CONTRIBUTION

Lettre aux Lilloises et aux Lillois

Chère Lilloise, Cher Lillois,

Lilloise depuis 35 ans, j’ai décidé de me porter candidate à la Mairie de Lille pour les élections municipales de 2020.  Cette candidature est l’aboutissement à la fois de mon engagement depuis des années pour Lille, et d’une dynamique citoyenne lancée depuis maintenant un an au sein du Collectif Lille C.

C’est aussi une décision très personnelle, intime, tant la responsabilité et le challenge sont importants ; une décision partagée avec ma famille et mes amis tant leur soutien est fondamental.

Bien sûr de belles et grandes choses ont été accomplies ces trente dernières années à Lille.

Mais que ce soit dans leur quotidien (propreté, circulation, sécurité, …), ou face aux enjeux écologiques, économiques ou sociaux pour Lille, beaucoup de Lilloises et de Lillois partagent les mêmes attentes :

  • Lille a besoin d’une nouvelle impulsion, porteuse de solutions concrètes et innovantes pour ses habitants comme pour ceux qui viennent y travailler ou s’y promener.
  • Lille a besoin d’une nouvelle vision qui redonne du sens et de la cohérence à l’ensemble des décisions qui feront sa transformation urbaine et sociale.
  • Lille a besoin d’une nouvelle ambition qui la replace au niveau que devrait être celui de la ville-centre d’une des 5 plus grandes métropoles du pays, dans le peloton de tête des métropoles européennes.

Il est urgent de sortir des discours d’autosatisfaction permanente : ce n’est pas dénigrer sa ville que de faire acte de lucidité. 

C’est mon engagement premier : regarder les difficultés en face, avec humilité et détermination.

Il est tout aussi urgent de sortir de la pensée unique et des positions “clivantes” : notre société, le monde,  sont suffisamment violents et durs pour que celles et ceux qui président aux destinées collectives s’emploient à rassembler, à créer du consensus et à miser sur l’intelligence collective. 

Ce n’est pas faire acte de faiblesse que de rassembler le plus largement possible, au-delà des positions partisanes. Ce n’est pas faire acte d’incompétence que de s’appuyer sur l’expertise des citoyens. 

C’est un autre de mes engagements fondateurs : réunir autour de moi les talents de Lille, dans toute leur diversité, et les porter à la gouvernance de la ville. Ces talents, je les veux acteurs de l’avenir que nous allons co-construire pour Lille.

L’heure est à l’élaboration du projet, fruit du travail de fond et participatif que nous avons commencé avec le collectif Lille C et les Lillois, et que nous poursuivrons en 2019. Plus de 20 réunions publiques se sont déjà tenues, de nombreux citoyens répondent à notre premier questionnaire en ligne. Nous proposerons tout au long de ce premier semestre de nouveaux outils et de nouvelles rencontres pour mieux comprendre la situation de notre ville et trouver ensemble les meilleures solutions aux problèmes des habitants.

Je souhaite d’ores et déjà porter au débat et à cette co-construction, 5 priorités pour Lille :

  • 1. L’environnement, parce que c’est une question de santé, de qualité de vie et d’équité sociale. Pour la planète il n’y a pas de plan B. Pour Lille non plus. Concourir au Label Capitale Verte, pourquoi pas, mais il y a urgence à sortir du triste record détenu par Lille avec ses 60 jours annuels de pic de pollution au lieu des 3 tolérés par l’OMS. Nous proposons d’augmenter de 20% les espaces de nature à Lille, en replantant nos places et nos avenues,  en créant “le Central Park lillois” sur le site Saint-Sauveur.Nous proposons de réorganiser en profondeur la vitesse automobile en ville.  Parce que Lille est considérée par tous, riverains comme touristes, comme une ville sale, nos actions se concentreront aussi sur notre environnement de proximité, avec la propreté. Nous proposons de remettre à plat les modalités, jours et horaires de ramassage des ordures pour les habitants comme pour les commerçants, et de créer une équipe d’intervention rapide. Nous travaillerons également au développement de nouvelles pratiques de recyclage pour réduire la production de déchets dans la ville. A l’instar de Roubaix, Lille doit devenir une ville zéro déchets. Nous proposons aussi un plan “Toilettes publiques” dans tous les quartiers.
  • 2. La mobilité, parce que c’est l’accès au travail, à l’école, aux loisirs, aux commerces, aux amis, à la famille… et que c’est aussi un enjeu écologique. Il nous faudra sortir des demi-mesures, des non choix et des décisions incomprises, qui font aujourd’hui l’unanimité contre eux. Ils “embolisent” la circulation routière et mettent en danger les vélos comme les piétons.Nous proposons de remettre à plat le plan de circulation, de construire des parkings relais abordables, bien placés, en nombre suffisant, de créer de nouvelles pistes cyclables sécurisées, de déployer le Tram entre les quartiers et le centre-ville, et de mettre en place la gratuité des transports en commun en horaires décalés pour les Lillois. Ces choix forts permettront d’envisager sereinement la piétonisation de l’hypercentre.
  • 3. La sécurité, parce que c’est un droit inaliénable pour chacun (article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme). L’explosion de la criminalité à Lille réclame d’agir non plus par idéologie  mais avec le seul souci de l’efficacité. Nous proposons de créer une nouvelle Police Municipale de Sécurité du Quotidien, mieux reconnue et plus respectée et de doubler le nombre d’agents. Il faudra lui dédier un hôtel de police municipale, lui donner de nouveaux moyens avec une coopération renforcée des polices, une vidéo-protection déployée sur l’ensemble de la ville et des brigades efficaces : brigade nocturne, brigade canine, police montée, brigade VTT. Nous proposons que nos policiers municipaux puissent être formés en lien étroit avec la Police Nationale, et dès lors, qu’ils puissent être armés et équipés comme dans beaucoup d’autres grandes villes françaises. Mais la réponse n’est pas que sécuritaire et nous proposons aussi de renforcer les associations de prévention spécialisée comme les associations éducatives, sportives et culturelles.
  • 4. La solidarité, parce qu’un quart des lillois vit sous le seuil de pauvreté, et que 6 des 10 quartiers lillois sont en “zone prioritaire de la Politique de la Ville”. Je ne me résous ni au fatalisme, ni aux postures rejetant la responsabilité sur le Département ou l’Etat, et encore moins aux recettes actuelles qui n’offrent aux habitants de nos quartiers que l’immobilisme. Les habitants ont besoin de considération et de respect, ils ont besoin de devenir acteurs de leur avenir.Cessons de penser et d’agir à la place des habitants, associons-les vraiment à la construction des solutions. Pour développer cette solidarité active, nous proposons la création dans chaque quartier de tiers-lieux de proximité, sur la base des actuelles Mairies de quartier et Maisons Folies : il s’agira de nouveaux espaces de service public, de lien social, de co-working, d’entrepreneuriat et de créativité numérique. Ma conviction est que nous ne résoudrons les inégalités sociales, à Lille comme ailleurs, que par l’émancipation en donnant à chacun la capacité de maîtriser son destin. Et c’est d’abord à l’école que tout se joue : nos actions devront être plus ambitieuses et innovantes en lien étroit avec les enseignants, les personnels municipaux des écoles, et les parents. Nous proposons un plan inédit de soutien scolaire et d’accès à la culture pour les enfants et les jeunes.
  • 5. L’attractivité, parce que notre ville perd des habitants chaque année, et que la croissance de l’emploi privé y est bien en dessous des grandes métropoles françaises. Même si Lille dispose de pôles économiques dynamiques comme Euratechnologies, Eurasanté, ou Euralille, et de grands évènements culturels et sportifs, elle a besoin de redevenir véritablement accueillante et rayonnante. Au-delà des sujets de mobilité, de propreté, et de logement, qui sont les bases indispensables à l’arrivée de nouveaux habitants et de nouvelles entreprises, nous proposons d’anticiper les mutations sociales et urbaines en lançant une dynamique de “Human Smart City” : ville connectée, ouverte à l’innovation et à l’hyper-mobilité, portée par une e-administration au service de la création d’activité. Nous devons aussi mettre au coeur de nos préoccupations la vitalité de nos commerces de proximité, de nos artisans, et de nos petites entreprises, avec un soutien particulier à la transmission. L’expérience récente, avec la perte de l’Agence du Médicament, a démontré que Lille manque d’une vision internationale. Nous proposons de créer d’un pôle d’accueil international avec un grand Lycée international, pour faciliter l’installation des talents étrangers et la scolarisation de  leurs enfants. Dans quelques années, plus de la moitié des métiers seront nouveaux. Nous proposons aussi de créer les conditions d’un partenariat fort avec les universités, grandes écoles, pôles de recherche, entreprises et industriels, pour former les habitants aux métiers de demain, combattre la fracture numérique, et préparer les compétences dont aura besoin demain notre territoire.

Enfin, l’accessibilité sera la grande cause du prochain mandat, si vous m’accordez votre confiance en 2020. 

C’est un sujet qui me tient particulièrement à coeur et auquel j’ai été personnellement confrontée.  

L’accessibilité, nous la devons bien sûr aux personnes en situation de handicap, mais aussi aux personnes à mobilité réduite, temporairement ou durablement, aux parents qui se déplacent avec une poussette, aux enfants qui doivent avoir une vraie place dans la ville, aux seniors qui parfois perdent en autonomie, aux jeunes qui par illettrisme ou “illectronisme” sont éloignés de leurs droits. L’accessibilité doit être l’affaire de tous, partout : des administrations, des entreprises, des commerces, des espaces publics, des transports, des écoles, des lieux de loisirs et des logements.

Je veux en faire une grande cause pour Lille car penser accessibilité, c’est, au-delà de la question du respect des normes, un changement  profond. C’est penser la ville du point de vue des plus fragiles, c’est penser à un meilleur avenir pour chacun, c’est accompagner nos habitants à anticiper les mutations de leur situation et de leur environnement dans les années à venir. C’est agir concrètement pour une société plus inclusive, pour une ville plus juste.


Vous le constatez, notre projet proposera des solutions fortes, innovantes et claires aux problématiques lilloises. Elles imposeront des transformations profondes et une nouvelle méthode.

Je m’engage à créer systématiquement les conditions non seulement d’association des citoyens et de concertation avec les acteurs socio-économiques concernés, mais aussi celles d’une transition douce, accompagnée, vers ces changements importants. 

Je sais pouvoir compter sur les compétences et l’engagement des 4500 agents municipaux lillois, sur lesquels s’appuiera la mise en oeuvre des politiques municipales. Je suis convaincue qu’eux aussi ont besoin de retrouver du sens dans leur action quotidienne et de redevenir des acteurs considérés et respectés, des acteurs de l’avenir de leur ville. 

Il est temps, là aussi, de porter une vision rénovée de la démocratie participative, une vision qui ne soit pas frileuse des avis divergents, une vision qui ne serve pas d’alibi à des décisions déjà entérinées : la Mairie actuelle impose, les Lillois disposent. Plan de circulation, rythmes scolaires, friche Saint-Sauveur, modèle culturel de Lille3000… Les bonnes idées ne sont rien sans l’adhésion du plus grand nombre. 

C’est pourquoi je souhaite porter à Lille une nouvelle ambition en matière de démocratie locale, celle d’une démocratie ouverte, fondée sur la transparence, la collaboration et la participation. 

Nous ferons là encore des propositions innovantes, s’inspirant de ce qui fonctionne en France et dans le monde, à commencer par la création d’un Parlement Citoyen Lillois, qui donnera la parole à des habitants tirés au sort, des représentants associatifs et syndicaux, mais aussi aux professions libérales, commerçants, et PME… Pour ce faire, je m’appuierai sur l’expérience des membres du Conseil Communal de Concertation. 

Enfin, notre collectif Lille C réunit déjà nombre de Lilloises et de Lillois engagés, de tous horizons. Pour certains, c’est le premier engagement politique, alors que d’autres sont expérimentés. Ils sont de sensibilité de gauche, du centre ou de droite, écologiste, peu importe : ces femmes et ces hommes ont tous Lille pour passion et l’intérêt général pour conviction.

Pour constituer la future équipe municipale, je m’appuierai bien sûr sur les membres de ce collectif, sur les alliances politiques déjà en cours ou futures, mais je veux aller plus loin et créer une dynamique puissante pour embarquer tous les talents lillois indispensables à la réussite de notre projet. Je souhaite donc qu’un quart de la liste que je conduirai aux élections municipales de 2020 soit ouverte à la candidature de toute Lilloise et de tout Lillois qui veut s’engager dans ce projet politique inédit. Nous lancerons dès février 2019, un appel à candidatures avec des règles de choix transparentes et justes.

Je veux être la Maire des solutions, la Maire d’une ville audacieuse et apaisée, et la Maire d’une ville à nouveau locomotive de sa Métropole, en lien étroit avec le territoire : la campagne électorale sera là aussi l’occasion de débattre sur l’ambition et la gouvernance métropolitaine.

A 15 mois d’un scrutin majeur pour l’avenir de Lille, il me paraissait important de partager avec vous ces premières convictions, ces premières idées. Beaucoup des rompus de la politique m’en ont dissuadée : « trop tôt », « trop risqué ». Mais je crois au contraire au renouveau des pratiques politiques, à l’audace qui fait fi des calculs politiciens, à la transparence qui vous est due.

Tout au long des mois à venir, entourée du collectif Lille C, je viendrai échanger avec vous car vous êtes les experts de cette ville, et votre parole compte plus que tout à mes yeux. La confiance ne se décrète pas, elle se construit, dit-on. Par cette lettre, j’espère jeter les premières bases de cette relation de confiance qui doit nous unir si nous voulons collectivement réussir.  

Bien sincèrement,

Violette Spillebout