
Le 25 juin dernier, La Revue des médias (Magazine de l’INA) publiait un article consacré aux enregistrements réalisés à l’insu des journalistes par leurs interviewés. Mon nom y apparaît, associé à des affirmations inexactes de Jacques Trentesaux, sans qu’aucune vérification n’ait été faite. Je réponds ici, immédiatement et point par point, parce que je ne laisse plus passer les contre-vérités qui me concernent. C’est une question de principe, et c’est aussi, plus largement, une question de dignité des femmes en politique. J’avais été sollicitée par le journaliste, Noé Megel. J’ai décliné, non pour fuir le débat, mais parce que je considérais que c’était derrière moi. Ce choix n’a manifestement pas suffi à garantir un traitement rigoureux. Je le corrige donc maintenant, sans détour.
Une affaire présentée sans contradictoire, et hors sujet
Il y a des journalistes à qui l’on répond en toute confiance, parce qu’on les sait professionnels, droits et respectueux : respectueux de la personne qu’ils interrogent, mais d’abord respectueux d’eux-mêmes, parce qu’ils respectent une déontologie élémentaire. Et il y a des journalistes à qui l’on choisit de ne répondre que par écrit, par mail ou par SMS, ou en gardant une trace de l’échange, parce qu’on ne leur fait aucune confiance, et qu’on sait qu’ils sont capables de tout pour faire coller la réalité à leur article, ou simplement pour faire du buzz. Jacques Trentesaux appartient, à mes yeux, à cette seconde catégorie. Ses affirmations, une nouvelle fois inexactes, dans les colonnes de La Revue des médias, viennent une fois de plus le confirmer.
Mon silence a été traité comme une simple ligne de politesse journalistique : « Sollicitée, Violette Spillebout n’a pas souhaité rouvrir cette affaire, qu’elle considère « derrière elle » », avant de laisser la parole, sans aucune contradiction, à Jacques Trentesaux, qui affirme que j’aurais enregistré « toutes nos conversations depuis le début » de nos échanges. C’est faux : je ne l’ai enregistré qu’une seule fois, le 12 mars 2020, lors d’un rendez-vous que j’avais moi-même sollicité non pas pour répondre à une quelconque demande d’interview, mais après lui avoir déjà demandé, par écrit, de cesser de diffuser les rumeurs qu’il colportait sur ma vie privée depuis de nombreux mois. Il ne s’agissait donc absolument pas d’une interview. Jacques Trentesaux savait donc parfaitement ce dont il serait question. J’ai posé mon téléphone sur la table, en présence de ma directrice de campagne, avant que la conversation ne commence, à visage découvert, en toute transparence. Ce n’était pas un piège. C’était l’unique moyen de garder une trace de ce qu’un homme, qui se disait agir en journaliste, était prêt à admettre en face, en se racontant à lui-même des histoires inventées de toutes pièces.
Cette précision n’a rien d’anecdotique dans un article qui traite précisément du consentement à l’enregistrement. On ne peut pas dénoncer les pratiques d’enregistrement clandestin d’interviews, en citant, sans vérification, l’exemple d’une femme qui a agi,en dehors de toute interview, pour se défendre d’un harcèlement devant le tribunal.
Qui a réellement propagé quoi ?
Noé Megel écrit que « le journaliste tente d’y voir plus clair mais est accusé par la future députée Renaissance d’avoir voulu propager ces « on-dit » pour la décrédibiliser ». Cette phrase inverse purement et simplement les rôles, et je le rétablis : dans mon premier livre, je documente longuement la façon dont Jacques Trentesaux a été l’un des principaux vecteurs de cette rumeur, pas un enquêteur circonspect qui « tente d’y voir clair ».
Il ne s’est d’ailleurs jamais adressé directement à moi en premier lieu. Il a harcelé, pendant des mois, les membres de mon équipe de campagne, sur un ton cru et graveleux, allant jusqu’à employer le mot « pornographique » et à affirmer détenir des photographies me concernant, avant d’admettre, acculé, qu’il ne les détenait pas mais qu’on les lui avait « promises ». Photos qui n’ont d’ailleurs jamais existé autrement que dans son imagination. Ma directrice de campagne a été directement visée par ces entretiens intrusifs. Ma responsable communication, qu’il a rencontrée à Paris pour un entretien censé porter sur la campagne municipale, a vu la conversation entièrement dériver vers ces mêmes insinuations sexuelles, au point d’en attester par écrit elle aussi dans le procès que je lui ferais plus tard. Le 29 avril 2020, après que j’ai décidé de ne plus lui répondre, il m’a lui-même laissé un message vocal sans équivoque : « Ce n’est pas dans votre intérêt de ne pas me répondre, ça finira par se savoir et ça se retournera contre vous… », ajoutant qu’il maintenait ses enquêtes « tous azimuts » à mon sujet. Voilà ce que fut, dans les faits, cette prétendue tentative « d’y voir plus clair ».
Je le rappelle aussi avec ses propres mots : à l’origine de cette affaire ne se trouve aucune rumeur spontanée. Jacques Trentesaux a lui-même écrit, dans un article de Médiacités du 29 mai 2020, que Martine Aubry, alors en froid avec sa rédaction depuis de longs mois, l’avait « joint spontanément par téléphone » dès qu’elle avait appris qu’il enquêtait sur moi, en lui indiquant avoir « décidé d’être plus gentille » avec lui. Cette campagne de rumeurs trouve son origine, je le sais, de la bouche de Martine Aubry elle-même, dont les méthodes à l’égard de ses adversaires politiques ont, à plusieurs reprises, été rapportées par la presse. Jacques Trentesaux n’en est, à mes yeux, pas l’instigateur principal, mais il en a été l’instrument zélé. Il y a certainement vu une opportunité de faire du clic sur le média qu’il avait fondé et qui se trouvait en grande difficulté. Une réalité que l’article de La Revue des médias occulte entièrement.
Ce mécanisme n’est pas propre à Lille, et la justice sait parfois le nommer clairement. Dans l’affaire qui a visé les députés Raquel Garrido et Alexis Corbière ( une fausse accusation d’emploi d’une femme de ménage sans papiers, fabriquée par l’entourage de leur adversaire politique Jean-Christophe Lagarde et publiée par Le Point en 2022 ), le tribunal correctionnel de Paris a condamné, en mai 2025, le journaliste Aziz Zemouri pour complicité de diffamation et le directeur de la publication du magazine, Étienne Gernelle, pour diffamation. Jean-Christophe Lagarde, lui, n’a pas encore été jugé sur le fond, mais le parquet a requis en mai 2026 son renvoi en procès pour escroquerie en bande organisée. Le mécanisme y est étonnamment similaire au mien : un élu qui orchestre une fausse information pour salir un adversaire, un journaliste qui la publie sans la vérifier suffisamment. Mais le résultat judiciaire, lui, a été inverse. Dans mon dossier, le journaliste a été relaxé en première instance, suite à ma tentative de faire cesser ses agissements, portant atteinte à ma dignité de femme et à mon action politique.
Rien à voir avec une procédure-baillon
Autre affirmation laissée sans contradicteur : Jacques Trentesaux « dénonce une procédure-bâillon ». C’est un terme grave, réservé en principe à ces multinationales qui utilisent la justice pour étouffer des lanceurs d’alerte ou des ONG. Or la cour d’appel de Douai, dans son arrêt du 29 août 2024, a expressément écarté cette qualification et débouté Jacques Trentesaux de l’ensemble de ses demandes indemnitaires fondées sur cet argument. Les juges ont au contraire jugé que j’étais pleinement légitime à me défendre en justice, précisant que je ne pouvais « être considérée comme ayant agi de mauvaise foi ou de manière téméraire ». Le laisser affirmer l’inverse, sans le moindre rappel des faits, relève de la désinformation que ce même média prétend combattre.
Je ne cache pas non plus le résultat décevant de ce procès : la relaxe pénale de Jacques Trentesaux n’a pas été remise en cause en appel, dans le cadre contraint d’une citation directe qui ne permettait pas de rejuger certains éléments. Mais entre ne pas avoir obtenu gain de cause sur le fond et avoir été reconnue coupable d’une manœuvre judiciaire abusive, il y a un monde ; un monde que cet article a effacé d’un trait de plume, en laissant le principal intéressé écrire sa propre histoire, sans que quiconque n’aille consulter un arrêt pourtant public.
Une déontologie à sens unique
Jacques Trentesaux invoque, dans cet article, la déontologie pour justifier son indignation face à mon enregistrement. Le mot mérite qu’on s’y arrête, venant de lui. C’est le même homme qui, en septembre 2024, a publié lui-même un article sur son propre procès, en parlant de lui à la troisième personne, sous un titre aussi mesuré que « La raclée judiciaire de Violette Spillebout ». Le minimum déontologique aurait été de confier ce sujet à un confrère non partie à l’affaire ; il a préféré se juger lui-même par voie de presse. Lorsque j’ai fait valoir mon droit de réponse, Mediapart l’a publié intégralement et en accès libre ; Médiacités, le média qu’il dirige, l’a relégué en commentaire, sous forme de PDF non partageable, et ainsi soigneusement dissimulé. Un autre journaliste lillois qui a suivi cette affaire de bout en bout, y compris le procès, a résumé la situation dans un article au titre sans ambiguïté : « Les drôles de petits secrets de « pervers pépère » » (DailyNord, juin 2023). Je laisse chacun apprécier qui, de nous deux, a le plus à apprendre en matière de déontologie.
Un principe, pas un règlement de comptes
Je ne rouvre pas ici une affaire personnelle : je pose un principe, celui que je défends aussi dans mon travail parlementaire sur la désinformation et la déontologie journalistique.
C’est aussi, plus largement, une question qui dépasse mon cas : les femmes en politique restent trop souvent celles dont la parole est mise en doute par défaut, et celle de leurs accusateurs prise pour argent comptant. Je le dis clairement : je répondrai désormais, systématiquement et sans délai, à toute affirmation inexacte me concernant. Je ne demande pas qu’on me donne raison sur tout. Je demande qu’on cite les faits établis quand ils existent (un arrêt de cour d’appel, ce n’est pas une opinion) et qu’on n’accorde pas à celui qui parle le premier le privilège de la vérité par défaut.

Violette Spillebout
Députée du Nord
Références citées :
- L’Autre Mur / Chapitre 4 « Mon droit à la dignité » : https://vspillebout.fr/livres/lautre-mur/mon-droit-a-la-dignite/
- Faire Respirer Lille / Chapitre 6 « L’intégrité et la dignité » : https://vspillebout.fr/livres/faire-respirer-lille/lintegrite-et-la-dignite/
- DailyNord, « Les drôles de petits secrets de « pervers pépère » » (juin 2023) : https://vspillebout.fr/2023/06/dailynord-les-droles-de-petits-secrets-de-pervers-pepere/
- La revue des médias du 25/06/2026 : « Elle enregistrait toutes nos conversations depuis le début » : des journalistes « piégés » par leurs interviewés






