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Accueil des réfugiés

Mme le Maire, chers collègues, nous avons montré ce soir, contrairement à vos déclarations, que nous aussi, nous aimons notre ville, que nous savons être positifs sur les actions qui avancent, mais aussi, ne vous en déplaise, que nous sommes critiques sur une douzaine de délibérations parmi les 139 qui passent ce soir en Conseil Municipal.

Nous représentons des Lillois qui oui, n’ont pas voté pour vous et ne sont pas satisfaits de votre politique, je vous demande donc de respecter nos prises de positions. Si nous arrivons tardivement à la fin de ce Conseil Municipal, il me semble que c’est plutôt lié aux 1H45 de communications diverses en début de Conseil, qu’à la qualité du débat ou à la longueur de nos interventions.

Dans cette délibération, la Ville de Lille s’engage auprès d’associations qui organisent des maraudes en période hivernale, période particulièrement difficile pour les populations les plus fragiles et qui accompagnent les Lillois pour s’abriter, se nourrir, se soigner, être écoutés et accéder à leurs droits. Bien entendu, le groupe Faire Respirer Lille votera cette délibération.

Lors de votre point presse de rentrée, Mme Aubry, puis ce soir dans vos communications, vous avez justement indiqué que la ville est prête à accueillir des jeunes migrants se trouvant sur l’île grecque où un incendie a ravagé un gigantesque camp. 

C’est louable, mais, à l’occasion de cette délibération sur l’accueil d’urgence, et de vos annonces dans la presse Mme Aubry, je voudrais ce soir que collectivement, nous nous souvenions de l’évacuation du camp du Cinq Étoiles. Un squat à Moulins, de quelques 200 migrants et réfugiés, évacués le 4 juin 2019 . Pendant plus d’un an et demi, le « 5 étoiles » a défrayé la chronique tant les conditions de survie étaient précaires. Durant des mois, il n’y avait ainsi pas eu d’eau potable, ni commodités d’hygiène de base. 

Ces événements ne nous ont pas laissés indifférents, et on ne peut oublier, quand vous indiquez vouloir accueillir des migrants à nouveau à Lille, que la Ville de Lille n’a toujours pas engagé les actions fortes à la hauteur de l’enjeu. 

Les grandes métropoles françaises sont toutes confrontées depuis quelques années à des afflux de migrants, et à la réapparition de bidonvilles et de squats, (avec souvent l’occupation illégale de locaux). A Lille en particulier, nous avons connu de nombreux “campements” sauvages, au Vieux Lille, à Lille Sud, à Hellemmes, à Fives, à Saint-Sauveur, et les évacuations successives déplacent le problème sans le régler. 

Le sujet a souvent, au fur et à mesure des années, été traité avec défiance par les politiques, qui se rejetaient la balle, s’accusaient les uns les autres, soit de ne rien faire, soit d’en faire trop. Il a fait souvent débat entre les élus de la majorité à Lille, comme de l’opposition. 

Des expérimentations ont été tentées, comme celles des villages d’insertion pour les familles Roms, avec un engagement fort à l’époque de la Mairie de Lille, et de Frédéric Marchand en particulier, Maire d’Hellemmes, et de Nicolas Lebas, Maire de Faches-Thumesnil. Mais depuis cette époque, les situations sont restées identiques ou ont empiré sans inflexion majeure provoquée par l’action publique. Les associations elles, sont sans relâche restées investies auprès de tous les publics fragilisés.

Force est de constater que la situation s’aggrave partout et s’aggravera encore, et que les capacités d’hébergement sont insuffisantes, en dépit des efforts de tous les gouvernements successifs, et en dépit des budgets multipliés par 4 en 10 ans, qui représentent aujourd’hui 2 milliards d’euros pour l’hébergement d’urgence au sens large en France.

Rappelons aussi qu’à Lille comme en France, toutes les personnes en situation de vulnérabilité doivent être protégées. Nous devons porter une attention particulière à ces personnes, quelle que soit leur nationalité ou leur origine. Personne et nous disons personne, ne doit être stigmatisé et ne doit vivre dans une situation indigne.

Pour nous, il est de la responsabilité de tous les Lillois de se sentir concernés et de la Ville de Lille d’agir fortement. Nous vous demandons, au-delà des annonces et des coups de communication, de prendre des décisions rapides, durables et courageuses sur les modalités d’accueil des demandeurs d’asiles et des réfugiés dans notre Ville de Lille.

Il y a urgence, Mme Aubry, à mobiliser vos partenaires, la MEL et le Département, pour construire et signer au plus vite, le Contrat métropolitain d’accueil et d’intégration des réfugiés, proposition que nous vous avions faite en juin 2019 il y a 1 an et demi ! Car enfin mes chers collègues, notre Métropole n’est-elle pas d’abord une communauté humaine avant d’être une communauté urbaine ?

Je sais que les contacts avancent en ce sens avec la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des Réfugiés, mais Lille ne va quand même pas être la dernière de la classe après une vingtaine de grandes villes qui ont déjà signé comme Nantes, Dijon, Rennes et Lyon ! 

Lorsque, Mme Aubry, vous avez appelé votre ami Jean-René Lecerf récemment au sujet de l’accueil des enfants de l’île de Lesbos, lui avez-vous aussi demandé de déposer plainte, comme l’ont fait les autres présidents de départements en France, contre les propos ignobles d’Eric Zemmour sur les mineurs migrants isolés ? Car dans ces propos d’Eric Zemmour, ce sont non-seulement leur dignité qui est remise en cause, mais également le travail des services des départements et de l’exceptionnel tissu associatif. 

Nous, Lillois, ne pouvons tolérer de tels propos, qui portent atteinte à notre République ! 

Face à la détresse de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, face aux enjeux sanitaires et éducatifs criants, il n’est pas envisageable que Lille perde encore des mois et des années avant de prendre ses responsabilités et sa part dans ce qui devient une injustice insupportable dans toutes les grandes villes françaises.

Je vous remercie.

Violette Spillebout