d’obtenir plus d’explications sur cette réallocations des ressources. 

2/ Les subventions aux associations :

Dans les documents budgétaires, elles sont maintenues à un niveau comparable à celui du BP 2018, autour de 27 M€. Mais derrière cette stabilité, une analyse fine décèle une stratégie insuffisamment orientée sur les besoins des quartiers lillois.  

Lille C s’est penché sur la délibération de subvention aux associations culturelles (9,5 M€) : un tableau avec une introduction qui ne donne aucune clef sur les critères de reconductions, augmentations, baisses ou absence de subvention. Elle ne motive pas non plus pourquoi certaines structures ont la totalité de ce qu’elles demandent et d’autres non. 

Dans cette délibération, il y a 55 structures subventionnées. On peut s’étonner que  83% du budget soit réservé à 4 structures (Opéra, Théâtre du Nord, Lille3000 et Orchestre de Lille). 17% du budget seulement est réservé à 51 structures restantes. 

LILLE 3000 prend à elle seule 28% du budget (près d’1/3 du budget total), ce qui semble bien disproportionné au regard des besoins des territoires. 

La plupart des subventions sont stables entre 2018 et 2019 (41 structures stables sans baisse ni augmentation / 2018) mais il faut noter que 29 structures, parmi les plus modestes, n’ont pas eu l’aide demandée pour 2019. De vrais besoins, pourtant évalués, pour fonctionner et agir la plupart du temps en direct avec les habitants des quartiers.

On voit donc bien que la hausse de la subvention à Lille 3000 de 400 K€ décidée en 2017 (passant la subvention de 2,3 M€ à 2,7 M€) est financée  par du non-soutien à de plus petites associations. 

Que pèse une augmentation de 1000 € d’une association de quartier, par rapport aux 400 K€ en plus pour Lille3000 en 2017, 2018 et encore en 2019 ?

Cette politique ne permet pas non plus d’accompagner de nouveaux projets, ou de renforcer les petites structures en étroite proximité avec les besoins.

Pour maîtriser les dépenses de subvention, une démarche de co-construction de critères objectifs, et d’évaluation des actions, pourrait être mise en place, garantie d’équité et de transparence, une transparence du financement des associations qui fait cruellement défaut aujourd’hui.

Violette Spillebout 

Pour le Collectif LilleC

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