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Gestion des parkings, il est temps de taper du poing sur la table

Les parkings Indigo de la Grand-Place et du Vieux-Lille ne rapportent que des miettes à la ville de Lille, des exemples d’autres villes et même à la MEL permettent des rentrées bien supérieures ;Il est tout à fait possible et souhaitable de renégocier le contrat de très longue durée ;L’argent économisé pourrait être notamment réaffecté au stationnement des vélos.

Violette Spillebout

Délibération sur les rapports d’activité 2019 du concessionnaire Indigo, intervention de Violette Spillebout.

Madame le maire, chers collègues,

La délibération nous invite à valider le rapport d’activité du concessionnaire pour la gestion de deux parcs de stationnement qui appartiennent à la ville de Lille, Grand Place et Vieux Lille, qui appelle quelques étonnements.

On pourra d’abord s’étonner de ce fait, puisque la compétence de gestion des « parcs de stationnement » est métropolitaine depuis 1968, et que les contrats ont été signés par la ville en 1988 et 1994.

On pourra ensuite s’étonner de la longueur des contrats, qui portent sur une durée de 50 ans, puisqu’ils durent respectivement jusqu’en 2049 et 2054, alors que la loi Sapin, entrée en vigueur en 1993, limite cette durée à 20 ans.

Le but de ce type de contrat est de faire prendre en charge l’investissement du parc par un promoteur privé, en lui accordant une garantie de durée d’exploitation lui permettant un retour raisonnable sur investissement, tout en reversant une partie des revenus à la ville.

La ville de Lille touche ainsi 7% du chiffre d’affaires annuel, soit un montant respectif cette année de 133.504€ pour le parking Grand Place, et 65.843€ pour le parking Vieux Lille.

Or, ces chiffres ne sont que des miettes. 

On ajoutera que ce type de contrat ne permet pas à la ville de maîtriser la politique tarifaire : la diapo 9 indique ainsi à propos des tarifs que « le concessionnaire a décidé de » les modifier.

Et oui, un contrat de 50 ans laisse le concessionnaire libre de sa tarification, sans que la ville ne puisse agir. 

Et l’objet de la tarification dynamique présentée semble surtout être de flatter ses bénéfices, avec un tarif qui monte en journée à 2,80€ de l’heure, alors que la moyenne des parcs de la ville est de l’ordre de 2€. 

Et en effet, les bénéfices annoncés par l’opérateur restent très confortables, même si l’année 2019 n’a pas été la meilleure (et que sera 2020…).

Le rapport indique ainsi (p41) un bénéfice de 783.538€ pour Grand Place. Dont 133.504€ pour la ville. Soit 650.000€ pour Indigo, et des miettes pour la ville.

Pour Vieux Lille (p39), 377.415€ de bénéfice, dont 65.843€ pour la ville, soit plus de 310.000€ pour Indigo.

Au total des 2 parkings, le concessionnaire garde 83% du bénéfice soit environ 1 million d’euros par an et la ville se contente de 17%, soit moins de 200 000 euros.

Des miettes. 

Si on raisonne en cumul et dans les grandes masses depuis le début des contrats, c’est encore plus impressionnant : à raison de 1.000.000€ de bénéfice environ pour 2019, qui n’était pas une bonne année, nous en sommes, depuis le début des contrats en 1988 et 1994, à environ 30 millions d’euros de bénéfices pour l’exploitant.

30 millions d’euros, ça donne le vertige !

Et, jusqu’à la fin du contrat, il en reste autant. 60 millions d’euros en tout pour l’exploitant, et des miettes à la ville. Ce n’est pas acceptable !

Autant vous dire que vu les sommes en jeu, les parkings Grand Place et Vieux Lille ont déjà été payés plusieurs fois chacun quoi qu’en dise le contrat. Et que cet argent n’est pas allé dans la poche des Lillois pour financer des projets.

Il nous semble dès lors, Mme le Maire, que nous sommes au-delà de la durée raisonnable contractuelle, et qu’il est temps de taper du poing sur la table.

La jurisprudence permet de casser ces contrats de très longue durée, et de les renégocier pour un partage correct des bénéfices au profit des citoyens lillois. 

Vous nous direz qu’il y aura des indemnités pour le délégataire ? Soit, calculons les, présentez les chiffres au conseil municipal, et laissez-nous juger si la commune sera gagnante, ce dont nous sommes persuadés. 

Sachez quand même que le Conseil d’Etat débat sur la notion de “profits excessifs” d’un délégataire, et qu’il est même possible que ce soit au concessionnaire de reverser des indemnités à la ville…

Vous nous direz ensuite que la gestion de ce parking ne sera plus de notre compétence, et que c’est avec la MEL qu’il faudra négocier ? Nous pensons que, étant donné que vous êtes dans la majorité métropolitaine, il sera sans doute plus simple pour vous de renégocier un transfert de parking avantageux pour la ville de Lille avec la MEL, que renégocier un contrat avec Indigo ou tout autre gestionnaire privé.

On notera d’ailleurs que la MEL semble meilleure gestionnaire que la ville : pour la gestion des parkings Opéra, République, et Nouveau Siècle, dans le même secteur donc que les parkings soi-disant gérés par la ville, la MEL touche 3,5M€ pour un chiffre d’affaire de 5,5M€, soit 63% et non pas 7% comme vous nous le proposez, et l’exploitant n’y fait pas de bénéfice, alors qu’il en prend 83% chez nous, à notre détriment, c’est dans le rapport d’activité qui sera proposé prochainement au conseil métropolitain.

Regardons ailleurs : à Metz, 1,2M€ pour la ville, 170.000€ pour l’exploitant qui n’y prend que 15% des bénéfices, sachant que c’est l’exploitant qui prend les risques (bien utile en ces temps de COVID et de parkings vides). A Grenoble, sur l’ensemble des parkings, c’est 200.000 euros de marge de l’exploitant, pour 4,2 millions reversés à la Métropole, soit 95% des bénéfices reversés à la Métropole. Et on pourrait multiplier les exemples.

Alors le sujet n’est pas que de l’argent, mais de ce qu’on pourrait en faire, et, dans un esprit constructif, nous avons des propositions : 

  • piétonnisons le centre de manière pérenne, et offrons des abonnements moins chers pour offrir une solution aux riverains. 
  • Transformons une partie du parking Grand Place en un parking pour les vélos, c’était d’ailleurs dans le programme Faire Respirer Lille, puisque nous y proposions 500 places. 
  • Parking de l’Esplanade gratuit + navettes pour faire revenir dans nos commerces les métropolitains Navettes oui même si  l’esplanade  est très proche du Vieux Lille et d’une partie du centre. La gratuité me semble impossible( il y a un contrat de concession récent) .Et faut il favoriser l’accès véhicules par la gratuité aussi près du centre? Je propose de ne  pas retenir cette proposition sans l’avoir approfondie
  • Ou utilisons l’argent pour investir massivement dans le stationnement vélo : la demande des lillois pour les box par exemple est forte, mais les budgets visiblement insuffisants pour y répondre. Passons du budget participatif à une politique municipale plus significative en la matière, en améliorant le service et l’entretien!

C’est pour l’ensemble de ces raisons, que nous décidons de nous abstenir pour le vote de ce rapport, qui, en soi, n’est qu’un révélateur de l’impéritie de la ville, en vous demandant d’agir au plus vite pour retrouver une maîtrise des bénéfices des parkings lillois.

Je vous remercie

Violette Spillebout

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